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Thursday, September 24, 2026

Enquête sur Air Liaison : une passoire appelée PAAR

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Le 27 décembre 2024, des employés d’Air Liaison sont surpris par une nouvelle pratique au sein de l’entreprise.

Dans une messagerie interne, à laquelle nous avons eu accès, il leur est demandé d’appliquer le tarif PAAR, le Programme d’accès aérien aux régions, aux billets des pilotes d’avion lors de leurs déplacements professionnels.

La directive de décembre 2024 survient deux semaines après une annonce de la ministre des Transports et de la mobilité durable (MTMD) de l’époque, Geneviève Guilbault. La CAQ assouplissait alors son programme phare qui subventionne des billets d’avion vers des régions éloignées du Québec.

Jusque-là, les passagers obtenaient un remboursement maximal de 500 $ par aller-retour. Désormais, Québec subventionne directement les transporteurs aériens, et leur fait ainsi confiance pour qu’ils veillent au respect des règles du programme. Selon une de ces règles, le déplacement doit se faire pour des raisons personnelles; il est interdit d’en bénéficier dans un cadre professionnel.

Le PAAR permet d’offrir des rabais allant de 50 % à 85 % du coût du billet. Un aller simple Québec-Chevery, en Basse-Côte-Nord, coûte normalement 1710 $. Il revient à 327 $ grâce à l’aide provinciale.

Point de vue aérien de l'aéroport de Chevery. Bâtiments et hélicoptères.

L’aéroport de Chevery, qui relève de l'autorité fédérale, est géré par la municipalité du Golfe-du-St-Laurent.

Photo : Radio-Canada / Yoann Dénécé

Pour 2025-2026, le ministère des Transports avait budgété 55 millions $ à partager entre huit compagnies aériennes. Une enveloppe fermée, promettait le ministère.

Or, les données que nous avons obtenues par le biais de La loi sur l’accès aux documents montrent un dépassement de 28 millions de dollars, soit 33 % de plus que le montant budgété.

L’an dernier, Québec a donc versé 83 millions de dollars à huit compagnies aériennes. Air Liaison est la plus subventionnée de ces entreprises. Elle touche environ le tiers de la cagnotte, soit 25 millions de dollars.

L’enquête que nous avons menée depuis l’hiver dernier témoigne d’un usage massif du PAAR au sein d’Air Liaison afin de déplacer des employés en régions éloignées aux frais de l’État, plutôt que d’assumer elle-même ces coûts de fonctionnement.

Bâtisse d'Air Liaison et son stationnement.

Air Liaison et ses compagnies soeurs emploient 160 personnes : des pilotes, des agents de comptoir, des agents de rampe, des mécaniciens et du personnel administratif.

Photo : Radio-Canada / Marc-André Turgeon

Air Liaison appartient à l’entrepreneur Mathieu Gingras. L’entreprise exerce ses activités dans plusieurs régions du Québec. L’homme d’affaires est aussi propriétaire d’Héli-Express, qui dessert les petits villages de la Basse-Côte, accessibles en hélicoptère.

M. Gingras possède également la compagnie d’avions SkyJet. Air Liaison, basée à Québec, affrète les vols d’Héli-Express et de SkyJet.

Air Liaison est le seul transporteur à offrir des vols réguliers pour plusieurs destinations de la Basse-Côte-Nord, région où le rabais de 85 % est le plus généreux du Québec. Le service offert y est vital, car aucune route ne relie entre eux les villages de cette région.

Agent de rampe près d'un appareil à hélices à l'arrêt pour faire le plein de carburant.

Air Liaison oeuvre depuis bientôt 25 ans dans le domaine du transport aérien.

Photo : Radio-Canada / Yoann Dénécé

Ce 27 décembre 2024, le malaise est palpable dans les échanges sur la messagerie d’Air Liaison.

PAAR pour le travail? questionne un des membres du groupe.

La surprise est d’autant plus grande que, dans l’industrie aéronautique, les déplacements des employés sont habituellement payés par l’employeur; une façon de faire courante.

La directive précise aussi de ne pas ajouter les mots équipage ou [agent de] rampe sur les réservations. Dorénavant, seuls les prénoms et noms des employés doivent être inscrits.

Notre enquête a d’ailleurs démontré que le PAAR a été utilisé autant pour des pilotes, des agents et des mécaniciens.

Certains employés s’inquiètent des conséquences si leur nom apparaît sur une fausse déclaration, comme en témoigne cet échange entre employés.

Employé 1 : Qu’est-ce qui arrive si je mets plein de billets PAAR à ton nom et que les imports te check.

Employé 2 : Déjà que tu ne gagnes pas cher, j’ai hâte de te voir rembourser des billets à 2000 dollars.

Une journaliste qui tend un document à une source confidentielle.

C'est en janvier que l'émission Enquête a été mise sur la piste de ce reportage, grâce notamment aux informations de plusieurs sources qui ont demandé la confidentialité.

Photo : Radio-Canada / Yoann Dénécé

C’est fou! C’est un abus du programme

Au fil de notre enquête, nous avons échangé avec de nombreuses sources du monde de l’aviation régionale. Comme il s’agit d’un petit milieu où les gens se connaissent presque tous, ils ont requis la confidentialité pour éviter des représailles.

Nous avons obtenu des documents, des réservations d’employés, entre autres, que nous avons montrés à ces sources bien au fait du fonctionnement du PAAR. Ces preuves nous ont permis de découvrir que des fausses déclarations ont été produites chez Air Liaison et que le PAAR a été utilisé à l’encontre des règles à de nombreuses reprises.

Voici un des cas. Sur la facture d’un billet d’un pilote d’hélicoptère, qui se déplace de Québec à Chevery d’où il doit décoller, on constate que le prix total de 247,45 $ inclut le rabais de 85 %.

Pour en être certains, nous avons réservé le même trajet, à la même date, pour l’année 2026 plutôt que 2025, sur le site web d’Air Liaison. Nous arrivons au même total, au cent près : 247,45 $.

Capture d'écran d'une réservation sur le site web d'Air Liaison

Pour prouver les allégations de nombreuses sources, nous avons obtenu et vérifié plusieurs réservations de vols.

Photo : site web d'Air Liaison

À 844 reprises, Air Liaison a utilisé le PAAR pour déplacer ses employés, selon les chiffres les plus récents du MTMD, qui estime que ça équivaut à un montant de 573 277,83 $.

Toutes ces découvertes saisissent une de nos sources. C’est fou. C’est un pilote. Il n’a pas le droit de voyager avec le PAAR. S’il est assis dans l’avion pour aller au travail, c’est pour la compagnie, pas pour un déplacement personnel [...] C’est un abus du programme.

Nous questionnons une autre source.

Enquête : Pensez-vous que les Québécois se font avoir avec le PAAR?

Source : Malheureusement, oui, parce que c'est un beau programme, mais [...] il y a quelqu'un qui est en train d'en profiter et ce n'est pas les Québécois.

Air Liaison déclare elle-même la situation au MTMD

Le 22 avril, à la suite de nos découvertes, Enquête sollicite une entrevue auprès de Mathieu Gingras, le grand patron d’Air Liaison.

Deux jours plus tard, c’est plutôt le MTMD qui reçoit un appel du directeur du développement des affaires de la compagnie aérienne, Yves Côté. Il dévoile le pot aux roses.

La compagnie Air Liaison nous a informés, fin avril, qu'ils avaient bénéficié de billets PAAR pour leurs employés. Donc des billets qui sont non admissibles. Ça contrevient aux règles de base du PAAR, nous a confirmé en entrevue Kevin Bouchard, le directeur de l’aviation et des aéroports au MTMD.

Dans une déclaration sous serment, faite le 22 juillet, Yves Côté dit avoir fait une vérification interne et réalisé que des employés ont bénéficié du PAAR. Après en avoir discuté avec son patron, Mathieu Gingras, ils ont convenu d’aviser le MTMD.

Mathieu Gingras, habillé en complet noir, se déplaçant au palais de justice.

Mathieu Gingras est le président des entreprises Air Liaison, Sky Jet et Héli/Espress.

Photo : Radio-Canada / Marc-André Turgeon

Une source bien placée se confie

Daniel, un prénom fictif, fait partie de nos sources qui ont vécu, de l’interne, les rebondissements des derniers mois. Il connaît très bien le fonctionnement des réservations.

Je ne peux pas garder le silence, alors que je le sais qu’il y a des magouilles qui sont faites.

Comme d’autres sources, il doute fortement que les patrons de l’entreprise ignoraient jusqu’à la fin avril que leurs employés se sont déplacés des années aux frais du gouvernement.

Mathieu Gingras a confié au directeur Michael Vaugeois plusieurs rôles, dont celui de superviser les réservations du personnel en déplacement.

Chaque demande vient de Michael Vaugeois. Donc, aussitôt qu’on envoyait un employé à Sept-Îles, Blanc-Sablon ou peu importe, toutes les demandes [de réservations] viennent de Michael Vaugeois, nous explique Daniel.

Vers la fin de l’été, 8500 pages d’échanges entre plusieurs des 65 employés de Michael Vaugeois nous sont envoyées. Le directeur Vaugeois participe activement à des discussions dans une messagerie interne.

Dans un de ces messages, on voit notamment un employé expliquer à un autre qu'ils doivent faire la réservation avec le PAAR pour les déplacements de leurs collègues.

En aucun temps dans cette messagerie, de juillet 2025 jusqu’au 28 avril 2026, M. Vaugeois n'est intervenu pour corriger le tir.

Portrait de M. Vaugeois tiré de sa page Facebook.

Michael Vaugeois travaille chez Héli-Express depuis mai 2023. À partir de février 2025, il supervise 65 employés : des agents de rampe, des agents de comptoir, des répartiteurs. Il est aussi responsable des réservations et des équipements au sol.

Photo : Facebook

À répétition, M. Vaugeois rappelle son adresse courriel aux employés. Selon Daniel, c’est parce que le directeur tenait à ce que les réservations lui soient transférées. Il veut s'assurer d'avoir un suivi de tous les billets qu'on fait avec les employés, explique Daniel.

En février, dans un interrogatoire en prévision du procès contre sa concurrente CMA, Michael Vaugeois affirme ne pas être familier avec les conditions d’admissibilité du PAAR, ne pas être responsable de sa mise en place et ne pas s’occuper du paiement des billets.

J'ai de la misère à croire qu'ils ne connaissent pas les critères. Chaque billet qu'on envoie à Michael Vaugeois indique les conditions d'admissibilité du programme PAAR. Donc, il n'y a aucune raison qu’il ne soit pas au courant, en plus que c'est le directeur, s’étonne Daniel.

Ce n’est que le 28 avril 2026 que, pour la première fois, M. Vaugeois demande de ne pas utiliser le PAAR, dans la messagerie avec des employés. Air Liaison assure que des mesures ont été prises depuis afin que ça ne se reproduise pas.

Affiche promotionnelle.

Selon le ministère des Transports du Québec, un des directeurs d'Air Liaison l'a contacté en mai pour l'aviser de l'utilisation inappropriée de rabais gouvernementaux.

Photo : Page Facebook, Air Liaison

Des concours aux frais du ministère

L’usage inapproprié du PAAR n’a pas été fait au sein d’Air Liaison au bénéfice des seuls employés.

Au printemps, pendant que le Canadien de Montréal avance dans les séries éliminatoires, l’entreprise organise des tirages qui comprennent les vols et les billets pour assister aux matchs.

Enquête a échangé avec plusieurs des gagnants et analysé leurs réservations avec Air Liaison en avril et au début de mai. Nous avons découvert que le rabais PAAR est utilisé pour déplacer des gagnants vers Montréal.

Le 5 mai, le MTMD reçoit un second appel d’Yves Côté, un des directeurs d’Air Liaison. Il informe le ministère que des billets de concours pour des matchs du Canadien et des spectacles ont fait l'objet de subventions gouvernementales par le biais du PAAR.

Toute l’affaire remonte jusqu’au cabinet du ministre. Selon le ministère, Benoit Charette veut faire une sortie médiatique, mais l’UPAC demande d’attendre pour ne pas nuire à son enquête.

Image tirée d'une caméra de surveillance où un enquêteur montre son insigne derrière un comptoir.

Enquête a eu un accès privilégié à l'opération de l'UPAC.

Photo : source

L’UPAC débarque chez Air Liaison

En juin, nous réalisons que nous ne sommes pas les seuls à enquêter sur Air Liaison.

À 6 h 36, le mardi 16 juin, sept membres de l'Unité permanente anticorruption (UPAC) entrent dans les locaux du siège social d’Air Liaison, à Québec.

Sur les images des caméras de surveillance que nous avons obtenues, on voit un enquêteur de l’UPAC montrer son insigne à l’employé derrière le comptoir.

Enquête est également à l’aéroport de Québec, devant la bâtisse, pour constater que l’escouade a passé la journée dans les locaux et n’en est repartie qu’à la tombée de la nuit.

L’UPAC n’a pas commenté l’objet de son enquête. Nous avons appris qu’elle collabore avec le MTMD depuis le 11 novembre 2025.

Quant à Air Liaison, elle s'est exprimée par la voix d’une firme de relations publiques.

Nous ne sommes pas en mesure de commenter davantage les procédures ou les allégations qui pourraient faire l’objet de vérifications. L’entreprise entend collaborer pleinement avec les autorités compétentes et fournir toute l’information légitimement requise dans le cadre de leurs démarches.

Au lendemain de la perquisition, des discussions s’amorcent avec le cabinet du ministre Charette quant à la possibilité de retirer Air Liaison du PAAR. Le 23 juin, Benoit Charette ordonne d’aller de l’avant.

Mais ce n’est que le 2 juillet, après que nous avons réalisé une entrevue avec le directeur Kevin Bouchard, que le ministère des Transports publie un communiqué annonçant la résiliation du contrat avec Air Liaison. Un geste sans précédent.

Mathieu Gingras, assis sur un banc du palais de justice de Québec en train d'échanger avec la journaliste Maude Montembeault.

Le grand patron d’Air Liaison, Mathieu Gingras, a refusé d’accorder une entrevue à l'émission Enquête.

Photo : Radio-Canada / Vincent Archambault-Cantin

Une décision infondée et injustifiée, selon Air Liaison

Dans un communiqué, l'entreprise a dit contester la décision du MTMD de suspendre sa participation au PAAR. Le transporteur assure n’avoir commis aucun manquement à son contrat et a demandé à ce que son exclusion soit révisée, estimant la décision infondée et injustifiée.

Ce serait l’ancien cadre Nabil El Attar, plaide Air Liaison dans des documents judiciaires, qui aurait instauré cette pratique de réclamations de billets PAAR pour les employés dans le cadre de leurs fonctions. Cet ancien cadre n’est plus employé par l’entreprise depuis la fin de l’été 2025. Air Liaison le poursuit pour concurrence déloyale. Il ne veut pas commenter l’affaire.

Le gouvernement a récupéré les sommes perçues en trop, avec la collaboration d’Air Liaison.

En réponse à cette exclusion du PAAR, Air Liaison a décidé de poursuivre le ministère en faisant notamment valoir que la décision n’a été précédée d’aucun préavis écrit motivé accordant notamment à Air Liaison de formuler des observations et de fournir des documents, ce qui serait contraire aux règles du droit administratif.

Le 3 août, la Cour supérieure lui donne raison provisoirement et suspend la décision du MTMD. Air Liaison est réintégrée au sein du PAAR en attendant un procès qui tranchera l’affaire sur le fond.

Ses avocats soutiennent que de qualifier les renseignements fournis de faux ou trompeurs est incompatible avec une situation déclarée volontairement. Ils mentionnent aussi que leurs clients n’ont pas accordé d’entrevue pour éviter de nuire au processus en Cour.

Yves Côté remet un chèque d'Air Liaison devant une tente.

Yves Côté travaille chez Air Liaison depuis 2022.

Photo : Page Facebook, Air Liaison

Le directeur du développement des affaires, Yves Côté, qui a dévoilé l’affaire au MTMD, est bien connu au ministère. Il a été l’employé responsable du dossier du transport aérien au sein du cabinet de Geneviève Guilbault avant d’être recruté chez Air Liaison.

Sous serment, M. Côté a indiqué être responsable de la mise en œuvre du PAAR chez Air Liaison depuis août 2025. Si beaucoup des fausses déclarations ont été faites avant qu’il n'hérite de ce rôle, d’autres auraient été soumises alors qu’il était en poste, selon le ministère.

À titre d’exemple, seulement pour le mois de mars 2026, 75 réclamations auraient été faites pour des déplacements d’employés.

En plus de l’UPAC, l’Autorité des marchés publics enquête aussi sur Air Liaison, apprend-on d’une déclaration de la sous-ministre aux Transports. À ce jour, l’entreprise n’est pas inscrite du Registre des entreprises non admissibles aux contrats publics (RENA).

Avion d'Air liaison stationné et trois silhouettes de personnes en avant-plan de l'avion.

Air Liaison a injustement tiré profit de rabais gouvernementaux.

Photo : Radio-Canada

Le PAAR, un bar ouvert?

Nous avons appris qu’un audit du programme a été réalisé par la Direction des Enquêtes, audit, intégrité, performance et Bureau de l’inspection générale du MTMD. La sous-ministre adjointe, maintenant devenue sous-ministre, en prend connaissance en mai 2025.

Ce rapport recommande aux fonctionnaires responsables de la mise en œuvre du PAAR d’adopter un plan d’action sur le contrôle de l’admissibilité du programme. Autrement dit, il faut établir des mécanismes pour prévenir la fraude du PAAR.

Pour avoir droit au rabais, il suffit de déclarer qu’on y est admissible lors de la réservation en ligne. Bref, qu’on se déplace pour des raisons personnelles, au nom d’un OSBL ou pour des activités scolaires, sportives ou culturelles, le programme ratisse large.

En un clic, le rabais est appliqué.

Site web d'Air Liaison affichant les conditions du PAAR.

Pour obtenir le rabais, il suffit d'acheter un billet au tarif PAAR auprès d’un transporteur aérien participant.

Photo : Site web Air Liaison

Bien qu’il était en possession du rapport d’audit depuis mai 2025, ce n’est qu’en avril 2026 que le ministère soutient avoir resserré sa surveillance.

Qu'est-ce qui a fait que la réaction était aussi lente? s’interroge Mehran Ebrahimi, directeur de l'Observatoire de l'aéronautique et de l'aviation civile. Je pense que c'est une question pertinente à poser. Comment ça se fait qu'on a laissé ça aussi longtemps avec autant de cas?

Nous avons posé la question à M. Bouchard. Mais la réponse a été succincte.

Enquête : C'est pas une passoire, votre programme? Qu'est-ce que vous faites pour surveiller ça?

Kevin Bouchard, directeur aviation MTMD : On a renforcé nos contrôles.

Portrait de monsieur Kevin Bouchard.

Kevin Bouchard est le directeur des aéroports et du transport aérien au ministère des Transports et de la Mobilité durable (MTMD) depuis le 14 avril 2025.

Photo : Radio-Canada / Sébastien Gauvin-Blanchette

Les fonctionnaires ont poussé leurs vérifications et ont alors constaté une potentielle explosion de fausses déclarations dans la dernière année. Au moins 2000 autres fausses déclarations sont actuellement analysées, en plus de celles émanant d’Air Liaison.

Si les analyses confirment ces cas potentiels, cela porterait le total à 2800 déclarations trompeuses, pour des réclamations de plus d’un million de dollars.

C’est bien plus que les 159 fausses déclarations que les relations médias du ministère disaient avoir identifiées entre 2022 et 2025, lorsque nous nous sommes adressés à elles en début d’enquête. Un des porte-parole nous avait répondu avoir réclamé 155 000 $ en remboursements pour des erreurs de bonne foi.

Mais le ministère assure être désormais prêt à réagir au quart de tour.

On demande plus d'informations. On a peaufiné nos systèmes électroniques pour être en mesure de réagir plus rapidement parce qu'on fait des vérifications mensuelles. On va voir plus rapidement s'il y a des gens qui peuvent déroger, indique Kevin Bouchard

Le 22 septembre, l’analyse du MTMD se poursuivait toujours. Chaque cas est évalué individuellement afin de déterminer la légitimité des demandes, a précisé son relationniste.

Le directeur du MTMD, Kevin Bouchard, veut mettre les chiffres en perspective : Quand on regarde proportionnellement le nombre de fausses déclarations avec les aides financières qui ont été attribuées, on est en bas de 1 %.

Pour Mehran Ebrahimi, un seul abus est un abus de trop. Il estime que le contrôle doit être renforcé, mais cela dépend du prix qu’est prêt à y mettre Québec.

J'imagine qu’au ministère, ils font une analyse coût-bénéfice. Est-ce que je mets cinq millions de dollars [en surveillance] pour aller récupérer un million? Est-ce que je mets dix personnes à faire ça? s’interroge-t-il.

Le programme actuel du PAAR doit se terminer le 31 mars 2027. Le ministère indique être en réflexion pour la suite des choses.

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