Les os de victimes du Vésuve révèlent ce que mangeaient vraiment les Romains il y a 2 000 ans

Une étude publiée le 7 août 2026 dans le Journal of Archaeological Science : Reports bouscule nos représentations de la table romaine. Le parc archéologique de Pompéi et l'université de Campanie ont analysé les ossements de 64 victimes de l'éruption du Vésuve en 79 apr. J.-C., retrouvées à Oplontis, l'actuelle Torre Annunziata.
Bilan sans appel : malgré leur vie au bord de la mer, ces habitants tiraient l'essentiel de leurs calories de la terre, pas des eaux. Pain, céréales, légumes secs dominaient. Les produits marins ? Presque absents des analyses.
Des os comme archives alimentaires : ce que révèle la chimie des squelettes
Le collagène osseux est une mémoire biologique remarquable. Cette protéine se renouvelle lentement, si lentement qu'elle enregistre non pas un repas isolé, mais plusieurs années d'habitudes alimentaires. Les chercheurs ont mesuré les proportions d'isotopes du carbone et de l'azote dans 46 échantillons exploitables parmi les 59 os qui conservaient encore du collagène.
Une étrange « boulangerie-prison » découverte dans les ruines de Pompéi
Les recherches archéologiques agrémentées de découvertes se poursuivent dans le parc archéologique de Pompéi. L'ancienne cité romaine recèle en son sein de bien obscurs bâtiments : les fouilles ont permis d'exhumer une boulangerie présentant des airs de prison. Pour les chercheurs, l'objectif était de faire travailler des esclaves dans des conditions considérées comme « brutales ».... Lire la suite
Le principe est simple : les produits marins affichent des valeurs isotopiques d'azote bien plus élevées que les plantes cultivées. Un régime riche en poisson laisse donc une signature chimique claire et facilement détectable. Or cette signature est quasi inexistante chez les victimes d'Oplontis. Gabriel Zuchtriegel, directeur du parc archéologique de Pompéi, y voit une confirmation directe du rôle central du blé et des céréales dans l'alimentation romaine quotidienne.
Autre point notable : les différences entre hommes et femmes restent minimes. Le sexe ne semble pas avoir conditionné l'accès aux ressources alimentaires dans ce groupe. Une relative égalité nutritionnelle, au moins sur ce plan.
D’après les analyses isotopiques, les Romains se nourrissaient surtout de blé et de céréales. Étonnamment, les produits marins semblaient peu présents dans leur alimentation, malgré leur proximité avec la mer. © Sborisov, iStock
Le paradoxe d'Oplontis : 1 400 amphores et pas de poisson dans l'assiette
La villa B d'Oplontis était loin d'être une simple résidence. Les archéologues y ont retrouvé plus de 1 400 amphores, ces grands récipients en terre cuite utilisés pour transporter et stocker vin, huile et produits agricoles. Le bâtiment fonctionnait clairement comme une plateforme commerciale, directement implantée sur l'ancien littoral.
À Pompéi, découverte d'un thermopolium, un fast-food antique, dans un état exceptionnel
À Pompéi, un fabuleux témoin de la vie dans la cité antique vient d'être présenté dans son entièreté pour la première fois. Il s'agit d'un stand de nourriture qui s'apparente à nos fast-food modernes.... Lire la suite
Pourtant, les occupants entassés dans la pièce 10, vraisemblablement réfugiés là dans l'espoir de fuir par la mer, ne montrent aucune trace alimentaire en lien avec ce commerce maritime ou avec la proximité de l'eau. Voilà qui interroge sérieusement sur les mécanismes de distribution des ressources dans la société romaine :
- La proximité géographique de la mer ne garantissait pas un accès fréquent au poisson.
- Les céréales constituaient la base alimentaire, quel que soit l'environnement local.
- La villa abritait probablement des travailleurs ou des personnes de condition modeste, dont le régime restait ancré dans les productions terrestres.
Un archéologue a retrouvé les traces de 200 survivants de l’éruption qui a enseveli Pompéi
Nous parlons souvent des habitants de Pompéi ayant péri dans la terrible éruption du Vésuve, en l’an 79. Pourtant, nombreux sont ceux à avoir pu fuir durant les premières heures de la catastrophe. Un chercheur est ainsi parti sur les traces de ces rescapés.... Lire la suite
Le nombre de corps lui-même a surpris les chercheurs : le décompte final de 64 individus dépasse les chiffres qui figuraient jusqu'ici dans la littérature archéologique. L'équipe a repris l'inventaire os par os pour gagner ce total.
Cette étude soulève une question que seules de futures analyses pourront trancher : ce régime pauvre en poisson était-il propre à cette villa, ou bien reflète-t-il une réalité plus large de la population romaine de la région ? Des recherches isotopiques comparables à Herculanum et à Pompéi sont attendues pour élargir la perspective.
Ce que ces ossements racontent, c'est finalement que la géographie ne fait pas le menu, et que la mer, même toute proche, restait une ressource moins accessible qu'on ne le croit.
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