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Friday, September 18, 2026

Une première rentrée majoritaire à saveur européenne pour Mark Carney

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Après un été qui a vu mourir les négociations commerciales avec les États-Unis et naître une procédure inédite pour rapprocher le Canada de l’Union européenne, les députés libéraux sont revenus dans la capitale fédérale vendredi pour applaudir les décisions prises par leur chef en leur absence.

« Le mois dernier, nous avons pris la bonne décision de suspendre nos négociations commerciales avec les États-Unis », a vanté Mark Carney lors d’un discours devant ses députés, qui ont répondu à ces quelques mots par une ovation debout.

Le sourire fendu jusqu’aux oreilles, le premier ministre canadien leur a directement annoncé ce qu’ils savaient déjà, soit que le processus est lancé pour une « nouvelle alliance » avec l’Union européenne. L’objectif ? « Renforcer notre souveraineté, pour que nous puissions mener nos vies comme nous l’entendons, et pour que nos citoyens puissent fleurir comme un peuple libre, sur une terre libre. »

Les nouvelles sont bonnes pour le caucus libéral : il effectue sa première rentrée parlementaire en tant que gouvernement majoritaire depuis l’hiver 2019, à la fin du tout premier mandat de Justin Trudeau.

Plus de sept ans plus tard et deux mandats libéraux plus tard, un spectaculaire échec dans les négociations commerciales avec le gouvernement Trump, aux États-Unis, a été suivi en août par une franche victoire dans trois élections partielles, dont Chicoutimi-Le Fjord, au Québec. La jeune majorité libérale s’en trouve renforcée.

Un tournant européen

Bonne chance pour trouver en cette rentrée parlementaire automnale des députés libéraux insatisfaits de la façon dont leur gouvernement a joué ses cartes diplomatiques au cours de l’été. Personne n’était pour autant capable de donner davantage de détails sur ce que signifie devenir « membre associé » de l’Union européenne. Un grand sommet doit avoir lieu à Montréal pour clarifier cette question à la fin du mois d’octobre.

Le leader du gouvernement à la Chambre, Steven MacKinnon, a raconté s’être fait accoster dans une rue de Gatineau en promenant son chien pour recevoir des félicitations : « Il y a trois, quatre, cinq personnes qui m’ont approché pour me dire : “On était fier de notre premier ministre devant l’Union européenne.” »

La ministre de l’Industrie, Mélanie Joly, a senti les citoyens « intéressé, un peu intrigués » d’en savoir plus sur ce partenariat inédit avec le Vieux continent. « On a déjà une entente de libre-échange [l’Accord économique et commercial global (AECG)]. Les entreprises doivent déjà se conformer à certaines règles européennes en place. La question est : comment on va être capable de s’intégrer davantage, sans perdre notre souveraineté ? »

Lors de sa propre réunion de caucus, le chef conservateur, Pierre Poilievre, a plutôt pesté contre « cette chose que [le premier ministre] négocie en secret avec l’Union européenne ». Il promet de s’opposer à toute imposition au Canada de « taxes européennes, lois européennes et politiques d’ouverture des frontières européennes ».

Le chef du Bloc québécois, Yves-François Blachet, s’est au contraire montré emballé par l’idée d’un tel rapprochement avec l’Europe, « une opportunité à saisir si les conditions sont mutuellement avantageuses, au premier chef pour le Québec ». Ses députés se réuniront pour leur part dimanche, à Cantley, dans l’Outaouais.

Accélérer (encore) les projets

Mark Carney a fait son entrée triomphale à la réunion de son caucus en compagnie de Daniel Gobeil, son candidat qui a fait mordre la poussière au Bloc québécois lors de l’élection partielle estivale au Saguenay provoquée par la nomination au Sénat de l’ancien député de l’endroit, le conservateur Richard Martel.

Avec cette nouvelle majorité parlementaire, Mark Carney entend déposer dans les prochaines semaines un projet de loi sur sa controversée réforme du processus d’approbation des grands projets. « La Chambre revient lundi, et nous allons de l’avant avec une législation qui aidera à accélérer les nouveaux projets, tous les nouveaux projets : un projet, un examen, en un an », a-t-il déclaré aux journalistes.

Le lancement des consultations publiques sur cette question, en mai dernier, avait provoqué une levée de boucliers chez les groupes environnementaux. Le gouvernement avait rallongé la période de consultations, et promet que son texte de loi intègre d’importants compromis. « Il y aura un débat, mais nous pensons avoir trouvé un bon équilibre », a assuré Steven MacKinnon, aussi ministre fédéral des Transports.

Grâce à l’accueil de pas moins de cinq élus de l’opposition transfuges depuis un an, le gouvernement libéral peut faire adopter seul n’importe quel projet de loi, sans besoin du consentement d’une autre formation politique. Le tout premier élu conservateur à s’être joint à Mark Carney en novembre 2025, Chris d’Entremont, a d’ailleurs affirmé au Devoir qu’il se sent plus utile sur les banquettes du gouvernement, et qu’il ne s’ennuie « pas du tout » de son ancien parti.

Cette transformation inédite d’un gouvernement minoritaire en majorité parlementaire lui assure aussi l’adoption de son budget de 2026, attendu pour l’automne.

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