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Thursday, October 1, 2026

Pacte de lecture rompu

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C’est une triste histoire de rupture d’un pacte de lecture. Des milliers de lecteurs sont ressortis bouleversés et émerveillés de la lecture d’un roman relatant l’odyssée d’un Haïtien fuyant la violence de son pays pour rejoindre le Canada après avoir traversé d’immondes épreuves. C’était ça ou mourir, de l’auteur Thélyson Orélien, est passé en une petite semaine de coup de génie flairé par plusieurs prix littéraires à œuvre soupçonnée d’avoir été façonnée par l’intelligence artificielle.

Une chute brutale qui rappelle combien l’être humain réagit mal à une apparence de tromperie. Et une affaire qui soulève bien plus de questions qu’elle n’en peut encore résoudre.

Deux fautes, une condamnation ? Si Thélyson Orélien a été retiré de la liste du prix Goncourt, c’est qu’une affaire de plagiat s’est scotchée à de premiers soupçons de recours à l’IA. On pourrait conclure que les deux fautes viennent directement égratigner l’honnêteté intellectuelle de l’auteur, mais elles ne sont pas à confondre. En écriture, journalistique ou littéraire, le plagiat est un crime grave, puisqu’il s’agit d’une appropriation directe du propos d’autrui sans la décence élémentaire d’en avoir cité la source. Des médias québécois ont repéré cet artifice dans des textes d’Orélien qu’ils avaient publiés et ont eu raison d’immédiatement le déplorer.

Dès lors, pendant que l’écrivain niait avoir recouru à l’IA pour relater son récit de migrant héros, les soupçons planaient sur la rigueur de l’auteur. Même si, en creux de cette histoire, on remarque que l’IA générative s’entraînant sur les œuvres d’autrui est en soi une forme de plagiat — ô ironie —, le seul lien qui lie les deux fautes est le manque de transparence. Tandis que le plagiat est impardonnable, les contours du recours à l’IA pour soutenir une œuvre sont beaucoup plus flous.

Comment vraiment savoir ? Le logiciel de détection de contenu généré par IA Pangram aurait reconnu l’artifice dans le livre de M. Orélien. De là commence cette saga ayant fait couler beaucoup d’encre (humaine) et enflammé aussi bien la Toile que les discussions de table et de corridor. Si cet outil jouit d’une certaine crédibilité dans le milieu, on ne peut toutefois affirmer qu’il est sans faille (alors que la détection de plagiat par comparaison de texte à un autre texte par des humains l’est totalement).

On ne peut savoir non plus exactement ce qu’il repère et qualifie de recours à l’IA. De la création pure, lancée par une commande humaine construite en quelques mots ? De la vérification des faits ? Une rectification de formulation ? Une correction linguistique ? Peut-on, en somme, condamner aussi violemment quelqu’un sur la base d’une probabilité algorithmique ? La question est lancée.

La transparence, en tout temps ? Il y a longtemps que la population a accepté que l’art cohabite sous plusieurs de ses formes avec du soutien ou des outils technologiques destinés à en parfaire la silhouette. Qu’on pense par exemple aux prête-plume que certains illustres écrivains ont utilisés pour écrire, à l’utilisation en musique d’Auto-Tune (qui corrige la voix), au fameux lip sync ou même à un logiciel de retouche d’images comme Photoshop.

Là, comme dans l’affaire Orélien, la clé de voûte de l’acceptation de ce maillage réside dans la transparence. Cher public, pour polir notre art, nous avons eu recours à une béquille et, oui, nous te le confessons. À toi ensuite de te faire juge.

Qui juge, et à quelle vitesse ? Les Éditions du Boréal, dont la réputation n’est plus à défendre dans le milieu, ont eu raison de faire une mise en garde en appelant à ne pas oublier qu’un humain se cachait derrière la virulente condamnation internationale à laquelle on assiste encore. Thélyson Orélien fut descendu en flammes sur les réseaux sociaux et pris dans un tsunami démarré sur un compte anonyme ne comptant au départ que 92 abonnés, ne l’oublions pas.

L’affaire a des relents racistes, et l’écrivain est ciblé par des attaques. Comme le notait si justement notre chroniqueuse Emilie Nicolas, « j’espère qu’Orélien sait qu’il est un paratonnerre pour les foudres de l’époque ». Il y a un coût humain très élevé derrière cette tempête.

Des leçons pour l’avenir ? L’IA vient au fond remettre en lumière des fragilités qui existaient déjà. La vitesse du jugement public ; les condamnations sans appel pas toujours solidement soutenues par des faits ; l’acte solitaire, mystérieux et opaque de la création ; l’idéalisation de l’auteur. Que voulons-nous protéger au juste ? L’œuvre, l’auteur ou le lien entre les deux ? Bannir ou restreindre l’accès à l’IA est une piste glissante, mais définir des règles basées sur la transparence plutôt que sur la détection est nécessaire. Inclure à des clauses contractuelles une déclaration d’utilisation de l’IA pourrait être très utile.

Gare au piège du soupçon généralisé qui mènerait tout créateur de contenu à devoir prouver son humanité. C’était ça ou mourir a émerveillé des lecteurs qui ont ensuite senti l’inconfort d’avoir été trahis dans leur pacte de lecture. Voilà la promesse qu’il faut protéger à tout prix.

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