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Wednesday, October 28, 2026

Ingérence canadienne

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Pas moins de 280 000 personnes ont, à ce jour, signé une pétition en ligne pour réclamer que le Canada déclare persona non grata l’ambassadeur de Donald Trump au Canada, Pete Hoekstra. L’homme sait être abrasif et dit ne pas comprendre pourquoi tant de Canadiens en veulent à son pays et à son président. On dira qu’il est déconnecté de la réalité et prend des vessies pour des lanternes. Mais n’est-il pas un excellent reflet de la personnalité et des politiques de celui qu’il représente ?

La semaine dernière, il a publié un communiqué dénonçant l’ingérence canadienne dans les élections de mi-mandat en cours aux États-Unis. Le premier ministre canadien, Mark Carney, et sa ministre de l’Industrie, Mélanie Joly, ont fait les vierges offensées, répondant que jamais, au grand jamais, le pays de la feuille d’érable ne s’abaisserait aussi bas.

Or, là-dessus, le malotru Pete Hoekstra a raison. Le Canada déploie sous nos yeux une opération d’ingérence économico-politique sans précédent sur le territoire américain dans le but transparent d’influencer le vote des électeurs. J’ajoute : c’est la bonne chose à faire et j’applaudis à deux mains.

Non, mais. Notre voisin a lancé contre nous une guerre économique, s’est essuyé les pieds sur une entente commerciale négociée et signée pendant le premier mandat de Trump, évoque de manière répétitive son souhait de nous annexer, nous insulte, appelle notre premier ministre « gouverneur », traficote avec les séparatistes albertains et on devrait tendre l’autre joue ?

Le 8 septembre, en réponse à la dernière vague de tarifs imposés par Trump, le Canada a répliqué « dollar pour dollar ». Mais pas n’importe comment. Les 26 milliards de tarifs canadiens ont été choisis de manière à protéger les entreprises canadiennes et, d’autre part, à cibler des États que les républicains pourraient perdre la semaine prochaine.

Mme Joly ne s’en est pas cachée. « Nous ciblons aussi des produits qui vont cibler des États américains. Nous agissons donc de façon judicieuse et stratégique pour exercer une pression politique. » Les tarifs déjà appliqués lors de la ronde précédente en 2025 avaient le même objectif : « Nous nous assurons d’exercer une pression sur les entreprises américaines, dans des États républicains clés, afin de faire pression sur le gouvernement Trump », avait-elle dit en 2025, ajoutant que le Canada « redoublait d’efforts sur des produits qui auront un impact politique dans les États républicains ».

C’est tant mieux. L’organisme Visual Capitalist a produit une carte des répercussions par État de la contre-offensive canadienne. Les plus durement frappés sont, dans l’ordre : l’Ohio, l’Illinois, la Pennsylvanie, New York, le Wisconsin, la Californie, le Michigan, le Texas et l’Indiana.

Trois de ces États sont en jeu pour le contrôle du Sénat américain et tous comptent un nombre important de sièges en jeu pour donner aux démocrates une majorité à la Chambre des représentants.

Non seulement l’ingérence canadienne dans l’élection américaine existe, est justifiée, mais elle fonctionne. Dans le Maine, les tarifs canadiens s’appliquent à un demi-milliard de biens, mais sont à ce point efficaces que Donald Trump vient de soulager l’État de la douleur infligée par ses propres tarifs pour donner une chance à sa candidate Susan Collins.

Plusieurs candidats républicains en péril ont ouvertement pris leurs distances de la politique tarifaire de Trump. Partout, une majorité d’électeurs réprouvent ses tarifs sur le Canada, dont plus de 60 % des électeurs du Michigan et 70 % de ceux du Maine. Mieux (ou pire), alors que 62 % désapprouvent les tarifs de Trump sur le Canada, 43 % approuvent les tarifs canadiens contre les États-Unis. Il est vrai que 50 % des Américains estiment que Mark Carney « est efficace dans la défense » de ses intérêts nationaux, ce que seuls 37 % d’entre eux disent de Trump.

Sentant le péril que fait peser sur ses candidats son absurde guerre économique, Trump tente de faire croire à ses électeurs les plus crédules qu’une entente est imminente avec l’embêtant pays du Nord. Mark Carney a répondu qu’il n’était pas pressé et qu’il pourrait même attendre « qu’un autre gouvernement soit en place avant qu’un accord satisfaisant ne soit conclu ». C’est parfait.

Et si le Canada peut s’ingérer dans la campagne présidentielle de 2028 pour inciter les Américains à voter pour des candidats favorables au libre-échange et à la bonne entente avec son voisin du Nord, pourquoi pas ?

Il pourrait s’appuyer sur un précédent, établi par… Trump. Pendant la campagne électorale fédérale du printemps 2025, il avait appuyé Carney ! « Je pense que c’est plus facile de traiter avec un libéral », avait-il déclaré. Il avait aussi dit du mal du conservateur Pierre Poilievre, qu’il a décrit comme « bête, pas un ami à [lui] ».

S’ingérer dans les affaires d’un autre pays, même si on a de bonnes raisons de le faire, n’est pas sans risque. Le conseiller économique de Trump, Peter Navarro, n’a pas pris de gants blancs pour nous avertir : « Si vous vous ingérez dans nos élections dans le Maine ou le Michigan, vous le paierez. » Et puisque les trumpistes ne sont pas exactement magnanimes dans la défaite, ils pourraient accuser le Canada d’être responsable de leur échec de mi-mandat. Nous serions un bouc émissaire pratique.

Cela ne servira sans doute pas à les calmer. Mais lorsque cette accusation surgira, un rappel historique pourrait être brandi, qui prouve que les États-Unis n’ont pas toujours été opposés à ce qu’on s’ingère dans leurs affaires. Lorsque la flotte française a défait la Royal Navy dans la baie de Chesapeake en 1781, permettant à Washington et aux troupes françaises d’obtenir la reddition britannique à Yorktown, elle a offert aux révolutionnaires la clé de l’indépendance de leur nation. L’intervention étrangère était alors non seulement bienvenue, mais ardemment souhaitée. Tout est question de degré, finalement.

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