Royaume-Uni: pourquoi les milliardaires quittent Londres

Selon une enquête de Bloomberg, plusieurs milliardaires ont quitté le Royaume-Uni ou réduit leurs liens avec le pays au cours des deux dernières années. En cause, notamment, les réformes fiscales du gouvernement travailliste et les inquiétudes qu'elles suscitent. Un phénomène qui soulève des questions sur l'attractivité de Londres et l'avenir de sa place financière.
Le Royaume-Uni est-il en train de perdre l'un de ses atouts historiques : sa capacité à attirer les grandes fortunes internationales ? À en croire le site d'actualités économiques et financières Bloomberg, la réponse est oui. Aujourd'hui, le patrimoine cumulé des milliardaires et des familles fortunées recensés atteint 160 milliards de dollars. À titre de comparaison, ce montant dépasse celui des milliardaires britanniques qui résident toujours dans le pays. Mais ce chiffre ne correspond pas à 160 milliards de dollars retirés de l'économie britannique, mais au patrimoine des personnes qui ont rompu ou réduit leurs liens avec le Royaume-Uni.
Ces départs s'expliquent d'abord par la fiscalité. Depuis avril 2025, le gouvernement travailliste a supprimé le régime des « non-dom », qui permettait à certains résidents étrangers fortunés de bénéficier d'avantages fiscaux sur leurs revenus et leurs gains réalisés à l'étranger. À ces changements s'ajoutent d'autres hausses d'impôts et, surtout, la crainte de nouvelles mesures. Or, les grandes fortunes sont mobiles. Elles peuvent choisir de s'installer en Suisse, à Monaco ou aux Émirats arabes unis, où les conditions fiscales sont différentes. Pour les finances publiques britanniques, l'enjeu est important. Selon les chiffres du gouvernement, les 1 % de contribuables les plus aisés contribuent à environ 27 % des recettes de l'impôt sur le revenu.
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Immobilier de luxe : Londres confrontée à une forte baisse des prix
Les conséquences potentielles de ces départs dépassent les seules recettes fiscales. Les grandes fortunes achètent des logements, dépensent dans les commerces de luxe, emploient du personnel et investissent parfois dans des entreprises. Leur départ peut donc fragiliser tout un écosystème économique. L'immobilier de prestige londonien en donne une illustration. Selon les données de Savills, société internationale de conseil en immobilier, les prix des biens les plus luxueux ont chuté d'environ 27 % depuis leur sommet de 2014. En tenant compte de l'inflation, la baisse dépasse même 49 %, selon l'analyse publiée par Bloomberg.
Cette dégringolade ne s'explique pas uniquement par les départs de grandes fortunes. Le Brexit, la pandémie et les taxes immobilières ont également pesé sur le marché. Mais ce recul témoigne des difficultés rencontrées par Londres pour attirer certains acheteurs internationaux. Au-delà de l'immobilier, les dépenses de cette clientèle contribuent à l'activité des hôtels, des restaurants et des commerces haut de gamme. Une diminution durable de leur présence pourrait donc avoir des répercussions sur plusieurs secteurs de l'économie londonienne.
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La City peut-elle perdre son attractivité financière ?
Faut-il pour autant craindre un déclin de la City, le cœur financier de Londres ? Pas nécessairement. La capitale britannique conserve des atouts majeurs, notamment ses banques, ses marchés financiers et son réseau de professionnels. Mais en économie, le signal envoyé peut parfois compter autant que la situation réelle. Dans une économie mondialisée, la réputation d'une place financière est essentielle. Si les investisseurs jugent les règles fiscales trop changeantes, ils peuvent choisir de s'installer ailleurs, voire d'y développer directement leurs activités.
Le gouvernement britannique doit donc trouver un équilibre entre la taxation des plus riches et l'attractivité du pays. Car taxer davantage peut rapporter plus si les contribuables restent. Mais si leur départ réduit également les investissements et l'activité économique, le gain fiscal risque d'être moins important qu'espéré. Pour Londres, comme pour d'autres capitales européennes confrontées à ces arbitrages, le défi est de conserver son statut de place financière mondiale sans renoncer à ses ambitions de justice fiscale.
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