Guerre en Ukraine : la guerre des frappes s’intensifie, des rails ukrainiens aux raffineries russes

Depuis le début de l’invasion, les infrastructures énergétiques ukrainiennes constituent une cible régulière de l’armée russe. Les centrales, les réseaux de transport d’électricité, les installations gazières ou encore les dépôts de carburant sont visés avec un objectif clair : fragiliser l’économie ukrainienne, compliquer la vie quotidienne et peser sur la capacité du pays à traverser l’hiver. Ces derniers mois, les attaques se sont également concentrées sur les infrastructures logistiques. Les chemins de fer sont particulièrement stratégiques : ils servent au transport des civils, à l’acheminement des marchandises, aux exportations et au déplacement du matériel militaire. Dans un pays dont l’espace aérien reste fermé à l’aviation civile, le rail demeure une artère vitale.
Mais la Russie frappe aussi symboliquement des lieux pour créer la terreur dans le pays comme récemment, un centre commercial et ce en pleins jours, qui a fait au moins 19 personnes ont été tuées et plus de 130 blessées vendredi sur un centre commercial de Kryvyï Rig. Ou en visant l’appartement de la joueuse de tennis ukrainienne Dayana Yastremska qui a annoncé samedi que son appartement à Odessa a été détruit après une attaque russe. La joueuse de 26 ans a publié des photos et des vidéos sur Instragam montrant un immeuble résidentiel de plusieurs étages en feu.
Le président Volodymyr Zelensky accuse Moscou de chercher à "épuiser la vie civile" en Ukraine, en visant simultanément l’énergie, les entrepôts, les entreprises et le réseau ferroviaire.
Dans une récente allocution, il a évoqué des attaques visant notamment des infrastructures énergétiques, des ports, des commerces, des sites industriels et des trains de passagers. L’ampleur des salves russes reste un défi majeur pour les défenses ukrainiennes qui manquent de missiles d’interception pour protéger ses villes et ses infrastructures.
La guerre entre Israël, les Etats-Unis et l’Iran a lourdement ponctionné les stocks disponibles. Mais une nouvelle décision européenne, actée lundi dernier, annonce que Kiev va pouvoir utiliser la prochaine tranche du prêt européen, d’un montant de 3,2 milliards d’euros, "pour mieux protéger son ciel des attaques russes indiscriminées", a souligné Ursula von der Leyen. En clair, les Ukrainiens vont pouvoir commander des missiles patriotes américains avec des budgets européens.
Autre bonne nouvelle pour l’Ukraine : le Canada a annoncé jeudi 10 septembre la fourniture de systèmes de défense antiaérienne à l’Ukraine, lors de la visite de Volodymyr Zelensky dans le pays, ainsi qu’un accord sur la production de drones, dont un tiers sera livré à Kiev pour défendre son territoire. Ottawa débloquera donc une nouvelle enveloppe de 350 millions de dollars canadiens (218 millions d’euros) pour fournir des missiles intercepteurs à Kiev, via un programme américain ouvert aux alliés de l’Ukraine pour financer ses efforts de guerre.
Et le Canada va rejoindre le projet Freya, initiative portée par l’entreprise ukrainienne Fire Point à laquelle participent plusieurs pays européens, et qui se veut une alternative moins coûteuse au Patriot américain ou au missile Aster franco-italien. Membre de la coalition des volontaires, le Canada a apporté depuis le début du conflit 26 milliards de dollars canadiens (environ 16 milliards d’euros) d’aide, notamment militaire, à Kiev.
Ses annonces font du bien, mais il faudra encore du temps pour en voir réellement leurs effets sur le terrain.
C’est dans ce contexte que Donald Trump, au milieu de sa partie de golf de ce week-end en Irlande a appelé Volodymyr Zelensky à cesser de viser les installations russes liées au diesel.
Selon les propos rapportés dimanche, le président américain estime que l’Ukraine devrait choisir d’autres cibles, mais éviter celles qui risquent, selon lui, d’aggraver une pénurie de diesel et d’alimenter la hausse des prix du carburant aux États-Unis. Un sujet plus que sensible pour un président américain qui sera bientôt en élection de Mideterms et dont ses résultats ne s’annoncent pas au beau fixe.
La déclaration est politiquement révélatrice. Washington affirme vouloir relancer des négociations pour mettre fin à la guerre, mais l’administration Trump semble simultanément vouloir limiter une partie des moyens de pression militaires utilisés par Kiev contre Moscou.
Pour l’Ukraine, qui réclame depuis de nombreuses semaines davantage de systèmes de défense aérienne et d’intercepteurs, l’injonction est difficile à entendre : elle intervient alors que la Russie continue de frapper les infrastructures civiles ukrainiennes et que Kiev présente ses attaques contre les raffineries comme une riposte légitime.
En ce mois de septembre 2026, la Russie fait face à une pénurie d’essence persistante, aggravée par les frappes ukrainiennes sur ses raffineries, entraînant des files d’attente dans les pompes à essence de nombreuses provinces, des restrictions et des importations depuis le Maroc et l’Inde. Depuis le mois de juin, près de 90% des régions russes ont connu un rationnement ou des pénuries de carburant, selon un comptage de l’AFP reposant sur les déclarations des autorités locales et des médias locaux.
La position américaine illustre surtout une contradiction : exiger de l’Ukraine qu’elle modère certaines frappes économiques contre la Russie sans obtenir, à ce stade, l’arrêt des attaques russes contre les villes, le réseau énergétique ou les transports ukrainiens.
Elle place Zelensky dans une situation délicate, entre sa dépendance au soutien occidental et la nécessité de maintenir une capacité de dissuasion face à Moscou.
La multiplication des frappes témoigne d’un conflit qui reste loin d’une désescalade. La Russie cherche à dégrader les conditions de vie, la production énergétique et les capacités logistiques de l’Ukraine avant l’hiver.
L’Ukraine tente, elle, de faire payer à Moscou le coût matériel et économique de la guerre en portant les combats plus profondément sur le territoire russe.
Cette dynamique comporte un risque supplémentaire pour l’Europe : les infrastructures et les frontières des pays voisins deviennent plus exposées.
La Pologne, qui constitue l’un des principaux corridors de soutien à l’Ukraine, se retrouve au premier rang de cette tension. Les incidents à Yahodyn, les violations passées de l’espace aérien polonais et la proximité des frappes rappellent que la guerre, même si elle se déroule principalement en Ukraine, pèse directement sur la sécurité du flanc oriental de l’Otan.
À court terme, la question centrale reste celle de la défense aérienne ukrainienne. Kiev assure que la Russie exploite la saturation : des vagues de drones bon marché, combinées à des missiles plus difficiles à abattre, forcent l’Ukraine à arbitrer ses interceptions.
Washington, enlisé dans sa guerre en Iran a récemment tenté de relancer des efforts diplomatiques longtemps au point mort pour mettre fin à la guerre entre la Russie et l’Ukraine, avec la visite des émissaires américains Steve Witkoff et Jared Kushner à Moscou et à Kiev le week-end dernier.
Volodymyr Zelensky a déclaré dans l’interview à une chaîne allemande vendredi, que la visite des émissaires américains était un "bon signal", et qu’il était important que le duo se soit rendu à Kiev ainsi qu’à Moscou. "C’est une marque de respect envers notre peuple", a-t-il relevé.
Et, le président ukrainien s’est dit prêt à rencontrer le président russe Vladimir Poutine lors d’un sommet du G20 à Miami. Mais depuis, les Russes semblent avoir déjà fermé la porte à cette rencontre.
Pour les autorités ukrainiennes, l’urgence n’est donc pas seulement diplomatique : elle est aussi très concrète, faite de missiles disponibles, de systèmes antiaériens, de réparations électriques et de rails à remettre en service. Alors que l’hiver arrive à grand pas.
KioskNews shows a cleaned-up reading view extracted from the publisher’s page — the original always lives on their site, not ours.