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Monday, September 21, 2026

150 signalements de drones au-dessus de sites stratégiques, dont des entreprises liées à la défense à Charleroi

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Un drone intercepté après avoir survolé l’aéroport de Charleroi. C’était mercredi dernier, dans l’après-midi. L’incident a entraîné une interruption des opérations durant 25 minutes, sans impact significatif, selon l’aéroport. Le drone, repéré par les systèmes du contrôleur aérien Skeyes, appartenait à un particulier, qui a été interpellé par la police.

Un incident rapidement maîtrisé, qui contraste avec une série de survols nocturnes survenus dans les environs du même aéroport cet été. Des faits jusqu’ici restés discrets, à propos desquels la RTBF a pu recueillir des informations.

Il apparaît ainsi que des drones ont été observés à plusieurs reprises aux abords du site aéroportuaire et au-dessus de bâtiments voisins, dont certains sont occupés par des entreprises actives dans le secteur de la défense. Malgré les importants moyens mobilisés pour les identifier et les intercepter, ni les appareils ni leurs propriétaires n’ont, à ce stade, pu être identifiés.

Survols répétés aux alentours de l’aéroport de Charleroi

Sur une période que la RTBF n’est pas en mesure de dater avec précision, mais qui se situe au cours du mois de juillet, plusieurs drones se sont succédé dans le ciel de Gosselies. Les premiers signalements ont été pris d’autant plus au sérieux qu’ils provenaient directement de policiers qui avaient aperçu les mouvements suspects.

L’objectif des intrus n’était manifestement pas de perturber le trafic aérien, puisque les incursions ont eu lieu de nuit, alors que les opérations aéroportuaires sont en pause entre 23h00 et 6h30. "Aucune perturbation pour l’aéroport" n’a d’ailleurs été constatée en juillet, confirme le porte-parole.

Les autorités se sont inquiétées de la proximité de sites sensibles, à savoir des entreprises actives dans le secteur de l’aviation militaire, dont certains bâtiments jouxtent l’aéroport. © Belgaimage

Quelle était alors la cible de ces drones ? Sans disposer de la réponse à cette question, les autorités se sont rapidement inquiétées de leur proximité avec plusieurs sites sensibles. Des bâtiments occupés par des entreprises actives dans le secteur de l’aviation militaire jouxtent en effet l’aéroport. Ces groupes aéronautiques participent à des programmes stratégiques.

Une opération alliant Police fédérale et Défense n’a pas permis d’intercepter les drones

Compte tenu des premières observations visuelles réalisées et de la nature des lieux survolés, les forces de l’ordre ont entrepris de déployer sur le terrain un dispositif important et inédit. Il rassemblait des forces de la police fédérale et de l’armée, équipées de matériel de détection et d’interception, comme le nouveau drone de surveillance MQ-9B de la Défense, ou encore un brouilleur anti-drones.

Sans succès. Bien que les équipes mobilisées aient repéré des drones, il n’a pas été possible de les neutraliser ni de remonter au(x) pilote(s). L’identification est dès lors extrêmement compliquée. Plusieurs sources confient, hors micro, leur conviction quant à la nature "professionnelle" des aéronefs et au caractère manifestement hostile de l’opération. Toutefois, le modèle de drone utilisé n’a pas pu être établi.

Le mystère demeure également quant aux objectifs des commanditaires de ces survols. Les entreprises du secteur de l’aviation militaire travaillent dans des bâtiments fermés. Aucun élément sensible n’est visible depuis l’extérieur. Les infrastructures observables via drones peuvent par ailleurs être cartographiées discrètement depuis des altitudes bien plus élevées. En outre, le périmètre couvert par les appareils non identifiés dépasse la seule zone d’activité des acteurs industriels liés à la défense.

Mystère autour des faits, silence sur le dossier judiciaire

L’enquête est entre les mains du parquet fédéral. Sollicité, celui-ci ne souhaite pas commenter l’affaire, ni même confirmer les faits. Il dénombre 26 "dossiers drones" en cours à son niveau. "En concertation avec les autres entités du ministère public et sur la base de directives communes, le parquet fédéral se saisit de certains dossiers, mais pas de tous", précise-t-il.

La Défense et le Service général du renseignement et de la sécurité (SGRS), ne confirment pas leur présence lors de l’opération visant à intercepter les drones. La Défense indique néanmoins que, "lorsque les circonstances l’exigent, nous travaillons toutefois en étroite collaboration avec nos partenaires".

"La lutte contre les drones s’inscrit dans un contexte plus large de guerre hybride, un phénomène qui fait naturellement l’objet de toute notre attention et de notre vigilance", ajoutent la Défense et son service de renseignement.

Le MQ-9B est un avion piloté à distance, destiné aux missions de renseignement, de surveillance et de reconnaissance. Selon les informations de la RTBF, il faisait partie du dispositif déployé par les forces de sécurité à Charleroi. (Image d’illustration) © Belgaimage

De son côté, la police fédérale ne souhaite pas s’exprimer, "compte tenu des investigations toujours en cours". Quant aux entreprises contactées, elles invoquent leur devoir de discrétion en matière de sécurité.

150 survols signalés en 2026

Depuis le début de l’année 2026, environ 150 signalements de drones suspects ont été enregistrés en Belgique. Ils concernent généralement un appareil, parfois plusieurs. Le décompte, obtenu à bonne source par la RTBF, tient compte des signalements jugés crédibles. Ils font suite à des observations, visuelles ou par radar, réalisées par des policiers, des militaires ou des contrôleurs aériens de Skeyes.

Ces 150 survols ont eu lieu au-dessus ou à proximité de bases militaires, de sites nucléaires, mais aussi d’entreprises ou de sites dits "sensibles", à l’image des incursions de l’été à Charleroi.

En 2025, les autorités avaient comptabilisé environ 560 signalements. La comparaison entre les années est cependant hasardeuse, car la méthode d’enregistrement a été affinée et ajustée depuis la vague massive de signalements de l’automne 2025.

Malgré des soupçons persistants, aucun survol n’a été officiellement attribué à un État étranger

À l’époque, le ministre de la Défense Theo Francken et le général Frederik Vansina, chef de la Défense, avaient publiquement évoqué l’hypothèse de manœuvres de déstabilisation menées pour le compte de la Russie. Dans certains cas de survols, cette piste est considérée comme hautement probable par les autorités.

Ces derniers jours, plusieurs dirigeants européens ont également pointé des manœuvres hybrides russes jugées de plus en plus agressives. La découverte, cet été, d’un drone chargé d’explosifs à l’aéroport de Leipzig (Allemagne) est régulièrement citée comme exemple.

Pourtant, à l’inverse d’autres pays, la Belgique n’a jusqu’ici attribué aucune action au pouvoir en place à Moscou.

Contacté récemment, le SPF Affaires étrangères confirme qu' "aucune attribution nationale publique officielle n’a été effectuée, à l’exception d’une cyberattribution (dans le cadre d’attaques informatiques, ndlr.) à la Chine en 2022".

La réponse des Affaires étrangères aux questions de la RTBF sur les menaces hybrides (survols de drones, cyberattaques, tentatives de sabotage, opérations d’ingérence, etc.) permet de mieux comprendre les contraintes et les enjeux qui entourent une attribution.

Prudence autour des menaces hybrides

D’une part, "l’une des caractéristiques des menaces hybrides est précisément que leurs auteurs cherchent à dissimuler leur implication, de sorte que les éléments disponibles pour les identifier sont souvent incomplets ou indirects", rappelle le SPF.

Le Service public fédéral relève qu’une attribution erronée pourrait nuire à la confiance du public et prêter à certains acteurs des capacités plus importantes qu’elles ne le sont réellement. Cette mise en garde rejoint les appels à la prudence d’observateurs dans l’interprétation du nombre de signalements. Sans écarter l’hypothèse d’une menace et d’actions coordonnées, ils rappellent que de nombreux vols de drones non autorisés avaient déjà lieu auparavant, sans susciter la même attention.

D’autre part, même lorsque les investigations permettent d’établir l’implication d’un État, la Belgique évalue l’opportunité d’une attribution publique au regard de l’impact des incidents constatés.

Les Affaires étrangères expliquent que "la décision de procéder à une attribution publique doit en effet tenir compte, d’une part, de la gravité de l’attaque et, d’autre part, des conséquences potentielles qu’une telle attribution pourrait avoir sur les relations diplomatiques avec l’État concerné".

L’absence de coupable désigné ne signifie donc pas que les services belges ne détectent pas de menaces pour lesquelles de fortes indications existent quant à l’implication d’acteurs étatiques. Mais, à ce stade, soit les enquêtes ne permettent pas d’identifier un responsable avec certitude, soit la Belgique estime que la situation ne justifie pas de pointer un État et d’envisager des mesures à son encontre, au risque d’accroître les tensions.

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