Assises du Hainaut : "Les parents ont adopté consciemment un comportement qui ne pouvait mener qu’au décès d’Esekia"

Place aux plaidoiries dans le procès de la mort du petit Esekia. Gilles Viaene et Marjorie Brizard comparaissent pour l’assassinat de leur fils Esekia, 11 ans, mort de privation de soins le 30 mai 2023 à Frameries. Skia était porteur d’un très lourd handicap qui le rendait totalement dépendant. Ses parents sont poursuivis pour avoir cessé de le nourrir correctement et de lui administrer ses traitements vitaux après avoir rompu tout suivi médical.
Une misère sociale et humaine
Le premier avocat à prendre la parole est Me Radelet. Il représente la Province de Hainaut, qui s’est constituée partie civile au nom du centre Yapaka. Yapaka est le centre montois qui a accueilli Esekia durant trois jours par semaine au cours de la majeure partie de sa vie. Il dépend de la Province de Hainaut et est reconnu par l’AVIQ. "Yapaka était la famille d’Esekia", entame l’avocat. Nathan Radelet évoque très vite la "misère sociale et humaine" dans laquelle évoluait cette famille.
La conscience criminelle
Pour la partie civile, "il ne s’agit pas d’un meurtre de sang-froid" mais les parents ont consciemment mis en place les conditions qui ne pouvaient mener qu’au décès de leur enfant. Pour l’avocat, l’intention homicide est là. Il en veut pour preuve la cause de la mort : le rapport d’expertise dit qu’Esekia "est mort dans un état de dénutrition chronique et suite à un épisode plus aigu. On ne détecte aucune cause aiguë de maladie". L’avocat rappelle ensuite le bon état de santé du petit garçon quand il était au centre, jusqu’en février 2023. (Esekia est décédé en mai 2023). Pour Me Radelet, Gilles Viaene et Marjorie Brizard étaient conscients des conséquences potentiellement létales des manquements. L’avocat fait circuler parmi les jurés des photos du petit garçon. Les photos passent de juré en juré, des sourcils se haussent, les mines sont dures.
Vous avez fermé la porte à toutes les aides qui vont ont été proposées
L’avocat s’adresse au père, Gilles Viaene pour lui démontrer qu’il a agi volontairement, "dans vos auditions, vous reconnaissez votre laxisme, vous reconnaissez la nécessité de l’Artane (le médicament contre les mouvements incontrôlés, ndlr), vous reconnaissez que depuis plusieurs semaines vous ne donniez plus d’Artane, et plus de compléments alimentaires, qui sont fondamentaux pour Esekia en raison de sa pathologie". Il poursuit : "Vous reconnaissez que vous êtes responsable du décès d’Esekia. En toute connaissance de cause, vous avez fermé la porte à toutes les aides qui vont ont été proposées. Les infirmières, vous les considérez comme des espionnes du SAJ. LE kiné, il voulait vous aider, et malgré cela, vous lui avez fermé la porte. Toutes les aides ont été refusées consciemment de 2017 à 2023. Vous avez reconnu avoir observé une dégradation flagrante de son état".
Pour l’avocat, les parents ont constaté l’état de l’enfant et ils assument donc leur responsabilité en ayant conscience que leur absence de soins et de nourriture mènerait à la mort.
Esekia perdait du poids à chaque séjour en famille
"Sans Yapaka, Esekia serait mort bien plus tôt", poursuit Me Radelet. Il détaille le nombre de fois où le personnel du centre a pointé les manquements des parents. Dès 2017, au sortir d’un congé scolaire, l’enfant a dû être gavé en raison de son importante perte de poids. L’avocat démontre qu’à chaque fois que le petit garçon séjourne chez ses parents, il perd du poids, il ne prend pas ses médicaments, il est sale. Mais, estime Me Radelet, les parents n’acceptent pas les remarques qui leur sont faites par les professionnels du centre. "Chaque fois qu’il y a une remarque dans le carnet, Esekia est absent et, à son retour, on constate une importante perte de poids".
Il rappelle que le petit garçon devait entrer à l’école en février, à "l’arbre vert", avec un nouveau projet pour lui, encadré par le SAJ (Service d’aide à la jeunesse). Skia allait être placé sur ordre de la justice et allait rentrer à l’école spécialisée. Il est décédé avant. Des documents manquaient pour son inscription à l’école.
Les parents ne pouvaient ignorer son état cadavérique
C’est choqué, que Me Radelet poursuit sa plaidoirie : "Je n’avais jamais… Juste jamais… vu un corps comme celui-là si ce n’est lors de ma visite à Auschwitz. Je n’ai jamais vu un tel état de maigreur de toute ma carrière". Il accuse les parents : "Vous ne pouvez pas ne pas avoir vu cela". Il s’adresse à la mère : "Vous étiez au travail, ok. Mais avant de partir, ce matin-là, vous avez, j’imagine, eu un regard pour Esekia. Vous ne pouviez pas l’ignorer : il était en short et en t-shirt".
Il invite ensuite le jury à se souvenir de la vidéo qui a été envoyée par le père d’Esekia à la mère au moment où Esekia est en train d’agoniser. Il est 13h23. "On voit son état de détresse", affirme l’avocat, "et on ne bouge pas !". Les secours ne seront en effet appelés qu’à 14h40. Pour Me Nathan Radelet, "L’intention homicide sur cet élément-là est évidente". Gilles Viaene sur son banc fait non de la tête et verse une larme.
Il s’agit d’un comportement meurtrier et aucun autre parent n’aurait agi de la sorte
Valentine Liénard est l’avocate qui représente les intérêts des enfants mineurs. Elle évoque tous les rendez-vous médicaux manqués, la maigreur d’Esekia, les signaux d’alerte des professionnels. L’avocate rappelle les auditions des frères et sœurs qui racontent qu’Esekia "pleurait depuis une semaine, sans doute à cause d’une crise de colique"; elle s’interroge : "Comment des enfants en bas âge ont pu remarquer la détresse d’Esekia et pas les parents ?". Elle en vient ensuite à la façon dont les parents dépensaient les 4000 euros estimés de revenus de la famille nombreuse (les parents et les 6 enfants) : le jeu sur internet, les stupéfiants,… Elle conclut : "Ils adoptent consciemment un comportement qui ne peut mener qu’au décès d’Esekia". Elle détaille ensuite les messages alarmants du père à la mère au sujet de la santé d’Esekia en pleine détresse respiratoire, et qui avait "vomi tout marron". Les premiers messages ont été envoyés à 11h37. L’appel aux secours est enregistré à 14h44.
Elle relève les contractions entre les messages qu’il envoie à la mère en disant "ça me fait peur" et les déclarations à la juge d’instruction où il déclare : "son état ne m’inquiétait pas, je ne savais pas que c’était grave". Elle estime que l’intention homicide est évidente. "Il s’agit d’un comportement meurtrier et aucun autre parent n’aurait agi de la sorte". Elle termine sur les dégâts causés chez les autres enfants de la fratrie.
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