Ce que l’on sait des alertes à la bombe en Europe

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Une vague d’alertes à la bombe à travers l’Europe a semé la panique dans des aéroports et des salles de rédaction au cours de la dernière semaine. Les conséquences ont été nombreuses, allant de détournements de vols et atterrissages d’urgence à la suspension de certaines émissions.
Les menaces se sont jusqu’à présent révélées infondées et aucun explosif n’a été trouvé. Cependant, cette vague de canulars, qui a touché plusieurs vols, aéroports et, depuis vendredi, médias, suscite des inquiétudes.
On ignore encore si ces incidents sont liés, mais ces fausses alertes à la bombe font suite à d’autres perturbations en Europe, comme des attaques contre les systèmes de réfrigération d'épicerie et des incursions de drones.
Voici ce que l’on sait sur ces fausses alertes visant des compagnies aériennes et des diffuseurs en Europe.
Quand ces menaces ont-elles commencé?
Ce qui semblait être une vague coordonnée d'alertes à la bombe visant le trafic aérien européen a débuté mardi.
Au moins sept vols et un bateau de croisière ont reçu de fausses menaces à la bombe, ce qui a entraîné des atterrissages d’urgence, des escortes par des avions de chasse et des fermetures temporaires d’aéroports dans des pays comme la Pologne, la Bulgarie, l’Italie et l’Espagne.
Une deuxième vague a été signalée jeudi, touchant au moins 27 vols.
Vendredi, l’aéroport de Prague-Václav-Havel a indiqué que neuf vols ont été menacés, notamment en provenance du Danemark, de l’Espagne et de la Grande-Bretagne, ainsi qu'à destination des Pays-Bas, de Chypre, de la Roumanie, de l’Italie et de la Grande-Bretagne.

Des avions de Smartwings et de Brussels Airlines à l'aéroport Václav Havel de Prague, après que la police tchèque a reçu des alertes à la bombe visant des vols au départ et à l'arrivée de cet aéroport.
Photo : Reuters / David W Cerny
Qu'en est-il des salles de nouvelles?
Vendredi, des salles de nouvelles en Irlande et en Bulgarie ont reçu par courriel des menaces à la bombe provenant d’un certain Mikhaïl Andropov
, qui revendiquait la responsabilité d’une vague croissante de fausses menaces perturbant les vols de passagers à travers l’Europe.
Les messages, envoyés à la chaîne bulgare Nova TV et au diffuseur public irlandais RTE – qui a évacué ses bureaux et suspendu sa programmation –, étaient intitulés Message à l’Occident
et présentaient ces menaces comme le prélude à une série d’attaques contre les moyens de transport à travers l’Europe.
Le diffuseur britannique Sky a également déclaré avoir reçu une menace du genre.
Reuters n’a pas pu établir l’identité de l’expéditeur ni l’origine des courriels, ni déterminer s’ils provenaient effectivement de la même source que les menaces visant l'ensemble ou une partie des dizaines de vols touchés depuis mardi.

Des agents de la Garda sont postés devant les locaux de la chaîne nationale irlandaise RTE après l'évacuation du personnel suite à une alerte à la bombe.
Photo : Reuters / Natalia Campos
Comment ces menaces sont-elles transmises?
Les menaces à la bombe visant des avions sont souvent communiquées aux compagnies aériennes, aux aéroports ou aux autorités par le biais de courriels et d’appels téléphoniques anonymes affirmant qu’un engin explosif se trouve à bord.
Les autorités ne divulguent pas toujours la manière dont ces menaces sont transmises, car cela pourrait, selon elles, encourager des imitateurs et compromettre des enquêtes.
Un représentant de l’aéroport de Prague a déclaré jeudi à CNN qu’ils avaient reçu une menace par courriel anonyme adressée à l’aéroport, et la police tchèque a indiqué que des courriels similaires avaient été envoyés à d’autres aéroports européens.
Eric Schouten, directeur du groupe de sécurité aérienne Dyami, a expliqué à Reuters que le service de sécurité d’une compagnie aérienne commence par analyser le signalement.
Elle alerte ensuite les autorités, qui peuvent alors mobiliser des avions de chasse pour l'escorter ou dérouter l’avion vers un aéroport désigné pour y effectuer une fouille complète.
Quels sont les risques?
La grande majorité des alertes à la bombe s’avèrent être de fausses alertes, bien que toutes doivent être traitées comme réelles jusqu’à ce qu’une enquête soit menée, ce qui signifie que les autorités sont obligées de se mobiliser pour écarter tout danger.
Aucun engin explosif n’a été trouvé à bord des avions visés cette semaine, mais chaque compagnie aérienne doit déterminer si une menace est crédible et agir en conséquence.
Un porte-parole du gouvernement britannique a qualifié les incidents de cette semaine de fausses menaces malveillantes
et a affirmé que le pays disposait de l’un des systèmes de sécurité aérienne les plus robustes au monde
.
Les compagnies aériennes ne sont pas étrangères aux menaces à la bombe, mais les experts en sécurité aérienne soulignent que la coordination apparente et le choix du moment des incidents sont inhabituels.
Tous les avions, y compris ceux visés vendredi, ont atterri en toute sécurité.

Les menaces à la bombe ne représentent pas un nouvel enjeu pour les aéroports. (Photo d'archives)
Photo : La Presse canadienne / Jonathan Hayward
Qui se cache derrière ces menaces?
Les autorités n’ont attribué ces menaces à aucun groupe ni à aucun acteur étatique.
Ces incidents surviennent à un moment où de nombreux responsables européens ont accusé la Russie de mener une campagne de perturbations hybrides
ou de zone grise
, qui sont essentiellement peu coûteuses à mettre en œuvre, faciles à nier et ne devraient pas déclencher de riposte armée.
Des pays touchés par ces perturbations, notamment le Danemark, la Pologne et la Roumanie, ont accusé Moscou d'être derrière ces malversations. La Russie nie toute implication.
Jeudi, une source aéroportuaire en Italie a déclaré que des menaces à la bombe avaient été transmises à plusieurs compagnies aériennes et exploitants d’aéroports à Rome et à Milan, proviendrait possiblement des combattants
de « Male State (État masculin) » , un mouvement d’extrême droite antiféministe interdit en Russie.
Reuters n’a pas pu confirmer l’identité de l’expéditeur de ce courriel. Vladislav Pozdnyakov, un blogueur russe qui a fondé Male State
en 2016, a déclaré que cette organisation n’existait plus et qu’il n’y était en aucune façon associé.
Quel est leur objectif?
Rhys Jones, responsable de la production d’analyses au sein de la firme de conseil en risques aéronautiques Osprey Flight Solutions, a expliqué que les alertes à la bombe pouvaient découler d’une grande variété de motifs.
Il cite notamment des revendications politiques, des campagnes militantes, des activités criminelles, des groupes en ligne ou des opérations hybrides liées à des États.
La commissaire européenne chargée de la technologie, Henna Virkkunen, affirme que, depuis 2022, l’Europe a été confrontée à toute une série d’opérations hybrides, notamment le sabotage d’infrastructures essentielles, des incursions de drones, des brèches de cybersécurité et des ingérences électorales.
Nous sommes constamment la cible d’attaques
, a-t-elle déclaré à Reuters. Ces opérations visent à déstabiliser nos sociétés et à semer la méfiance parmi nos citoyens.
Ce n’est pas toujours la Russie qui est à l’origine de ces différentes opérations hybrides. Mais bien souvent, c’est le cas.

Malgré les spéculations circulant au sujet de son implication dans cette vague, la Russie nie catégoriquement ces rumeurs. (Photo d'archives)
Photo : via reuters / Aleksandr Zholobov
Comment les compagnies aériennes ont-elles été touchées?
Dans l’ensemble, ces menaces ont causé des perturbations minimes dans le secteur de l’aviation, selon Eurocontrol, l’autorité européenne de contrôle du trafic aérien.
Une fausse alerte peut toutefois perturber les opérations des compagnies aériennes; les déroutements d’avions et les inspections de sécurité approfondies entraînant des retards pour les passagers.
Les transporteurs doivent généralement assumer des coûts supplémentaires, notamment liés au carburant, à la réaffectation des réservations des passagers, aux perturbations touchant l’équipage et aux déroutements d’aéronefs.
M. Schouten a expliqué qu’une fouille implique de débarquer les passagers et les bagages, de fouiller l’aéronef, puis de les embarquer à nouveau. Cela peut amener les équipages à dépasser leurs limites d’heures de service et entraîner des correspondances manquées et des annulations.
Le chef de la direction d’Air France-KLM, Ben Smith, a déclaré jeudi qu’il n’avait jamais vu auparavant des menaces signalées de manière aussi coordonnée.
Nous sommes tout à fait convaincus que nous disposons des moyens nécessaires pour garantir que cela ait un impact minimal, voire nul, sur nos opérations
, a déclaré M. Smith aux journalistes. Nous n’avons donc rien à demander aujourd’hui à nos gouvernements pour qu’ils modifient la façon dont ils gèrent ce genre de situations.

La compagnie aérienne EasyJet figure sur la liste des cibles de l'attaque coordonné. (Photo d'archives)
Photo : Reuters / Matthew Childs
Quelles mesures sont prises?
Les alertes à la bombe préoccupent les pilotes et créent une tension inutile, mais les équipages sont prêts à réagir de manière professionnelle, a déclaré Paul Reuter, vice-président de l’European Cockpit Association.
Les pilotes passent en revue les procédures avec les équipages de cabine, identifient les aéroports vers lesquels ils pourraient se dérouter et peuvent embarquer du carburant supplémentaire, a-t-il ajouté.
M. Reuter a qualifié d’absolument inacceptable
l’utilisation de l’aviation civile à des fins de perturbation géopolitique ou de canulars.
Selon un article (nouvelle fenêtre) de Sara Jabakhanji, CBC News
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