Pétrole, gaz : l’approvisionnement de la Belgique est-il suffisant?

En cas de pénurie en gaz ou en pétrole sur les marchés mondiaux, la Belgique aurait-elle de quoi résister ?
En matière de pétrole, la Belgique dispose de stocks de sécurité. C’est une obligation qu’elle doit respecter en tant que membre de l’Agence internationale de l’Energie (AIE) et de l’Union européenne. Ces stocks correspondent à l’équivalent de 90 jours d’importation nette de pétrole brut et de produits pétroliers.
Ce pétrole et ces produits pétroliers peuvent être utilisés pour répondre à des problèmes d’approvisionnement en Belgique. Ils peuvent aussi être mobilisés à la demande de l’Agence internationale de l’Energie pour aider d’autres pays membres ou pour accroître l’approvisionnement mondial en pétrole. Par exemple, en mars dernier, l’AIE avait demandé à ses membres de libérer une partie des réserves stratégiques de pétrole dans l’optique de contenir la hausse des prix du pétrole brut. La Belgique n’avait toutefois pas accédé à cette demande, estimant que le rôle du stock stratégique est avant tout de garantir l’approvisionnement.
Interrogé ce lundi par Le Soir et De Morgen, le ministre fédéral de l’Energie Mathieu Bihet (MR) a confirmé que la Belgique satisfaisait à cette obligation de détenir un stock stratégique de 90 jours. "La réserve stratégique est valable pour trois mois de consommation", confirme, de son côté Jean-Benoît Schranz, porte-parole d’Energia, la Fédération du secteur pétrolier belge.
Dans ce stock stratégique, il y a notamment du diesel. "Nos raffineries en Belgique produisent sur base annuelle plus de diesel qu’on en a réellement besoin pour notre consommation intérieure", affirme Jean-Benoît Schranz, de quoi exclure, selon lui, la pénurie pour ce type de carburant.
De son côté, Francesco Contino, Professeur à l’école polytechnique de l’UCLouvain, est moins optimiste. Des stocks stratégiques et la proximité d’un site de raffinage, à Anvers, pourraient ne pas suffire, selon lui. "C’est un marché qui est mondialisé, si pas régionalisé en tout cas, et qui, pour les produits raffinés, sera certainement en tension dans les prochaines semaines et les prochains mois. Il y a un risque majeur notamment pour les coupes les plus lourdes, le mazout ou le diesel", estime Francesco Contino.
Pour l’approvisionnement en gaz, la Belgique peut d’abord compter sur sa position idéale au cœur du réseau de gaz naturel d’Europe occidentale. Le pays est ainsi connecté à diverses sources de gaz naturel. Des pipelines relient la Belgique à la Norvège, aux Pays-Bas et à la Grande-Bretagne. La Belgique peut aussi s’approvisionner en GNL, Gaz naturel liquéfié, via les terminaux GNL de Zeebrugge et de Dunkerque.
Selon le SPF Economie, la capacité d’importation de gaz naturel de la Belgique est plus grande que ce dont le pays a besoin. Cela fait d’ailleurs de la Belgique un pays de transit pour le gaz naturel destiné à d’autres pays voisins.
Outre ses capacités d’importation, la Belgique dispose aussi de capacités de stockage. Elle peut ainsi compter sur une réserve de gaz naturel dans une installation souterraine à Loenhout, au nord d’Anvers. Là, il est possible de stocker l’équivalent de la quantité de gaz nécessaire à la Belgique pendant 8 journées consécutives de froid extrême. Pour le moment, cette réserve n’est pas pleine. Son taux de remplissage actuel est de 59,79%, en dessous de la moyenne européenne (69,62%), une dizaine de pays affichant des taux de remplissage de leurs réserves de gaz supérieurs à 70%.
Le réseau de pipelines géré en Belgique par Fluxys est aussi considéré comme une réserve supplémentaire. Il est organisé "pour garantir une capacité de pointe lors d’une journée de demande exceptionnelle, comme il en arrive tous les 20 ans", explique le SPF Economie.
Selon toutes ces informations, l’approvisionnement en pétrole ou en gaz ne devrait donc pas actuellement être une source d’inquiétude. C’est tout cas le message que le ministre de l’Energie, Mathieu Bihet, a fait passer dans les interviews qu’il a accordées au Soir et au Morgen.
De son côté, Francesco Contino, à l’UCLouvain apporte une nuance. "C’est vrai que notre pays est un point d’entrée, un hub qui permet de faire circuler beaucoup plus de gaz sur notre territoire que ce qu’on consomme. On consomme environ un gros tiers de ce qui passe sur notre territoire", rappelle-t-il. Les deux autres tiers de ce gaz sont destinés aux pays voisins. Ce qui fait dire à cet expert qu’avoir ces capacités pour le stockage ou la circulation du gaz, ce n’est pas forcément ce qui permettra d’éviter des pénuries. "Si vous avez un tuyau par lequel vous faites passer un produit, comme une autoroute sur laquelle vous faites circuler des véhicules, vous ne pouvez pas simplement choisir et réquisitionner ce qui passe pour votre usage si vous n’avez pas commandé ce qui doit y passer", explique Francesco Contino. "Il y a une différence entre la capacité de faire circuler et ce que nous avons commandé", poursuit-il, tout en reconnaissant que les infrastructures gazières dont dispose la Belgique "limitent les risques logistiques", notamment grâce aux différents points d’entrée du gaz sur le territoire belge. Toutefois, "si demain il y a une pénurie pour toute l’Europe, on n’est pas immunisés et il faudra être solidaires avec tous les autres pays avoisinants", juge Francesco Contino.
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