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Monday, October 19, 2026

COP17 Biodiversité: quatre ans après l'accord historique de Montréal, passer des paroles aux actes

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La 17e Conférence de l’ONU sur la biodiversité (COP17) s'ouvre ce lundi 19 octobre à Erevan en Arménie. En 2022 à Montréal, près de 200 pays de la planète signaient un pacte historique pour arrêter de détruire la nature d’ici à 2030. Pendant deux semaines (19-30 octobre), les gouvernements doivent dresser le bilan de leurs efforts à mi-parcours. 

L'accord de Kunming-Montréal est le cadre mondial pour la biodiversité trouvé dans la capitale québécoise en 2022. C'est l’équivalent pour la biodiversité de l'Accord de Paris de 2015 sur le climat. A travers 23 objectifs très concrets, des « cibles » dans le jargon onusien, ce pacte vise à protéger l’ensemble du vivant et ses interactions. Sols, plantes, milieux aquatiques et animaux sont essentiels à nos économies et à la vie humaine sur la planète. 

Parmi les objectifs-clés fixés par cet accord universel : protéger 30% des terres et des mers (y compris eaux intérieures, zones côtières...), restaurer 30% de ces mêmes écosystèmes dégradés, réduire de moitié le risque des pesticides ou encore freiner la surexploitation et la pollution des océans. La COP17 qui s'est ouverte ce lundi 19 octobre à Erevan vise à faire un état des liuex, à cinq ans de l'échéance.

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62% du PIB de l’Afrique repose sur la nature 

A mi-parcours, les pays du monde ont fait preuve de bonne volonté : près de 90% d’entre eux ont fourni un plan national qui détaille ce qu’ils vont faire, chez eux, pour se conformer au pacte international et arrêter la destruction du vivant. 

Les pays africains notamment ont joué le jeu : plus de 90% d’entre eux ont établi des objectifs nationaux, et plus de la moitié ont détaillé comment ils comptent les remplir.  

Pour les économies africaines, les forêts, les sols, les milieux aquatiques sont vitaux, rappelle auprès de RFI le président du groupe Afrique, Ousseynou Kassé : « les populations africaines sont dépendantes de cette biodiversité en termes de nourriture, de revenus économiques, sans oublier les soins de santé. » En effet, 62% du produit intérieur brut du continent africain dépend fortement de la nature. 

Un dollar pour la protection de la nature, trente pour sa destruction 

Pourtant, même sur le papier, ces progrès ne suffisent pas, a rappelé le secrétaire général des Nations unies Antonio Guterres : « Si tous les Etats tiennent leurs promesses actuelles, seulement 26% des terres et 12% des mers seront protégés d'ici 2030. C'est trop peu par rapport à l'objectif fixé à Montréal d'en protéger 30% d'ici 2030 », a-t-il commenté lors de la présentation à Erevan d'un rapport du Programme des Nations unies pour l’environnement (PNUE) qui a analysé les efforts collectifs. 

Les acteurs classiques de la conservation et de la restauration de la nature - ministères de l'Environnement et organisations de terrain - ont fait le travail nécessaire, explique à RFI Agnès Hallosserie, qui suit les négociations biodiversité pour l’Institut de développement durable et des relations internationales : « On voit que ces cibles-là [protection et restauration, NDLR] ont plutôt bien progressé. En revanche, on est toujours sur les obstacles assez structurels de transition dans les secteurs qui détruisent la nature : typiquement l'agriculture, la pêche, la forêt, qui peuvent être faits de manière durable, mais qui, dans les pratiques actuelles, ne le sont pas. » 

Pour encourager ces secteurs à sortir des méthodes intensives, les Etats se sont engagés à rediriger leurs subventions. Mais là-aussi cela pèche encore. « Aujourd’hui pour chaque dollar dépensé dans la protection de la nature, trente sont dépensés pour des activités qui la détruisent », pointe Inger Andersen, directrice du PNUE. « Chaque décision politique, réglementaire, budgétaire, doit prendre en compte la biodiversité. Nous pouvons encore stopper et inverser la perte de biodiversité, et sauver les fondations naturelles dont dépendent notre vie et notre prospérité », a martelé Antonio Guterres. 

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L’objectif global de financement hors délai 

Quatre ans après ce pacte historique, il faut donc accélérer la cadence pour passer des promesses aux actions sur le terrain. 

Pour ce faire, les pays africains et les petites îles ont, dès la plénière d'ouverture, rappelé les pays occidentaux à leurs engagements financiers et de transfert de capacités techniques. « Nous sommes des pays en voie de développement et les pays développés se sont engagés à mettre à notre disposition les ressources nécessaires pour que nous ne prenions pas la même voie de développement qu'eux, avait déjà souligné auprès de RFI Ousseynou Kassé, le président du groupe Afrique, juste avant le démarrage de la COP. Nous voulons nous développer en tenant compte des générations futures et aller vers une utilisation durable de la ressource. » 

L’objectif des 20 milliards par an de transferts des pays du Nord vers ceux du Sud d’ici 2025 serait en passe d’être atteint. Avec du retard donc, et beaucoup d’incertitudes concernant l’avenir compte tenu des coupes récentes dans l’aide internationale au développement. 

Quant au Fonds de Cali, entériné lors de la précédente COP biodiversité en Colombie pour recevoir des contributions financières volontaires d'entreprises tirant des bénéfices des données génétiques numérisées des plantes et des animaux - souvent extraites des pays du Sud, il ne compte aujourd'hui que... 6000 dollars. C'est bien peu, comme l'a relevé lors de cette première plénière le président du groupe Afrique. Les discussions à Erevan porteront donc aussi sur les façons de renforcer cet outil pour qu'il soit mieux doté. Certains pays proposent de commencer par récupérer une partie des fonds à l’échelon national. 

Un contexte diplomatique difficile 

Un autre sujet financier va animer les débats de la COP17 biodiversité : la liste des pays qui contribuent aux transferts de financements Nord-Sud. Les pays occidentaux dont ceux de l’Union européenne mais également la Norvège, le Japon, le Canada, l'Australie ou encore la Nouvelle-Zélande ont exprimé, dès la plénière d'ouverture, leur volonté que des pays autrefois en développement et aujourd'hui plus riches comme la Chine ou les pays du Golfe, y soient associés plus clairement afin d’entériner qu’ils doivent aussi prendre leur part aux efforts. L'Arabie saoudite a, d’entrée de jeu, formulé des réticences. Cette pierre d’achoppement de “l’élargissement de la base des pays contributeurs” à l’action environnementale se retrouve également dans les conférences climat, dont la prochaine s’ouvrira peu après la COP17, le 9 novembre, chez le voisin turc, à Antalya.  

Mais les contextes géopolitiques, économiques et socio-politiques - budgets contraints, crise de la dette, conflits, crises énergétiques, montée de l’extrême droite dans de nombreux pays – ne joue pas en faveur d’un succès pour cette COP biodiversité.  

Les Etats-Unis ne font pas partie des pays membres dans ces négociations - une absence qui peut aussi constituer un atout. Toutefois, l’administration Trump pourrait tenter d’influencer les débats en coulisses. De leur côté, la Russie et les pays du Golfe se posent en acteur de l’obstruction depuis plusieurs années. 

Les pays ont un intérêt direct à agir sur leur territoire 

Les impacts du changement climatique et de la disparition des espèces se font sentir de plus en plus durement sur le terrain, notamment en matière agricole. 

Dans ce contexte, la biodiversité est désormais comprise par de plus en plus d’acteurs publics et privés comme un enjeu de sécurité alimentaire, sanitaire, mais aussi comme une clé de résilience climatique et économique.

Ainsi, 130 entreprises dont les puissantes BNP Paribas, Danone ou encore Hermès, ont appelé récemment à réformer les subventions qui aujourd’hui financent les activités, comme l’agriculture intensive ou la pêche industrielle, qui épuisent les ressources naturelles. 

La lutte contre le climat est largement dû à la somme des efforts de l’ensemble des pays : un seul ne peut lutter seul contre le réchauffement. C’est aussi vrai en matière de biodiversité. 

Toutefois, lorsque l'on agit sur son territoire en restaurant un cours d’eau ou en développant une agriculture moins destructrice soucieuse de son environnement immédiat, on en récolte directement des bénéfices, chez soi. Cet intérêt devrait, en toute logique, être un puissant moteur pour les pays, pour leur économie et la santé de leur population. 

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