Carney et Ford dévoilent un plan de 9 milliards $ face aux droits de douane
Les gouvernements fédéral et ontarien engagent des milliards de dollars pour soutenir les secteurs clés de la province — la sidérurgie, les minéraux essentiels et la construction automobile — alors qu’ils continuent de faire face aux répercussions des droits de douane imposés par les États-Unis.
Le premier ministre Mark Carney a déclaré que ce plan de 8,7 milliards $ allait de pair avec les changements mis en œuvre par le gouvernement libéral pour accélérer l’examen des projets et faire avancer les grands chantiers, ce qui créera une demande massive en minéraux essentiels et en capacité de production.
« Nous investissant des sommes sans précédent pour protéger la souveraineté de notre chaîne d’approvisionnement, renforcer notre économie stratégique et créer de nouveaux emplois bien rémunérés chez nous », a soutenu le premier ministre.
Le premier ministre de l’Ontario, Doug Ford, aux côtés de M. Carney lors de l’annonce faite mercredi à Ottawa, a qualifié ce plan de « transformateur ».
M. Ford a expliqué qu’il était clair que les relations entre le Canada et les États-Unis avaient changé de manière définitive.
« Peu importe le résultat des élections de mi-mandat, peu importe, qui occupera la Maison-Blanche, nous ne reviendrons pas à la situation antérieure et nous devons planifier en conséquence », a-t-il affirmé.
Ce plan prévoit la création d’un nouveau fonds d’action pour la sidérurgie, doté de 3,5 milliards $ provenant du Canada et de 1,7 milliard $ de l’Ontario sur cinq ans, afin d’aider les entreprises sidérurgiques à diversifier leur gamme de produits.
Le Canada consacrera des milliards supplémentaires aux achats de défense au cours des prochaines années. Les mesures protectionnistes mises en place après l’imposition par les États-Unis de droits de douane sur l’acier canadien devraient également soutenir la demande.
« À l’heure actuelle, nos entreprises sidérurgiques dépendent fortement du secteur automobile. À l’avenir, les tuyaux, les chemins de fer, les ports et la défense constitueront des sources de demande de plus en plus importantes », a dit M. Carney.
Il a précisé que ce financement devrait permettre de préserver environ 100 000 emplois dans le secteur et s’accompagne d’un engagement à renforcer les mesures de protection contre le dumping d’acier étranger grâce à un contrôle plus strict aux frontières et à d’autres mesures.
L’avenir de Stelco dans les esprits
Cette initiative visant à protéger les emplois intervient alors que le délai imparti aux propriétaires américains de Stelco pour répondre à la ministre de l’Industrie, Mélanie Joly, touche à sa fin. Celle-ci leur avait écrit la semaine dernière pour exiger qu’ils respectent les engagements en matière d’emploi pris lors du rachat de l’entreprise ontarienne.
Stelco a annoncé en septembre son intention de licencier jusqu’à 500 salariés dans ses sites de Hamilton et du lac Érié, invoquant la crise commerciale actuelle, la faiblesse de la demande et la pression persistante des importations.
Son propriétaire, Cleveland-Cliffs, avait pris des engagements juridiquement contraignants lors du rachat de Stelco en 2024: maintenir pendant cinq ans au moins le même nombre de salariés syndiqués, ainsi que la plupart de ses salariés non syndiqués.
Mercredi, M. Carney n’a pas répondu directement aux questions visant à savoir si le gouvernement fédéral ou provincial tenterait de racheter Stelco afin de maintenir l’usine en activité.
« Ces engagements existent encore ils demeurent encore et, oui, bien sûr, il est évident que nous avons le droit et l’obligation de protéger les travailleurs et travailleuses de Stelco et on va le faire », a soutenu le premier ministre.
« Lorsque l’on prend un engagement auprès du gouvernement du Canada, on respecte cet engagement, et le gouvernement veillera à ce que les entreprises assument cette responsabilité ».
L’Association canadienne des producteurs d’acier a décrit cette annonce comme une marque importante de soutien. Elle a salué les mesures visant à lutter contre le dumping de l’acier.
Un milliard de dollars de financement fédéral supplémentaires sur trois ans seront consacrés à la construction d’infrastructures — notamment routières — qui permettront l’exploitation minière de minéraux essentiels dans la région du « Cercle de feu », dans le nord de l’Ontario. Ce montant correspond à un engagement de dépenses pris précédemment par la province.
M. Carney a indiqué que les gouvernements mettraient en place un groupe de travail avec les communautés autochtones locales, dont certaines s’opposent au développement de la région. Un communiqué de presse du gouvernement a été publié et précise que ces travaux consisteront notamment à « examiner les différentes options en matière de conservation ou d’aires protégées autochtones » à mesure que le développement commencera.
La province et le gouvernement fédéral ont également convenu de mettre en place un processus coordonné d’octroi des permis afin de rationaliser les procédures d’autorisation.
« Le Canada sera toujours un pays aux normes élevées, mais des normes élevées ne signifient pas que les décisions doivent être lentes », a expliqué M. Carney.
Le plan global prévoit également 2,5 milliards $ pour le secteur automobile, le gouvernement fédéral y contribuant à hauteur de 1,5 milliard $. M. Carney a précisé que cette mesure visait à aider les constructeurs automobiles à s’adapter afin de répondre à la demande croissante de véhicules électriques.
La guerre commerciale menée par le président américain Donald Trump s’éternise depuis plus d’un an et demi, entraînant une baisse à deux chiffres des exportations automobiles de part et d’autre de la frontière.
M. Carney a indiqué avoir discuté avec M. Trump mercredi matin « pendant un bon moment » et a ajouté que le Canada restait prêt à s’asseoir à la table des négociations avec la Maison-Blanche dès que l’administration serait prête.
Mardi, le ministre des Relations Canada-États-Unis, Dominic LeBlanc, a expliqué aux journalistes que des échanges étaient en cours avec les Américains, sans toutefois préciser s’il s’agissait de négociations.
« Nous parviendrons à un accord avec les États-Unis, à un moment donné, qui servira les intérêts de l’ensemble de l’économie canadienne, et c’est dans ce sens que nous continuons à œuvrer ».
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