La majorité des organismes francophones demeurent en précarité financière, dit la FCFA

En 2022, des organismes de la francophonie en milieu minoritaire pensaient devoir mettre la clé sous la porte. « L’ensemble des organismes étaient en état de crise », se souvient la présidente de la Fédération des communautés francophones et acadienne du Canada (FCFA), Liane Roy.
Quatre ans plus tard, la FCFA a sondé des organismes francophones en milieu minoritaire afin de voir où en était rendue leur situation financière.
Parmi les 158 organismes répondants, la majorité d'entre eux (59 %) qualifient leur situation d’instable, tandis que 80 % affirment ne pas avoir les ressources humaines nécessaires pour s’acquitter de leurs mandats. Près du quart (23 %) d’entre eux sont carrément en déficit, selon les chiffres de la FCFA parus le 29 octobre dernier.
Le point de rupture dont on parlait en 2022 a été évité
, selon Liane Roy. Maintenant, il faut vraiment stabiliser l’ensemble du réseau pour être capable de croître. Éventuellement, ce qu’on veut, c’est de croître.

En plus d'un nouveau Plan d’action robuste, la FCFA demande une réduction de la lourdeur administrative et des financements pluriannuels. (Photo d'archives)
Photo : Radio-Canada / Simon Lasalle
Il y a des épuisements
Selon Liane Roy, le dernier Plan d’action sur les langues officielles a permis aux organismes de maintenir la tête hors de l’eau. Les salaires, qui demeurent souvent en dessous de la moyenne nationale, ont progressé depuis 2022. Mais on s'aperçoit que d’autres indicateurs se sont quand même détériorés
, dit-elle.
L’incapacité à recruter le personnel nécessaire et le manque de bénévoles se sont par exemple aggravés. Un recul est même noté en ce qui concerne les revenus autogénérés et privés.
Et si les organismes ont tenu le coup
et continué de fournir des services à la population depuis 2022, selon la présidente de la FCFA, c’est notamment grâce à des individus convaincus
qui n’ont pas peur des heures supplémentaires.
Il y a des épuisements
dans le réseau, constate-t-elle. Mme Roy espère que le prochain Plan d’action sur les langues officielles d’Ottawa pourra solutionner une fois pour toutes
ces enjeux persistants de financement.
On dit partout que la francophonie canadienne est un pilier de la souveraineté du pays.
Le gouvernement fédéral mène actuellement des consultations pour le prochain Plan d’action sur les langues officielles. Le dernier représentait une enveloppe de 1,4 milliard de dollars sur cinq ans.
Le reflet de la dépendance
François Charbonneau, professeur à l’École d’études politiques de l’Université d’Ottawa, s’est souvent intéressé à la francophonie en milieu minoritaire dans ses travaux. Selon lui, les constats de la FCFA étaient inévitables
, puisque c’est le reflet de la dépendance financière des organismes de la francophonie canadienne
envers les gouvernements.
Ce problème-là ne se résoudra pas par davantage de financement, affirme M. Charbonneau. La raison est assez simple : c'est que vous allez avoir exactement le même problème dans quelques années si ces montants-là ne sont pas indexés.
D’ailleurs, dans son rapport paru la semaine dernière, la FCFA évalue une dépendance accrue
des organismes répondants aux financements gouvernementaux. La dépendance fédérale ne fragilise pas le réseau
, écrit-elle, mais toute rupture de prévisibilité (critères modifiés, échéanciers repoussés, programmes fusionnés ou non renouvelés) impacterait négativement et fortement les organismes
.

François Charbonneau imagine une francophonie canadienne moins dépendante des financements gouvernementaux.
Photo : Radio-Canada / Simon Lasalle
Selon François Charbonneau, une manière potentiellement plus intéressante de financer la francophonie canadienne serait de laisser aux citoyens le soin de choisir à qui ils souhaitent que de l’argent soit versé, par exemple au moment de faire leur déclaration de revenus.
Un des problèmes fondamentaux dans le milieu, c'était que vous avez des organismes extrêmement dynamiques et vous avez des organismes moribonds.
Selon le politologue, le gouvernement fédéral choisit de manière arbitraire quels organismes reçoivent des fonds, ce qui donne parfois lieu à des existences artificielles
et à des situations absurdes
.
Il donne l’exemple de la radio communautaire du Labrador Rafale FM, dans laquelle les gouvernements fédéral et provincial avaient investi, mais dont l’activité était quasi nulle.
Il ne faut pas oublier notre histoire, ajoute-t-il. Les francophones du Canada, les Canadiens français et les Acadiens, financaient [presque] à 100 % leurs associations pendant longtemps.
Aujourd'hui, selon la FCFA, environ 80 % des revenus du réseau d'organismes proviennent des gouvernements.
Le ministère fédéral responsable des Langues officielles et le cabinet du ministre titulaire, Marc Miller, n’avaient pas répondu aux questions de Radio-Canada au moment de publier ces lignes.
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