Une foule monstre de partisans fête le vélo à Montréal et en Montérégie
Il y avait quelque chose de symbolique à voir toutes les personnes réunies dimanche matin au quartier DIX30. Une sorte de pied de nez à l’automobile, qui est pourtant dans l’ADN même de ce centre commercial coincé entre deux autoroutes.
Dans les voitures du REM, en direction de Brossard, à une heure du départ, on entendait déjà la frénésie. Des amateurs aux accents du monde entier discutaient de la course et faisaient leurs prédictions.
Mais tous ces débats étaient inutiles, puisque c’est Isaac Del Toro qui allait sortir vainqueur de l’épreuve, a affirmé avec conviction Christian, croisé près de la ligne de départ, quelques minutes avant le début des hostilités. « Qui d’autre ? » a-t-il lancé en brandissant fièrement un drapeau mexicain.
Finn, un Vermontois venu au Québec pour l’occasion, voyait les choses d’un autre œil : c’est le Britannique Tom Pidcock qui allait remporter les grands honneurs. « On a conduit [du Vermont à Brossard] ce matin », a dit le jeune Américain, visiblement très motivé.
À la vue des drapeaux brandis par les spectateurs, on avait une bonne idée des allégeances : Belgique, Suisse et Mexique étaient parmi les favoris. Tout comme le Canada, bien entendu.
Sur le coup de 9 h, les athlètes se sont mis en mouvement sous les acclamations nourries de la foule et de la mascotte, Bagel, qui semblait aussi populaire que les coureurs.
Direction Montréal
L’énergie s’est vite propagée de l’autre côté du Saint-Laurent. Bien campé aux abords de l’avenue du Parc, où un « faux plat », qui n’a rien de plat, fait souffrir les coureurs depuis dimanche dernier, Marcel est venu encourager son compatriote Mathieu van der Poel.
Placé tout près de l’arrivée, le Néerlandais est venu à Montréal pour les Mondiaux. « La ville est superbe », a-t-il dit, tout sourire, pendant que ses amis trinquaient à la Heineken en cette fin d’avant-midi. Ravi du spectacle, il n’avait que de bons mots pour l’organisation.
Mais l’événement ne prêche pas que les convertis. « On s’en allait au Musée des beaux-arts », a dit Charles, qui s’est retrouvé près de l’arrivée un peu par hasard. « C’est spécial de voir les rues aussi fermées, mais c’est positif ! »
En bas de la côte
Direction le boulevard Édouard-Montpetit, en bas du chemin de la Rampe, là où les cyclistes attaquent un virage serré à toute vitesse. Dans la foule, on croise Mathieu Fagnan, un ancien de chez Vélo Mag. « C’est une coche au-dessus des Grands Prix cyclistes », observe l’expert. « C’est aussi valable que de gagner le Tour de France. »
Il se réjouit de l’engouement que crée l’événement, ainsi que de la belle carte postale qu’il représente pour la ville. « Les images sont hallucinantes ! » Quiconque a pu voir les images prises depuis les hélicoptères embrasser le parcours ne peut que lui donner raison.
À quelques mètres de là se tiennent Gabriel et Maria, des Mexicains installés à Laval depuis quatre ans. « C’est la première fois qu’on est [à une course cycliste] », a dit l’homme qui se découvre une passion pour le vélo. « On est vraiment fiers d’être Mexicains », a ajouté le partisan de Del Toro.
En hauteur
On connaît la voie Camillien-Houde — un classique —, mais nombre de supporters préfèrent mettre le cap vers le nord de la montagne. L’ambiance y est folle pendant que les coureurs accumulent les tours du circuit ceinturant le mont Royal.
Eliot, un Belge (et Québécois d’adoption), insuffle une bonne dose d’énergie. « Réaliste », il pense encore à ce moment-là que c’est la jeune sensation française Paul Seixas qui saura s’imposer [il terminera finalement quinzième]. « On habite à Montréal, on fait ce parcours-là souvent, alors ça fait plaisir [d’y voir des professionnels]. »
L’ambiance est vraiment à la fête à quelques pas du cimetière Notre-Dame-des-Neiges. Alexis s’y trouve avec son groupe, un petit barbecue improvisé avec une poêle et une torche, ainsi qu’un fût de bière. Voilà quelqu’un de prévoyant. « On a un bon angle de vue sur la course, on les voit attaquer juste avant le virage [vers le chemin de la Rampe]. »
Nous resterons campés dans l’ombre de Polytechnique Montréal jusqu’à la fin de la course. Suivant les derniers instants de la course sur des écrans d’ordinateurs ou de téléphones, les spectateurs ont accueilli la victoire de l’Américain Brandon McNulty avec des applaudissements polis, mais peu sentis.
Il y avait quelques heureux, il y avait beaucoup de déçus, mais tous devraient s’entendre sur le fait qu’ils ont assisté à une journée historique dans l’histoire du cyclisme au Québec.
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