L’Assomption : dans les pas de François Legault et de Jacques Parizeau

Le Parti québécois (PQ) tente de reprendre à la Coalition avenir Québec (CAQ) la circonscription de L'Assomption, représentée depuis 2012 par l'ex-premier ministre François Legault à l'Assemblée nationale. Elle a aussi été représentée pendant 15 ans par un autre ancien premier ministre du Québec, Jacques Parizeau. Visite dans cette circonscription de Lanaudière qui regroupe entre autres la localité de L’Assomption et une partie de Repentigny.
C’est le comté de M. Legault. Ce n'est pas que ça sonne plus gros, mais il y a de nouvelles bottines à chausser, donc oui, c’est quelque chose qui est omniprésent dans la ville
, explique Julien Poissenot, le chef restaurateur du bistro L’Ange Cornu, à L’Assomption. On les voit, les candidats sont quand même assez actifs.
L’Ange Cornu a pignon sur rue au coeur du Vieux-L’Assomption, voisin de la place Karl-Tremblay, inaugurée en mai dernier à la mémoire du chanteur des Cowboys Fringants décédé en 2023. Devant le mur de cravates rappelant les habitudes vestimentaires du chanteur qui fréquentait son bistro, Julien Poissenot-Côté explique que les PME – comme l'Ange Cornu avec une trentaine d'employés – aimeraient être mieux accompagnées dans leurs demandes de subventions.

Julien Poissenot-Côté est chef restaurateur du bistro L'Ange Cornu à L'Assomption.
Photo : Radio-Canada / Benoît Chapdelaine
On a des partenaires de développement économique qui peuvent nous aider, mais c’est rarement l'entrepreneur seul qui va réussir à les trouver ou à faire les démarches
, témoigne-t-il.
On est quand même dans l’ère numérique en 2026l; je pense qu’il y aurait moyen de rendre cela plus accessible, plus "user friendly", si vous me permettez l’expression.
Simplifier les démarches administratives et alléger la bureaucratie est l’une des demandes les plus fréquentes des entreprises aux candidats durant la campagne électorale, tant à l’échelle locale qu'à l'échelle nationale.
C’est le cas en agriculture, c’est très, très laborieux, les contacts sont difficiles
, renchérit le président de la Chambre de commerce de la MRC de L’Assomption et l’un des propriétaires de la Jardinerie Villeneuve, Sébastien Dupont. Quand tu prends un projet, ça demande beaucoup d’énergie, de persévérance.

Sébastien Dupont est président de la Chambre de commerce de la MRC de L'Assomption et l'un des propriétaires de la Jardinerie Villeneuve.
Photo : Radio-Canada / Benoît Chapdelaine
Il donne l’exemple d'une demande de permis pour un concours de décoration de citrouilles avec une ferme voisine en espérant obtenir une réponse avant l’Halloween…
L'héritage de François Legault
M. Legault a apporté de grandes choses, il était vraiment apprécié dans son comté, mais aussi dans la MRC de L’Assomption
, précise le directeur général de la Chambre, Gabriel Méthot. Il voyait qu’il y avait un haut potentiel. En ce moment, il y a des projets qui se développent.
François Legault a été député de la circonscription voisine de Rousseau de 1998 à 2012 avant de tenter sa chance avec succès dans L'Assomption. Il la représente sans interruption depuis. Il avait obtenu plus de 14 000 voix de majorité en 2022 avec 54 % des voix contre son plus proche adversaire, Martin Lefebvre de Québec solidaire.
L'ex-premier ministre a hérité de la circonscription peu après l'annonce en 2010 de la fermeture de l’ancienne usine d’Electrolux qui a entraîné la perte de 1300 emplois en 2014. La région s’est depuis relevée et la zone Agtech (nouvelle fenêtre)qui lui a succédé annonçait encore il y a quelques jours l’arrivée sur le site de nouvelles entreprises comme Boréa, spécialisée en aquaculture.
C’est d'ailleurs dans une autre nouvelle entreprise de L'Assomption, le très animé café Casita, que nous rencontrons la candidate de la CAQ, Geneviève Pettersen. L’autrice et chroniqueuse qui veut succéder au député François Legault dit y aller tous les jours pour entreprendre sa journée de campagne.

Geneviève Pettersen, candidate de la CAQ dans L'Assomption
Photo : Radio-Canada / Benoît Chapdelaine
Ça fait longtemps que je rêve de faire de la politique, admet-elle entre deux gorgées de café froid. Il y a beaucoup de femmes en politique qui m’ont écrit ou téléphoné, puis je me disais tout le temps, plus tard...
Elle souligne l’influence déterminante de la ministre de l’Éducation et députée sortante de Champlain, Sonia LeBel. Sonia, c'est une bonne avocate, elle a tout déconstruit mes peurs
, raconte-t-elle.
Mme LeBel a organisé une rencontre avec la cheffe de la Coalition avenir Québec, Christine Fréchette, qui l'a convaincue de faire le grand saut.
Acheter de nouvelles chaussures
C'est un grand honneur d'être présentée ici, c'est de grandes chaussures à chausser. Je dis tout le temps la blague aux citoyens qui m'en parlent. Moi, je ne prétends pas chausser les chaussures de personne, je vais m'en acheter des nouvelles, c'est moins stressant
, lance-t-elle.
La candidate originaire du Saguenay habite à proximité de L'Assomption. C’est près de chez moi, mon chum [le chroniqueur économique Pierre-Yves McSween] a enseigné ici des années, une bonne amie a été directrice du théâtre Hector-Charland, je suis venue mille fois à L’Assomption
, souligne-t-elle.
La ville ressemble un peu à Chicoutimi, à son avis, avec son cégep, ses PME, ses terres agricoles. Le monde est tissé serré et moi je me reconnais dans ces gens-là
, soutient-elle.
Je suis une citoyenne comme tout le monde. J'ai trois enfants, je paye mes taxes, je paye mes impôts, je trouve ça cher à l'épicerie, je rushe pour payer plein d'affaires, je veux qu'ils sentent ça.
De quoi les gens lui parlent-elle? Pas tant d’enjeux locaux à son avis, mais plutôt de préoccupations qui vont au-delà de la région. Ils s’inquiètent du coût de la vie, du transport, des soins pour les personnes âgées. C’est sûr que je veux travailler sur ces dossiers-là
, répond-elle.
Elle mentionne aussi en rafale d’autres thèmes qui l’intéressent vivement : la violence conjugale, l’équité hommes-femmes, la culture, la langue française, la santé mentale des jeunes et la montée des valeurs conservatrices.
L'indépendance, un beau rêve
Geneviève Pettersen se décrit comme une nationaliste convaincue. L'indépendance, c'est un beau rêve; moi, je ne jugerai jamais ça, les gens qui rêvent à l'indépendance du Québec. Est-ce que je trouve que c'est un bon timing? Non.
Je pense qu'on est plus avantagés à être dans un Canada fort que de faire un pays avec tout ce que ça implique. Mais c'est important d'être dans un parti où on protège ce qui fait qu'on est des Québécois, notre unicité, notre langue, nos valeurs.
La candidate est reconnue par une partie de la clientèle du café, qu'elle fréquente assidument. Un couple âgé lui témoigne son appui, la voyant d'un bon oeil succéder à François Legault.

Luis Contreras, copropriétaire du café Casita à L'Assomption
Photo : Radio-Canada / Benoît Chapdelaine
C'est un café franco-colombien
, confie le copropriétaire Luis Contreras, dans un excellent français. On a voulu rassembler le meilleur de la France et de la Colombie pour apporter un monde unique où tout le monde se sent en voyage dès qu'il franchit la porte.
Luis Contreras n'a pas encore le droit de vote, mais il se dit ravi d'entendre la clientèle parler beaucoup d'élections depuis l'ouverture du café. Ça me fait trop plaisir que les gens se sentent en sécurité et aient confiance de parler de tout ça
, affirme-t-il.
L'ancienne circonscription de Jacques Parizeau
Le candidat péquiste Maxime Laporte nous accueille de l'autre côté du pont qui traverse la rivière L'Assomption.
L'ancien président de la Société Saint-Jean-Baptiste et du Mouvement Québec français serre les mains à la sortie d'un supermarché. Des clients l'écoutent attentivement; certains l'assurent de leur appui, d'autres préfèrent passer leur tour.
Étrangement, dit-il, je pense qu'on me parle plus souvent de M. Parizeau que de M. Legault, avec tout le respect pour François Legault, évidemment. M. Parizeau a laissé sa marque ici et je suis d'autant plus honoré de me présenter dans cette circonscription.

Maxime Laporte, candidat du Parti québécois dans L'Assomption
Photo : Radio-Canada / Benoît Chapdelaine
Jacques Parizeau a en effet été député de L'Assomption dès l'arrivée au pouvoir du Parti québécois, en 1976, jusqu'à sa démission comme député en 1984. Il a ensuite été réélu en 1989 jusqu'à sa démission comme premier ministre et comme député en 1996, au lendemain du référendum.
Donc là, poursuit Maxime Laporte, M. Legault est parti. On sent une volonté de changement très claire dans toutes les couches de la société. On la sent également chez les aînés.
Le candidat indique avoir constaté avec plaisir durant la campagne un certain retour des électeurs vers le Parti québécois.
J'ai visité à peu près toutes les résidences pour personnes âgées dans la circonscription. Je n'ai pas tout à fait fini, mais la réponse est excellente, contrairement à ce à quoi on aurait pu s'attendre
, mentionne-t-il.
Maxime Laporte veut poursuivre à l'Assemblée nationale les luttes qui ont marqué son militantisme pour l'indépendance et la protection de la langue française.
Ces 15 dernières années, j'ai consacré ma vie à l'avancement du combat pour le français. J'ai aussi comme avocat constitutionnaliste mené des combats devant les tribunaux, notamment la défense du statut juridique du peuple québécois, de son droit à disposer de lui-même, des combats menés avec succès
, explique-t-il.
Je pense que c'est à l'Assemblée nationale que l'avenir du français va se jouer. Et si on veut garantir l'avenir du français, je pense que notre seul statut de province ne suffira pas.
Le candidat appuie sans réserve la tenue d'un référendum en 2029 si le Parti québécois est élu le 5 octobre.
Je pense qu'on s'y prend de manière intelligente. On a dit clairement qu'on va laisser passer la tempête Trump. On est dans une situation exceptionnelle. On va être beaucoup plus serein après le passage de cette tempête pour discuter de notre avenir national
, croit-il.
Priorité aux enjeux de transport
A plus court terme, Maxime Laporte compte consacrer ses énergies à certains enjeux locaux s'il est élu.
On est une circonscription éminemment agricole et il y a des problèmes criants en matière d'agriculture. On a des défis bien sûr en matière de développement industriel. Il y a le milieu communautaire qui est à bout, c'est important de le mentionner
, indique-t-il.
Mais ce sont les problèmes de transport qui retiennent le plus son attention.
Il y a des enjeux à l'Assomption, en particulier en matière de transport, de circulation, de transport collectif, et ça en particulier, je vais en faire une priorité.
Il précise vouloir à la fois améliorer la desserte en transport collectif dans la région avec le projet de lien structurant promis par le Parti québécois entre Montréal et Repentigny, et la circulation sur la 341, une route souvent engorgée dans la circonscription.
La question du transport résonne aussi au Cégep de Lanaudière à L'Assomption, où des centaines de jeunes de villes voisines vont étudier, souvent sans pouvoir compter sur un réseau d'autobus à la hauteur de leurs attentes.
Les étudiants qui ont leur voiture [sont aussi touchés]
, signale Lyna Mackenzie Mohellebi, vice-présidente de l'Association étudiante du cégep (AGECRLA). C'est quand même un enjeu parce que le prix de l'essence augmente, ça coûte cher. Il va y avoir aussi des stationnements payants dorénavant qui vont ajouter des coûts à payer pour les étudiants.

Lyna Mackenzie Mohellebi est vice-présidente de l'Association générale étudiante du Cégep régional de Lanaudière à L'Assomption (AGECRLA).
Photo : Radio-Canada / Benoît Chapdelaine
Au-delà des questions de transport, l'Association générale étudiante du Cégep régional de Lanaudière à L'Assomption réclame, comme plusieurs autres au Québec, la rémunération de l'ensemble des stages et des logements à prix acceptable.
Les autres candidats
Maxime Laporte et Geneviève Pettersen mèneraient dans les intentions de vote à L'Assomption, selon l'agrégateur de sondages Qc125, mais quatre autres personnes tentent de ravir la circonscription.
Le Parti libéral du Québec présente Marie-Claire Anglade, le Parti conservateur Patrick Lemieux et Québec solidaire Benoît Bourbonnais. Le Parti nul a aussi un candidat, William Mayeu.
Le taux de participation au vote par anticipation était de 24,5 %, légèrement au-dessus de la moyenne québécoise.
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