Harcèlement et cyberharcèlement scolaire : comment agir et où trouver de l’aide ?

Un élève sur trois serait impliqué dans une situation de harcèlement en Fédération Wallonie-Bruxelles, qu’il soit cible, auteur ou témoin. Des chiffres inquiétants qui montrent l’ampleur du phénomène et l’urgence d’agir. Du 2 au 15 novembre 2026, la RTBF relancera d’ailleurs HOPE, sa grande opération de sensibilisation au harcèlement scolaire. Car on le sait, le harcèlement et le cyberharcèlement ont parfois des conséquences dramatiques sur celles et ceux qui en sont la cible, créant de la souffrance et de l’isolement. Il existe toutefois des bons réflexes à adopter et des solutions à activer.
Moqueries, coups, chantage, racket, le harcèlement à l’école peut pendre plusieurs formes. Pour y faire face, il faut d’abord bien comprendre de quoi il s’agit. Dans la cour de récréation ou ailleurs, il est fréquent que les enfants se lancent des "piques" entre eux, se disputent, se chamaillent. Tout n’est évidemment pas du harcèlement, mais il est important d’être vigilant.
Les signaux d’alerte
Pour identifier les actes de harcèlement, il est essentiel d’être attentif à quelques signaux caractéristiques :
- Des actes délibérés : il y a ici une intention claire de la part de ou des auteurs de vouloir nuire, d’humilier ou de blesser les enfants ou adolescents ciblés par ces mots, ces gestes ou ces actes.
- Une répétition : ça n’arrive pas qu’une fois, ce n’est pas isolé, les actes se répètent et s’installent dans la durée, ce qui fait plus de mal aux enfants ou adolescents ciblés.
- Un déséquilibre dans la relation : même si l’enfant ciblé dit "stop", les actes de harcèlement continuent. Ce n’est donc plus un jeu ou de la chamaillerie car l’envie ou le but recherché n’est plus le même des deux côtés. Il y a donc un abus de pouvoir.
Il existe plusieurs formes de harcèlements, comme l'indique l’asbl Université de Paix :
- Le harcèlement physique : donner des coups, pincer, bousculer, entraver, etc.
- Le harcèlement verbal : tenir des propos blessants, insultants, dénigrants, etc.
- Le racket : appropriation d’objets appartenant à la victime, taxage ou grattage de cigarettes, d’argent, de gsm…
- Le harcèlement sexuel : faire des gestes, des actes, ou tenir des propos ayant un caractère sexuel.
- Le cyber harcèlement : des messages, des photos postés en ligne ou sur les réseaux sociaux pour nuire à la cible. Le plus souvent le cyber harcèlement est d’ailleurs le prolongement du harcèlement à l’école, par les mêmes auteurs.
Ces actes sont systématiquement non sollicités et non désirés de la part de la personne ciblée. Ils relèvent aussi régulièrement d’une dynamique de groupe.
Même si le harcèlement peut toucher toutes les tranches d’âge à l’école, les acteurs de terrains estiment qu’il peut être plus présent entre la 3e primaire et la 3e secondaire (entre 8 et 15 ans environ), à des âges où les enfants et les adolescents recherchent de la reconnaissance ailleurs qu’auprès de leurs parents.
Quelles solutions ?
Autant le dire tout de suite, il n’existe pas de solution miracle. Le manque de professionnels formés, notamment au sein des écoles, empêche d’apporter une réponse unique. Il existe toutefois bien des solutions.
La règle d’or est de ne pas rester seul, pouvoir en parler à quelqu’un
Benoît Galand, docteur en psychologie et professeur en sciences de l’éducation à l’UCLouvain
Même s’il n’existe pas de solution miracle pour mettre fin au (cyber) harcèlement du jour au lendemain, certaines pistes peuvent être privilégiées.
L’un des conseils essentiels face au harcèlement est de rompre le silence. La cible de harcèlement doit pouvoir se tourner vers un adulte de confiance, de préférence formé à cette problématique au sein de l’école. Dans tous les cas, l’essentiel est que l’adulte écoute attentivement, avec bienveillance, et qu’il ne minimise jamais la situation. Mais parler n’est pas toujours simple : la honte, la peur de représailles ou la pudeur peuvent freiner cette démarche.
Les témoins ont eux aussi un rôle à jouer : ils peuvent alerter un adulte, mais il est conseillé de ne pas agir seul. Un groupe d’élèves qui décide ensemble de dire "stop" peut avoir beaucoup plus de force.
Prévenir plutôt que guérir
Du côté des harceleurs, les auteurs sont souvent des jeunes qui éprouvent des difficultés relationnelles primaires. "lls veulent à tout prix maintenir ou renforcer leur position sociale dans le groupe. Nous savons aussi depuis longtemps que mal dormir peut être néfaste dans le fonctionnement émotionnel et social. La mauvaise qualité de sommeil a un effet négatif sur cette partie de notre cerveau ayant un rôle essentiel quant aux décisions réfléchies et au contrôle des émotions. Il est surtout important d’apprendre aux jeunes comment canaliser leur colère et autres émotions d’une bonne manière, sans se défouler sur les autres", détaille Sabine Dannau, présidente du Réseau Prévention Harcèlement.
Dans tous les cas, miser sur la prévention et le développement des aptitudes relationnelles en général vaut toujours mieux que devoir soigner les blessures : "Nous devons apprendre aux jeunes que tout le monde a le droit d’être différent. Ceci évitera que des adultes continuent à harceler les collègues "différents"", souligne Sabine Dannau.
Réfléchir à l’impact des écrans dès le plus jeune âge
Les enfants de 1re, 2e et 3e primaire n’ayant, pour la plupart pas accès de manière indépendante à des outils numériques, ils et elles ne se retrouvent que très peu dans des situations de cyberharcèlement. Il y a par contre un travail de prévention, comme l’explique Brieuc Tollenaere, facilitateur de formation à Bibliothèque Sans Frontières Belgique : "En primaire, le travail que nous effectuons est essentiellement axé sur l’empathie et l’expression des émotions. Nous poussons les enfants à réfléchir à l’impact des écrans et des réseaux sociaux sur cette empathie. C’est donc un travail préventif du harcèlement scolaire en général, avec une dimension numérique".
Le Réseau Prévention Harcèlement insiste pour qu’une formation "utilisation des médias et réseaux sociaux" soit mise en place pour les jeunes, pour tous les acteurs de l’école et surtout pour les parents où l’UFAPEC (Union Francophone des Associations de Parents de l’Enseignement Catholique), la FAPEO (Fédération des Parents et des Associations de Parents de l’Enseignement Officiel) et la Ligue des Familles pourront jouer un rôle très important. "Il ne faut surtout pas diaboliser les outils numériques mais entamer une discussion autour de leur utilisation. Il est également primordial que les accueillants du temps libre (ATL) suivent des formations pour détecter des situations de harcèlements car les cours de récré et les réfectoires sont des endroits propices pour passer à l’acte", conclut Sabine Dannau.
Des structures vers lesquelles se tourner
Pour les enfants et adolescents cibles de harcèlement, il est primordial de ne pas rester isolés. Être entouré de personnes de confiance (camarades, copains, adultes) et se retrouver dans des lieux où l’on se sent en sécurité peut faire une réelle différence. Selon Sabine Dannau, présidente du Réseau Prévention Harcèlement, à cet instant, toutes les écoles de la Fédération Wallonie-Bruxelles devraient avoir intégré une procédure de signalement dans leur R.O.I. (règlement d’ordre intérieur) et la communiquer lors de chaque rentrée scolaire. Voici une série d’institutions et d’acteurs qui peuvent apporter de l’information et de l’accompagnement que ce soit aux cibles de harcèlement, aux témoins ou aux parents :
- Centres PMS : les centres psycho-médico-sociaux peuvent être une solution de première ligne au sein des écoles. Des personnes sont spécifiquement formées à la problématique du harcèlement dans certains PMS. Il est possible de trouver les coordonnées ici ou en vous adressant à la direction de l’école.
- Infor Jeunes : il existe 15 centres d’information jeunesse en Wallonie et 11 à Bruxelles.
- Les AMO : le service d’aide à la jeunesse propose plus de 80 points de contact en Wallonie et à Bruxelles.
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Le Défenseur des droits de l'enfant : en appelant le 02/223.36.99 (joignable du lundi au vendredi, de 9 h à 12 h 30 et de 13 h 30 à 16 h 30). Le Défenseur des droits de l’enfant aide les jeunes et les adultes de différentes manières. Cette institution intervient lorsque les autres services de première et de deuxième ligne n'ont trouvé aucune solution.
- Le numéro vert "Écoute enfants" : appeler le 103.
- Le numéro vert "Écoute école" : appeler le 0800/95.580 (accessible du lundi au vendredi de 9 heures à 16 heures).
- Réseau prévention harcèlement : cet organisme plutôt à destination des professionnels propose tout de même une feuille de route à destination des parents.
- Child Focus à travers le portail de prévention “Sécurité en ligne”. Child Focus propose des informations et des conseils pour un usage sûr et responsable d’Internet par les enfants et les adolescents, à destination des jeunes, des parents et des professionnels. Le service peut notamment accompagner les victimes de diffusion d’images intimes, de création d’images dénudées ou de chantage à l’image, via le numéro gratuit 116 000, disponible jour et nuit.
- La police : si les faits de harcèlement sont graves et si la cible se sent en danger ou menacée, une plainte peut être déposée. Il est toutefois conseillé de solliciter autant que possible un service spécialisé d’écoute de mineurs au sein de la zone de police.
Cette liste n’est pas exhaustive et ces pistes sont activables en fonction du type d’information ou d’accompagnement nécessaires, mais aussi en fonction de la nature du harcèlement et de la gravité de la situation.
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