Manifestations étudiantes : "Quand la répression ne fonctionne pas, on passe à une politique qui rétablit le lien social", les jeunes demandent plus d’écoute au gouvernement

Voilà plusieurs jours que les jeunes manifestent contre la réforme de l’Enseignement de la ministre de l’Education Valérie Glatigny (MR). Mais si beaucoup protestent pacifiquement, d’autres s’infiltrent dans les rassemblements pour casser le mobilier urbain, piller les magasins ou blesser les forces de l’ordre. Et parmi ces fauteurs de troubles, on retrouve des adultes… Et des adolescents.
D’après le dernier bilan annuel des parquets correctionnels, la délinquance juvénile est en augmentation. En 2025, 73.488 nouveaux dossiers de faits qualifiés d’infraction ont été ouverts, soit une augmentation de 22% ces dix dernières années. Les coups et blessures y sont en augmentation de 28% et les troubles à l’ordre publics (rébellions, outrages, détention d’arme), en augmentation de 12%.
Quand vous avez une foule devant vous, vous ne savez plus faire la différence entre les gens qui ont fait des bêtises et ceux qui manifestent pacifiquement
Stéphane, un policier anonyme
Et cette violence accrue, les policiers la ressentent aussi. "Quand on regarde par rapport aux années précédentes, les gens jettent de plus en plus de projectiles vers les policiers. Les pétards utilisés sont de plus en plus forts. Quand on fouille les gens qui participent à certaines émeutes comme ces dernières semaines, on constate qu’ils ont des armes sur eux. La violence envers la police s’aggrave", explique Stéphane (prénom d’emprunt), un policier venu témoigner anonymement sur le plateau de "QR le débat". Et "quand vous avez une foule devant vous, vous ne savez plus faire la différence entre les gens qui ont fait des bêtises et ceux qui manifestent pacifiquement", reconnaît-il. Résultat, des manifestants qui n’avaient rien commis de répréhensible se retrouvent parfois gazés ou bousculés au même titre que des fauteurs de troubles.
C’est en tout cas ce qu’expliquait Yamina, une étudiante gazée à Bruxelles. "C’était excessif, je ne m’y attendais pas du tout. Je lutte pacifiquement pour obtenir plus de budget pour l’éducation, plus de profs à l’école et baisser le minerval. Je n’ai en aucun cas été violente. On voit un mouvement de foule, on se dit que tout le monde est là pour la même chose et on gaze. Ce n’est pas la bonne manière de faire", témoigne-t-elle au micro de Sacha Daout.
Quelles solutions le gouvernement apportera-t-il à nos problématiques ? Il veut apporter la même depuis trente ans : toujours plus de répression alors que ça ne fonctionne pas
Hicham, un étudiant
Cette violence, les jeunes n’en veulent plus. Pour eux, la répression ne doit pas être la seule forme de réponse. "Nous sommes contre les violences, personne ne veut d’une société violente, c’est une évidence. La question que l’on doit se poser, c’est quelles solutions le gouvernement apportera-t-il à nos problématiques ? Il veut apporter la même depuis trente ans : toujours plus de répression alors que ça ne fonctionne pas, nos prisons sont surchargées", déclare Hicham, un étudiant.
"Donc il faut laisser tout casser ?", questionne le député fédéral Denis Ducarme (MR). "Vous avez vu 44 policiers blessés, des centaines de milliers d’euros de dégâts, on doit laisser faire ?"
"Evidemment, j’aimerais que les violences cessent. Mais quand la répression ne fonctionne pas, on passe à une politique qui rétablit le lien social, on passe à une politique qui soigne, aide et écoute", répond Hicham.
Après les émeutes, les ministres de la Défense Théo Francken (N-VA) et de l’Intérieur, Bernard Quintin (MR), ont évoqué l’idée de recréer une gendarmerie 2.0. "Ce projet va se réaliser", promet sur le plateau le député au Parlement bruxellois, Mathias Vanden Borre (N-VA). Le but ? Epauler les forces de police en cas de besoin en faisant intervenir une équipe de policiers formés par des militaires.
Une autre idée serait d’élargir l’usage du bracelet électronique. Jusqu’à présent, cet outil n’était utilisé que sur des adultes. Mais le gouvernement de la Fédération Wallonie-Bruxelles se penchera dès demain sur un projet pilote. Un moyen selon la ministre en charge de l’Aide à la Jeunesse, Valérie Lescrenier (Les Engagés), de remédier au manque de places dans les IPPJ.
Toutefois, pour Bruno Derbaix, coordinateur de l’ASBL DYCIE, Dynamiques Citoyennes à l’Ecole, ces réponses ne suffisent pas.
"Je n’oppose pas la prévention à la répression. Il y a la prévention et ce que l’on fait lorsqu’il y a un problème à traiter. La force dans ce cas-là est importante. Arrêter quelqu’un, le garder pendant un certain temps. Et puis il faut voir ce que l’on fait de cette situation. Mettre un bracelet électronique à un jeune peut être une limite, mais ce n’est pas la question. La question, c’est que va-t-on faire avec ce jeune une fois que l’on a marqué la limite ? Si le travail en prison est absolument nul, mettre un jeune en prison au lieu de le mettre en IPPJ, c’est s’assurer qu’il ressortira encore plus dans un cycle négatif. Si la réponse n’est que de l’ordre de la force, il n’y aura aucune évolution positive".
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