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Tuesday, August 25, 2026

Il ne sera pas possible de protéger 30% du territoire de chaque région, prévient la SNAP Québec

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À moins de quatre ans de l’échéancier fixé par le gouvernement pour parvenir à protéger 30 % du territoire du Québec, cet objectif essentiel pour freiner le déclin de la biodiversité semble hors d’atteinte. Pour éviter l’échec, la Société pour la nature et les parcs (SNAP Québec) propose de fixer des objectifs qui tiennent compte des réalités des différentes régions de la province.

L’organisation environnementale ne recommande pas au gouvernement qui sera élu le 5 octobre prochain d’abandonner la cible de 30 % de protection des milieux naturels terrestres. Elle a plutôt produit une analyse qui sera publiée ce lundi, et dont Le Devoir a obtenu copie, afin de proposer « une cible adaptée » pour chacune des 17 régions du Québec.

« L’identification de cibles régionales a pour objectif d’offrir une feuille de route réaliste pour que le Québec puisse réellement atteindre la cible de 30 % dans les délais prévus », résume Alain Branchaud, directeur général de la SNAP Québec.

« La démarche vise également à s’assurer d’une contribution équitable de chacune des régions et de l’utilisation efficiente des ressources gouvernementales. A contrario, penser que chaque région pourra atteindre la cible de 30 % d’ici 2030 est un plan de match voué à l’échec », prévient-il.

La méthodologie développée par la SNAP Québec fait en sorte que les régions dominées par des terres privées, comme l’Estrie, la Montérégie, Laval ou encore le Centre-du-Québec, voient leur contribution à la cible de 30 % diminuer. La raison est simple : le coût de la conservation y est plus élevé, puisqu’il faudrait payer les propriétaires des milieux naturels à préserver.

Une région ayant une économie fortement axée sur l’exploitation de ressources naturelles, comme la foresterie ou l’industrie minière, voit également sa contribution baisser. Une proposition qui risque de plaire à certains élus locaux qui opposent une fin de non-recevoir aux projets de protection pourtant importants pour la biodiversité, et notamment pour les espèces menacées.

À titre d’exemple, des MRC ont refusé des projets majeurs de protection du territoire dans le cadre de « l’appel à projets » lancé par le gouvernement caquiste pour faire progresser la protection des milieux naturels à l’horizon 2030.

Selon les modalités fixées par Québec, le projet devait être accompagné d’une résolution « en appui à l’analyse » de la part de la MRC touchée. Il s’agissait d’ailleurs d’un élément essentiel pour qu’un projet puisse passer aux étapes suivantes, à commencer par une « préanalyse » des ministères concernés.

Au moins 91 propositions n’ont pas pu être déposées en vue des prochaines étapes, en raison des refus de MRC, avant même leur analyse. Le Devoir a notamment fait état du cas de la MRC de la Haute-Gaspésie, qui a rejeté en bloc 20 projets présentés par des gens de la région, dont des projets prévus pour protéger l’habitat du caribou, une espèce au seuil de l’extinction.

En Mauricie, plusieurs propositions ont été stoppées par des élus locaux avant même que leur valeur en matière de protection de la nature soit analysée. C’est le cas du projet de la « réserve de biodiversité Mékinac », qui avait pour objectif de protéger un territoire de 200 km2 comprenant des lacs, des milieux humides, une forêt ancienne, des zones déjà protégées pour leur valeur écologique et des habitats de différentes espèces menacées.

Alain Branchaud rappelle toutefois que près de 400 projets sont toujours en analyse en vue de consultations et d’une décision qui incombera au prochain gouvernement.

« L’appel à projets d’aires protégées est susceptible de contribuer à remplir la promesse d’un réseau d’aires protégées représentatif et d’augmenter de façon significative la contribution du Québec méridional à la cible de 30 %, mais encore faudra-t-il le mener à terme », souligne ainsi Nicolas Bannester-Marchand, coordonnateur pour les aires protégées Sud du Québec à la SNAP Québec.

L’organisation environnementale encourage par ailleurs « toutes les régions du Québec à se doter d’un plan d’action pour atteindre et dépasser la cible de protection de 30 % sur leur territoire à l’horizon 2050 ». Pour certaines régions, toutefois, l’atteinte de cette cible « passera inévitablement par des efforts considérables de restauration d’habitat au cours des deux prochaines décennies ».

Dans le cadre de l’Accord Kunming-Montréal signé en 2022, les pays se sont engagés à agir en faveur de la protection de la biodiversité, qui accuse un sévère déclin à l’échelle de la planète.

À quelques semaines de la COP17 sur la biodiversité d’Erevan, le monde « n’est pas sur la bonne voie » pour tenir ses engagements en matière de protection de la nature, prévenait récemment l’organisatrice de cette grande réunion sous l’égide des Nations unies, Astrid Schomaker, secrétaire exécutive de la Convention sur la diversité biologique.

« Il est vrai que des progrès sont réalisés sur l’ensemble des cibles. Mais la mise en œuvre ne se fait pas encore au rythme et à l’échelle nécessaires », dit Astrid Schomaker. La COP17 sur la biodiversité (19-30 octobre) réunira la quasi-totalité des pays du monde en Arménie pour faire le point sur l’avancée des promesses faites quatre ans plus tôt à la COP15 de Montréal.

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