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Wednesday, October 28, 2026

Mouvement lycéen en France: la rencontre entre l'exécutif et les influenceurs tourne au fiasco

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Lundi 26 octobre, le Premier ministre Sébastien Lecornu et plusieurs ministres ont reçu huit créateurs de contenu à Matignon pour aborder la crise lycéenne, avant même de rencontrer les syndicats. Cette opération de communication a suscité la colère des organisations étudiantes et placé les vidéastes au cœur d'une vive polémique.

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Face à une contestation difficile à saisir, l'exécutif a misé sur les réseaux sociaux. Lundi 26 octobre, le Premier ministre Sébastien Lecornu, le ministre de l'Éducation nationale Édouard Geffray et le ministre de l'Enseignement supérieur Philippe Baptiste ont réuni huit créateurs de contenu, suivis par des centaines de milliers de jeunes. Anna Baldy, alias Grande Bavardeuse sur les réseaux sociaux (plus de 300 000 abonnés), ou encore Mathilde Fouqué, alias Mathilde Study (plus 800 000 abonnés), étaient notamment présentes. Leurs comptes sont consacrés aux études, à l'éducation, aux révisions et à l'orientation. 

La méthode n'est pas nouvelle. En 2021, Emmanuel Macron avait déjà tourné une vidéo avec les YouTubeurs McFly et Carlito. L'objectif est de contourner les canaux traditionnels pour s'adresser directement aux élèves mobilisés. Selon les données de Vie publique, site consacré aux politiques publiques françaises et européennes, 53% des 15-30 ans privilégient désormais les réseaux sociaux comme principale source d'information.

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« Un certain mépris »

Le calendrier passe mal auprès des organisations lycéennes et étudiantes. Le gouvernement ne s'est pas contenté de recevoir ces créateurs ; il leur a réservé la primeur de ses annonces, avant d'ouvrir le dialogue social. Pour des représentants mobilisés depuis un mois sur le terrain, découvrir la feuille de route gouvernementale par l'intermédiaire de personnalités du web est vécu comme un affront. 

« Ça fait longtemps que nous sommes mobilisés et c'est seulement aujourd'hui que nous sommes reçus par le Premier ministre, dénonce Manon Moret, secrétaire générale du syndicat Union nationale des étudiants de France (Unef). Avec tout le respect qu'on peut avoir pour les influenceurs, pour le travail qu'ils font, c'est quand même scandaleux que les organisations syndicales, qui représentent les étudiants depuis quatre semaines, soient reçues après. Donc ça témoigne d'un certain mépris du gouvernement. »

Des influenceurs avertis mais pris dans la tourmente 

Certains créateurs invités n'étaient pourtant pas dupes, et ne sont pas venus les mains vides. Avant de passer le seuil de Matignon, Mathilde Fouqué avait initié trois consultations en ligne, récoltant plus de 20 000 réponses en 24 heures sur chacune, au sujet de Parcoursup ou de la santé mentale des jeunes. À titre de comparaison, la plateforme de consultation lycéenne, lancée par l'exécutif le 5 octobre, a mis trois semaines pour atteindre 100 000 contributions. 

Conscientes du dispositif de communication politique, Mathilde Fouqué et Anna Baldy entendaient faire de cette invitation une tribune critique pour porter des revendications concrètes. « C'est 100% un coup de communication du gouvernement. On a été contactées hier en DM (message direct, NDLR) sur Instagram, confie Mathilde Fouqué. Il y a sans aucun doute une volonté de nous instrumentaliser, mais le fait est que nous, on est là pour être critiques. Beaucoup de personnes nous disaient sur nos réseaux sociaux de ne pas venir, de ne pas céder au jeu du gouvernement. »

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Justification et double jeu présidentiel

Malgré ces précautions, le retour de bâton a été brutal sur la Toile. Plusieurs influenceurs ont dû publier des vidéos de justification face à l'avalanche de reproches de leurs abonnés. Mathilde Fouqué indique même avoir été traitée de « collabo » sur les réseaux sociaux. De son côté, Anna Baldy a tenu à recadrer l'événement en affirmant être venue porter une ligne fermement pro-lycéenne, regrettant au passage que « d'autres influenceurs invités n'avaient aucune position sur les revendications ».

Au-delà de la polémique digitale, cette tentative de rapprochement pose enfin la question de la cohérence de la stratégie gouvernementale. Selon le média Blast, le gouvernement avait en effet demandé aux fournisseurs d'accès à internet de se tenir prêts à couper les réseaux sociaux lors de la mobilisation du samedi 14 octobre. Une mesure qui n'a finalement pas été appliquée et qui n'est pas envisagée pour le nouveau rendez-vous programmé samedi 31 octobre, mais qui illustre un étonnant double jeu : quand le Premier ministre déroulait le tapis rouge aux stars de TikTok, la veille, le président Macron déclarait à Marseille que « les réseaux sociaux abîment notre société ». Un paradoxe de plus qui ne risque pas d'apaiser le climat, à l'approche des prochaines manifestations.

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