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Friday, September 11, 2026

«Jardin»: retour à la terre

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Presque 20 ans après Le plan américain (2008), qui succédait en quelque sorte à Henri & Margaux (2002) et à Nicht retour, mademoiselle (2004), Evelyne de la Chenelière et Daniel Brière ajoutent cet automne un chapitre à leurs réflexions pertinentes, incisives et ludiques sur le couple.

Avec Jardin, élaboré comme les autres spectacles sous la bannière du Nouveau Théâtre expérimental, le tandem se frotte non sans irrévérence à l’histoire d’Adam et Ève. « C’est une cosmogonie, explique Ève, c’est une image, ce n’est pas la réalité. » « Nous ne sommes pas créationnistes, précise Adam. Pour éviter tout malentendu : nous croyons à la théorie de l’évolution. »

En entrant dans la salle de l’Espace libre, on se dit que l’endroit mériterait d’être rebaptisé « Espace vert ». C’est que Brière a imaginé un « design régénératif », un véritable « théâtre de verdure » composé de plantes indigènes, un lieu gorgé de lumière où poussent environ 1700 végétaux. Disons qu’il y a de l’humidité dans l’air. Une passerelle surélevée recouverte de pelouse traverse le jardin. Le public se trouvant de part et d’autre, on se croirait dans un défilé de mode. Hormis les quelques chanceux qui ont mis le grappin sur un tabouret ou un bout de banc, la plupart des gens sont debout.

Le dispositif est joli, certes, il épouse le propos, bien entendu, mais il faut admettre qu’on n’est jamais vraiment convaincu de son utilité.

Repartir à zéro

En s’appuyant sur la métaphore des végétaux, en la déployant habilement pendant 60 minutes, le spectacle procède au déboulonnage de plusieurs stéréotypes concernant l’homme, la femme, le couple et l’amour. On se penche notamment sur les archétypes sexuels, l’effritement du désir, le repli sur soi, les difficultés de communication et les béances en nous qui demandent sans cesse à être comblées, mais on pointe aussi la déliquescence de la planète, la perte des valeurs et le dérèglement du monde. Cocasse et érudit, l’ensemble s’apparente à un cours de philosophie pratique dont l’intitulé pourrait être Qu’est-ce que les plantes ont à nous apprendre sur nous-mêmes ?.

Les idées qui sous-tendent cette vaste entreprise de retour à la terre sont nobles, inspirantes même, mais il faut reconnaître qu’elles sont exprimées de manière un peu datée, en adoptant un ton flower power que les hippies des années 1970 ne renieraient pas. « Aimer une fleur, c’est enfin aimer la réalité. » Désespérés par l’état actuel des lieux aussi bien que par leur condition humaine, les personnages en viennent à énoncer la nécessité d’un recommencement. « Je veux tenir à la terre ! Comme les arbres ! Je veux savoir perdre et donner ! Comme les fleurs ! Il faut réécrire notre histoire ! […] Il faut tout recommencer ! » C’est à ce moment-là que le couple entonne Repartir à zéro, le tube de Joe Bocan.

Dans le rôle d’Ève, Christine Beaulieu est fantastique de candeur, de franchise, de conviction. Dans celui d’Adam, Lyndz Dantiste est un peu moins spontané, mais il ne manque certainement pas de charisme. Quant au mystérieux voisin du couple, un jardinier affairé qui s’exprime par le mouvement plutôt que par les mots, c’est le formidable Peter Trosztmer qui l’incarne. On se régale de chacune des apparitions du danseur, les symboliques comme les drolatiques.

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