Uruguay, Argentine puis Pérou : en Amérique latine, Léon XIV entame une tournée aux allures de retour aux sources


Voilà le pape Léon parti pour deux petites semaines de grands rassemblements, de bains de foule en papamobile, de sourires joviaux, de signes de croix tous azimuts, de bénédictions d’enfants mais aussi de recueillement. Âgé de 71 ans, Robert Francis Prevost a célébré ce samedi une messe dans un parc de Paysandú, une ville du nord-ouest de l’Uruguay, à 350 km de Montevideo, et où s’étaient réunis 40.000 fidèles.

Hier, le souverain pontife a posé le pied sur le tarmac de l’aéroport de la capitale uruguayenne. Il a d’ores et déjà été acclamé par des milliers de personnes sur son passage en papamobile le long de la promenade du front de mer à Montevideo, vers la place de l’Independence où l’attendait le président de gauche, Yamandu Orsi.
Pas forcément au diapason de l’Uruguay
L’Uruguay a la réputation d’être un pays très agréable à vivre, aux gens accueillants et sympathiques. Mais aussi d’être le plus laïque de la région (35% des habitants se disent catholiques, selon des sondages, alors qu'ils sont 55% en Argentine ou encore 67% au Pérou). La politique de ce pays de 3,5 millions d’habitants est notamment en désaccord avec l’Église catholique sur les questions du mariage entre personnes du même sexe, de l’avortement et de l’euthanasie – légalisée l’année dernière -. On s’attend à ce que Léon XIV plaide en faveur de la protection de la vie ainsi que des valeurs familiales traditionnelles, comme il l’a déjà fait ailleurs, comme en France récemment.
Le cardinal Daniel Sturla, archevêque de Montevideo, a cependant assuré à l’AFP qu’il existait "un intérêt généralisé pour la visite du pape, qui dépasse largement les limites de l’Église catholique", les places pour les messes prévues s’étant rapidement épuisées.
Messages sociaux et environnementaux
L’Uruguay détient le taux de suicide le plus élevé d’Amérique latine et le pape a abordé ce sujet vendredi dans son premier discours. "La solitude, l’angoisse et la perte d’espoir peuvent devenir si profondes qu’une personne cesse de trouver des raisons de continuer à vivre", a-t-il souligné. "Face à la douloureuse réalité du suicide", la santé publique, la famille et la communauté sont essentielles, a-t-il ajouté. Côté environnemental, Léon XIV a également salué le mix énergétique de l’Uruguay, "qui repose aujourd’hui presque entièrement sur des sources renouvelables". Alors que s’aggrave le réchauffement climatique et que le phénomène El Niño provoque d’intenses inondations et sécheresses, "il s’agit là d’un résultat remarquable qui a nécessité des décisions soutenues pendant des années et la participation de divers secteurs du pays" a-t-il déclaré.
Léon XIV, tout fraîchement sorti de l’hôpital, devrait aussi pendant son voyage mettre l’accent sur l’accessibilité aux soins pour tous. Il a déjà déclaré dans l’avion sa préoccupation de "veiller à ce que les soins de santé soient accessibles à chacun, quelles que soient ses ressources, est une responsabilité qui interpelle toute société".
Un prêtre catholique écoute la confession d’un fidèle avant la messe célébrée par le pape Léon XIV au parc Paris-Londres, à Paysandu, à 375 km au nord-ouest de Montevideo, en Uruguay, le 7 novembre 2026. © EITAN ABRAMOVICH / AFP
Ode au maté
Léon XIV a donc fait halte à Paysandú, une ville de 100.000 habitants des bords du fleuve Uruguay, à la frontière avec l’Argentine, reliée par un pont de deux kilomètres. La région abrite de nombreuses palmeraies naturelles. Et le pape y a fait allusion. Il y a évoqué lors de la messe trois symboles de la région "qui peuvent nous aider à réfléchir au trésor de la foi". "Le premier est le pont, le deuxième les palmeraies et le troisième le maté".
Le maté est même arrivé jusqu’à Rome !
Léon XIV
Le souverain pontife a appelé à "construire des ponts, resserrer les liens, unir, communiquer" et à transmettre la foi "aux générations futures avec un courage créatif". "Nous devons être bien préparés à donner les raisons de notre foi à tous ceux qui nous les demandent et ne pas nous laisser entraîner par toutes sortes de doctrines étrangères", a demandé Léon XIV aux fidèles qui ont bravé la bruine matinale et se sont installés dans le parc, sous un ciel nuageux, avec des chaises de plage, des imperméables et du maté.
Le maté "nous enseigne le partage et la vie en communauté, à resserrer les liens qui nous unissent et nous rapprochent comme des frères", a déclaré le pape. "C’est un symbole d’intégration, d’accueil et de valeurs communes". "Le maté est même arrivé jusqu’à Rome ! " s’est-il exclamé, déclenchant les rires de la foule.
On passe le Rio Uruguay
Léon XIV va regagner Montevideo dans la soirée. Il se rendra alors dans le quartier de Casavalle, qui affiche le taux d’homicides le plus élevé de la capitale, ainsi qu’à l’Université catholique et au stade Centenario, où il présidera une veillée de prière pour 60.000 personnes.
Par après, ce sera direction la voisine Argentine pour la suite du périple papal. L’Argentine, pays natal de son illustre prédécesseur François, et qui est, elle, gouvernée par le très à droite Xavier Milei, élu, on s’en souvient, sur fond de tronçonneuse. Léon XIV y sera certainement confronté au souvenir de François, qui a déçu de nombreux Argentins pour ne pas s’être rendu dans le pays durant son pontificat…
Léon, fou du Pérou
A partir de mercredi, place au Pérou. Le pays, point culminant de la tournée à partir de mercredi, est déjà gagné par la fièvre papale. Et la température monte. À Lima déjà, tout ce qui a rapport avec la visite se vend, des t-shirts aux chapelets à l’effigie de Léon XIV, et même des pains portant son nom dans les boulangeries.
Des souvenirs à l’effigie du pape Léon XIV sont exposés sur la charrette d’un vendeur ambulant près de la paroisse Notre-Dame-de-Guadalupe, alors que les fidèles affluent pour sa visite dans le quartier de Casavalle, à Montevideo, le 7 novembre 2026. © Nicolas GARRIDO / AFP
Léon XIV renouera avec son ancienne vie de Robert Francis Prevost notamment, lors d’un souper avec des prêtres de son ancien diocèse de Chiclayo et d’une visite privée dans une chapelle qu’il a contribué à reconstruire. Léon XIV a noué des liens profonds avec le pays andin. Il y a passé une grande partie des années 80 et 90 avec les Augustins en mission, mais aussi comme professeur de droit canonique. Il officie à Chulucanas et à Trujillo, deux villes du nord-ouest du Pérou. Il reviendra dans la région en 2014 et sera promu évêque de Chiclayo, une grande ville de près d’un million d’habitants également dans le nord-ouest du pays. Il y restera jusqu’en 2023, avant de devenir cardinal.
L’homme qui a accédé au trône de Pierre l’an dernier a tissé un lien profond avec la région. Il a même obtenu la nationalité péruvienne. Qualifié le Pérou de "l’une de mes nombreuses maisons", il a déclaré qu’il avait hâte d’y retrouver "les choses d’autrefois, les nouveautés et, surtout, les gens". Gageons qu’il aura, durant ce périple marathon, l’occasion de se replonger dans son passé sud-américain.
Le pape Léon XIV assiste à une cérémonie de bienvenue sur la Plaza Independencia à Montevideo, le 6 novembre 2026. © - AFP
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