Bart De Wever sort affaibli de son bras de fer avec Georges-Louis Bouchez : « Il se retrouve coincé par l’attitude de son Premier ministre de l’ombre »

Journaliste à la rédaction Générale
Suivre Sudinfo sur GoogleUn nouveau week-end tendu s’annonce entre les cinq partenaires (MR, Engagés, N-VA, Vooruit et CD&V) du gouvernement fédéral « Arizona ». Si vous demandez à un des analystes les plus écoutés en Flandre, Carl Devos (UGent), comment il voit la suite des opérations, sa réponse est cinglante.
Incapacité politique ?
« La N-VA voulait remettre le pays en ordre. Ensuite, l’objectif est devenu : « arrêter la dégradation ». Et maintenant, il s’agit d’éviter la catastrophe, sous la forme d’un effet boule de neige des intérêts de la dette. Eh bien, cette catastrophe n’a pas été évitée ! », lance le politologue néerlandophone.
« En 2026, rien n’a encore démontré que l’Arizona était capable d’éviter cette catastrophe. J’ignore si les marchés financiers finiront par être convaincus par cette politique de report permanent. Combien de temps peut-on attendre ? Quelle incapacité politique ! », lâche-t-il.
L’expert ne croit-il plus possible cet accord à dix milliards d’euros auquel se sont pourtant engagés les cinq partenaires ? « J’espère qu’il sera trouvé pour 2027, mais je crains un accord faible, s’il y en a bien un », renchérit-il. « Les autres partenaires ne vont pas faire de concessions après le « cadeau » de De Wever à Bouchez. De Wever parviendra-t-il, en novembre ou décembre, à élaborer le budget pluriannuel ? Pourquoi Bouchez accepterait-il alors de céder sur la TVA ? »
Le « cadeau »
Un « cadeau » à Georges-Louis Bouchez ? Pour sortir de l’impasse, Bart De Wever a proposé, mercredi, un budget d’urgence pour 2027 ou un « frein à l’endettement », comme il le qualifie. Un dispositif à mettre en place au cas où le gouvernement ne s’entendrait pas sur des efforts plus importants. Cela signifie des gels d’indexation qui feraient grimacer les Belges.
« La N-VA voulait remettre le pays en ordre. Puis, cela a été : « arrêter la dégradation » avant la formule : « éviter la catastrophe ». Eh bien, cette catastrophe n’a pas été évitée ! »
« Le fait que ce plan ait fuité est considéré à la N-VA comme une tentative de nuire à M. De Wever, comme s’il cédait face à M. Bouchez », reprend Carl Devos. « Pourquoi Bouchez accepterait-il une hausse de la TVA s’il sait, qu’en cas de refus, un scénario de repli existe et qu’il peut ainsi obtenir ce qu’il veut ? Si ce budget d’urgence contenait des mesures dont le MR ne voulait pas, il pourrait aussi les rejeter. De plus, De Wever ferait intervenir les présidents de parti, ce qui constitue aussi une demande de Bouchez. »
Cela peut être vu comme une pression mise sur tous les négociateurs, une pression qui se déplace aussi du MR vers les autres partis, puisque le CD&V et Vooruit ont déjà dit leur mécontentement. Si ça rate malgré la nouvelle méthode, on ciblera ceux qui l’auront fait échouer. Jusqu’ici, le refus obstiné d’augmenter la TVA faisait du MR le seul « bouc émissaire ».
Bref, on en revient au « cadeau » fait au MR ; Georges-Louis Bouchez se retrouvant dans une position plus confortable qu’un Premier ministre semblant affaibli. Serait-il en train de gagner son bras de fer vis-à-vis du Premier ?
Lutte de pouvoir
« Les autres ne feront pas de concessions après le « cadeau » de De Wever à Bouchez. Un budget pluriannuel en novembre ou décembre ? Pourquoi Bouchez accepterait-il alors de céder sur la TVA ? »
« La lutte de pouvoir entre MR et N-VA bat son plein », poursuit Carl Devos. « Regardez les échanges publics entre Georges-Louis Bouchez, la présidente de la N-VA, Valerie Van Peel et le chef de groupe de la N-VA à la Chambre, Axel Ronse, au sujet des budgets des entités fédérées : ils s’adressent mutuellement des reproches. C’est gênant. »
Vu le calendrier serré, puisqu’il ne veut pas de douzièmes provisoires en 2027, le Premier ministre ne pouvait que retirer la TVA des négociations et revoir ses ambitions à la baisse. « C’est une concession importante faite à M. Bouchez. Bart De Wever a reculé. C’est moins mauvais que l’absence d’accord, mais ça reste une mauvaise issue. »
Avec ces questions qui semblent s’imposer à l’expert : « Les marchés financiers ne vont-ils pas sanctionner l’incapacité politique de l’Arizona à trouver ces 10 milliards ? Pourquoi les autres partis se montreraient-ils conciliants envers le MR dans le cadre de cet accord pour 2027, alors que le MR a été récompensé pour son intransigeance ? Je soupçonne qu’une nouvelle crise éclatera dès ce week-end, cette fois autour du budget 2027. »
« Bouchez n’est pas impressionné par De Wever et De Wever voit en Bouchez l’éternel querelleur »
On peut se demander pourquoi Bart De Wever tient autant à l’augmentation de la TVA, alors qu’il sait que le président du MR y est catégoriquement opposé ? « Parce que la N-VA veut absolument cette réduction de l’impôt des personnes physiques (même si le budget ne peut la supporter) et qu’elle ne peut le faire qu’en opérant un glissement fiscal vers les taxes sur la consommation. Pour la N-VA, il est crucial d’offrir un cadeau fiscal à la classe moyenne qui travaille d’ici 2029. »
Carl Devos finit par avouer qu’il ne comprend pas non plus très bien pourquoi Bart De Wever a continué à insister. « S’il ne l’avait pas fait, les autres partenaires auraient profité de cette importante concession faite au MR pour ne pas devoir en faire eux-mêmes. De Wever se retrouve donc quelque peu coincé par l’attitude de son « Premier ministre de l’ombre », Georges-Louis Bouchez. »
« Premier ministre de l’ombre »
Coïncidence : « Premier ministre de l’Ombre », c’était le surnom donné à Bart De Wever du temps du gouvernement de Charles Michel. Retour de karma ?
Derrière cela, il y a toutefois une question cruciale pour la N-VA, selon Carl Devos. « Ce budget pluriannuel, c’est LE projet de l’Arizona. Le MR semble beaucoup moins préoccupé par le budget, comme en témoignent les nombreuses marges de manœuvre dans les budgets bruxellois et wallon. À la N-VA, on estime que De Wever fait tout pour sauver le budget belge, que Bruxelles et les entités fédérées francophones aggravent encore les difficultés budgétaires de la Belgique avec leurs propres dettes et que le MR n’a donc aucune leçon à donner en la matière. »
Le politologue embraie sur le fait que N-VA et MR semblent devenir de plus en plus des concurrents électoraux. « Les relations personnelles entre Bouchez et De Wever n’empêchent pas l’escalade, bien au contraire. Bouchez n’est pas impressionné par De Wever et De Wever voit en Bouchez l’éternel querelleur. »
Le MR en Flandre
Le projet du MR de s’implanter en Flandre semble aussi de plus en plus crédible. « Il y a encore les ambitions affichées de M. Bouchez de devenir Premier ministre, alors que M. De Wever a déclaré avoir lui-même besoin de deux législatures. L’attaque contre De Wever passe très mal à la N-VA. Tôt ou tard, Bouchez devra en payer le prix. »
En payer le prix ? Ne plus être considéré comme un partenaire fiable à l’avenir et être mis sur la touche ? Encore faudrait-il que l’arithmétique électorale le permette. Et puis, il y a fort à parier que les autres partis n’accepteront pas que le débat se résume à un face-à-face De Wever – Bouchez.
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