La fermeture de la Maison Benoît Labre réclamée
Plus d’une centaine de citoyens mécontents ont bruyamment manifesté mardi soir pour exiger la fermeture de la Maison Benoît Labre, ce centre du quartier de Saint-Henri qui héberge des personnes en situation d’itinérance. Des intervenants du milieu communautaire, des sans-abri et d’autres résidents ont toutefois défendu cette ressource d’aide en faisant une contre-manifestation au même endroit.
La cohabitation est difficile entre le centre et les habitants et commerçants du quartier depuis son inauguration en 2024. La Maison Benoît Labre offre des services d’aide ouverts en tout temps pour les personnes itinérantes et marginalisées, dont un site de consommation supervisée (SCS).
L’emplacement du SCS à une centaine de mètres d’une école primaire est toutefois non réglementaire, ce qui force son déménagement. Mais, les citoyens appellent à la fermeture définitive de la Maison Benoît Labre dans leur quartier.
« C’est horrible, horrible, horrible, c’est l’enfer », s’exclame Marie Belani, en secouant sa pancarte revendicatrice.
« Il y a plein d’incivilités, on a dû se barricader, mettre une grille et des cadenas », raconte Mme Belani, qui habite dans une copropriété en face du centre. « On retrouve des seringues et des vêtements souillés en face de notre porte le matin », poursuit-elle.
Mme Belani réside dans le quartier depuis plus de 20 ans et elle refuse de cohabiter « avec ces gens-là », car « ils sont trop maganés ».
Carole T., qui vit à côté, partage cet avis. « La drogue, le sexe, le vol, la pisse, le caca », énumère Carole pour illustrer à quoi ressemble son environnement depuis que la Maison Benoît Labre est venue s’établir près de chez elle.
Carole, qui est propriétaire, explique recevoir des plaintes des locataires et avoir de la difficulté à louer depuis deux ans. Elle mentionne être constamment en train d’appeler les services d’urgence en raison de cris et de batailles.
Un rapport du Service de police de la Ville de Montréal faisait état à l’automne 2024 d’une hausse significative de 800 % des méfaits près du centre.
Carole croit que la seule solution possible est de « relocaliser » le centre de jour. Ajouter des intervenants psychosociaux ne réglera pas le problème, selon elle.
Des solutions divergentes
Une des revendications des gens sur place est que les gouvernements investissent l’argent nécessaire pour s’assurer que les centres d’hébergement soient dignes, sécuritaires et adaptés.
Un homme sur une estrade souhaite notamment que la mairesse de Montréal et le ministre responsable des Services sociaux et de la Lutte contre l’itinérance au Québec « prennent leurs responsabilités ».
« Ce n’est pas normal d’avoir à enjamber des gens en détresse pour aller porter ses enfants à l’école », plaide Peter Sergakis, l’organisateur de la manifestation. Il possède plusieurs immeubles dans le quartier.
« La cohabitation est un échec », scande ensuite dans son magnétophone M. Sergakis, sous un tonnerre d’applaudissements.
Contre-manifestation
De l’autre côté de la ruelle, les applaudissements s’essoufflent et laissent place aux « bouhhhh » d’une cinquantaine de personnes. Parmi elles, Alexe Favreau, qui est en défaveur de ce rassemblement. Elle croit que la Maison Benoît Labre a son mot à dire dans tout cela.
« Je comprends les commerçants et les voisins ont peur pour leur sécurité, mais mettre fin à la MBL, c’est mettre fin à un service pour les personnes en situation d’itinérance », fait valoir Alexe.
La jeune femme avance que fermer le centre serait même pire pour les résidents, car les usagers vulnérables risquent de n’avoir nulle part où aller et se retrouver « sur leur terrain et dans leur cour ».
Alexe contre-manifeste pour conscientiser les gens de Saint-Henri, mais aussi d’autres quartiers montréalais à l’importance d’une telle ressource d’aide en itinérance. « Les gens ne réalisent pas que certains risquent de mourir », déplore-t-elle.
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