«Black Zombie» : aux origines du mythe
On les a connus lents mais avides de chair humaine, puis hyperrapides et tout aussi affamés. D’une pâleur livide ou en état de semi-décomposition, les morts-vivants hantent le cinéma depuis des décennies déjà. Dans son brillant documentaire Black Zombie, Maya Annik Bedward remonte aux origines de ladite figure du zombie. Ce faisant, la réalisatrice montre comment croyances et religions haïtiennes et caribéennes furent détournées par Hollywood sur fond de colonialisme.
« En Haïti, tout le monde parle des zombies, mais c’est pas comme à la télé ; c’est pas The Walking Dead. Les zombies, chez nous, c’est réel », annonce une voix par-dessus des images évocatrices montrant, en noir et blanc, des silhouettes se découper dans la nuit brumeuse.
Par la suite, Maya Annik Bedward rappelle de manière rigoureuse et persuasive qu’à la base, ceux qui étaient qualifiés de « zombies » étaient les Noirs maintenus en esclavage par l’occupant blanc. Autrement dit, ces zombies (ou zonbis en créole) n’étaient pas agresseurs, mais victimes.
« Zombifier quelqu’un, c’est le remettre en esclavage. Éternellement », dixit Yves-Grégory François, un prêtre vodou (graphie privilégiée par les Haïtiens).
À cet égard, la directrice de Fondation pour la mémoire de l’esclavage, Dominique Taffin, mentionne qu’à la fin du XVIIIe siècle, le ratio était de 500 000 esclaves pour 30 000 colons blancs à Saint-Domingue, alors une très lucrative colonie maintenue en activité par ni plus ni moins que le trafic humain.
Un renversement
Ces esclaves kidnappés dans différents pays d’Afrique apportèrent leurs fois, leurs rituels… Naissance du vodou : « Le vodou, c’est l’esprit de nos ancêtres. Et le vodou haïtien, c’est la construction même de la nation haïtienne », affirme Erold Josué, créateur et directeur du Bureau national d’ethnologie à Port-au-Prince.
Ce sont des récits imaginés par des Blancs, comme W. B. Seabrook (The Magic Island), qui créèrent un renversement en faisant de la zombification une menace… pour les Blancs.
« Dans les premiers films, tout tourne autour d’une menace, pour les personnages blancs, d’être zombifiés. […] Vous visitez ces autochtones non civilisés, et vous êtes infectés par le zombisme. […] Hollywood n’avait pas beaucoup de nuances dans sa description des personnes noires et du zombisme. Ils voyaient la noiritude et notre religion comme le mal. La noiritude et le vodou sont devenus l’élément monstrueux de l’histoire. Pour sa part, le zombie moderne n’a plus rien à voir avec ses racines haïtiennes », résume l’historienne du cinéma Tananarive Due.
Un nécessaire recadrage
On l’aura compris, Maya Annik Bedward ne propose pas ici un best-of de films de zombies. Son propos est résolument historique, social, anthropologique et politique. Cela, même si de nombreux extraits de productions cinématographiques (White Zombie ; I Walk With a Zombie ; Dawn of the Dead/L’aube des morts-vivants ; The Serpent and the Rainbow/L’emprise des ténèbres), d’archives et autres reconstitutions sont utilisés.
Par ailleurs, lesdits films de zombies ne sont pas unilatéralement décriés. Renchérissant sur les notions de conscience et d’autonomie dont sont dénués les zombies, la cinéaste Zandashé Brown relève à ce propos : « Ces films représentent qui nous devenons lorsqu’on nous prive de notre esprit, de notre agentivité. »
À noter, enfin, que Black Zombie n’est pas revanchard dans sa manière d’aborder des questions comme celle de l’appropriation culturelle. On est ici davantage dans une recontextualisation, voire dans un nécessaire recadrage. Le résultat n’est jamais moins qu’éclairant. Et le plus souvent, fascinant.
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