En attendant les retombées du super-méga-budget
Le gouvernement Carney prend appui sur les guerres commerciales de Donald Trump et une hausse conjoncturelle de ses revenus pour redoubler d’efforts en vue d’une transformation en profondeur de l’économie canadienne. Le temps seul dira si ce pari se révélera payant.
L’an dernier, le ministre fédéral des Finances, François-Philippe Champagne, parlait d’un budget « empreint d’une ambition de portée historique » dans lequel se trouvait une « superdéduction » fiscale destinée aux entreprises et en mesure de se traduire par des « investissements générationnels ». Jeudi, il parlait encore « d’un tournant historique », marqué, cette fois, par une « mégadéduction » à la veille de lancer un « supercycle d’investissements ».
Il est difficile de ne pas y voir une certaine enflure verbale propre aux politiciens. D’un autre côté, personne ne conteste l’ampleur des mesures en cause.
À commencer par la « mégadéduction », qui avait déjà été annoncée il y a quelques semaines, et qui vient ajouter 36 milliards sur cinq ans à une « superdéduction » dont on évaluait déjà le coût d’investissement, l’an dernier, à un peu moins de 1500 milliards. On maintient ou on améliore aussi des stratégies de diversification commerciale (6,6 milliards) ainsi que des industries automobile (9 milliards), nucléaire (6,5 milliards) et forestière (6,5 milliards).
Il est aussi question d’accélérer la réalisation des grands projets, de lever les barrières au commerce intérieur, d’améliorer la concurrence dans les marchés financiers et la télécommunication et de renforcer la formation de la main-d’œuvre, des conseils que les experts canadiens et étrangers donnent constamment au Canada pour qu’il améliore sa productivité poussive.
Petit guide de productivité
Plusieurs de ces initiatives semblent tout droit sorties du petit guide des bonnes pratiques pour améliorer le potentiel de croissance économique des nations, l’innovation et le succès sur les marchés étrangers.
Parfaitement légitimes, en toute période, ces objectifs ont pris un caractère plus urgent avec l’arrivée de Donald Trump à la Maison-Blanche et sa remise en cause de l’ordre économique international ainsi que de la relation commerciale privilégiée entre les voisins canadiens et américains. On peut aussi attribuer au président américain, au moins en partie, le fait qu’il est désormais question, en matière de défense et de sécurité, de dépenses totales dépassant 720 milliards en cinq ans, pour atteindre 4,1 % du produit intérieur brut (PIB) sur la voie de la cible de 5 % d’ici 2035.
Comme le Canada fait face à d’autres enjeux que celui de sa productivité économique et de sa place sur les marchés étrangers, Ottawa a aussi des stratégies d’électrification (50 milliards sur cinq ans) et de construction de logements (45 milliards) ainsi que diverses mesures pour rendre la vie des Canadiens plus abordable (22 milliards de plus pour un total de 100 milliards).
Des finances en ordre
Le gouvernement assure avoir de quoi payer pour cette valse des milliards. Le Canada affiche la dette nette la plus basse des pays du G7 en proportion du PIB. L’augmentation de sa dette et la hausse des taux d’intérêt feront passer, d’ici cinq ans, les frais de sa dette de l’équivalent de 1,6 % du PIB à 2,2 %, mais cela « reste bien en deçà du sommet de 6,5 % atteint dans les années 1990 », fait-il valoir.
Une meilleure tenue de son économie et des dépenses un peu plus faibles que prévu lui auraient même permis de réduire ses déficits de 185 milliards sur cinq ans s’il n’avait pas choisi, plutôt, d’utiliser cet argent pour autre chose.
Un pari sur l’avenir
Tout cela n’a rien de déraisonnable, observaient jeudi la plupart des experts. Encore une fois, la venue de Donald Trump a infligé un choc et suscité une prise de conscience salutaire, en plus d’offrir une occasion au Canada de s’attaquer à des problèmes structuraux qui l’affligeaient bien avant. Si les politiques économiques structurelles d’Ottawa fonctionnent, elles se paieront toutes seules grâce à la croissance économique générée. Et si la « mégadéduction » d’Ottawa ne connaît pas le succès espéré, c’est autant de crédits d’impôt qu’on n’aura pas à accorder.
Elles aussi aux prises avec de nombreux défis économiques et budgétaires, les provinces auraient toutefois sans doute aimé qu’on pense à augmenter leurs transferts fédéraux, notamment en santé ou en matière d’itinérance.
Mais voilà, poursuivaient les observateurs, les dépenses budgétaires et fiscales promises sont pour les prochaines années, alors que l’amélioration de la productivité économique et la diversification du commerce sont des victoires qui se remportent petit à petit. Les dernières années nous ont montré comment l’avenir peut être plein de surprises, pas toujours bonnes. Dans ce contexte, il aurait peut-être été plus avisé de se montrer juste un peu plus prudent, au cas où.
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