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Friday, October 30, 2026

Élections de mi-mandat : un Congrès à la marge de manœuvre réduite, quoi qu’il advienne

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À quatre jours des élections de mi-mandat, les démocrates ont bon espoir de reprendre le contrôle de la Chambre des représentants, alors que les républicains espèrent surtout conserver la majorité au Sénat. Mais peu importe le résultat, ceux qui feront partie du 120e Congrès disposeront d'une marge de manœuvre extrêmement limitée.

Si on a beaucoup parlé de la situation budgétaire de la France ces dernières semaines, celle des États-Unis n'est guère plus reluisante. Le déficit pour l'année financière approche les 2000 milliards de dollars américains, un déficit digne d'une période de crise, alors que le pays traverse pourtant une période de croissance. Le vieillissement de la population entraîne une hausse constante des dépenses, alors qu’on ne cesse de réduire les impôts.

À la fin de l'été, la dette publique franchissait le cap symbolique des 40 000 milliards de dollars, tirant les taux obligataires vers le haut. Même si le dollar américain demeure la monnaie de référence, le nombre d’investisseurs désireux d’acheter de la dette américaine n’est pas infini. Des acheteurs traditionnels étrangers – comme la Chine – choisissent maintenant de diversifier leurs placements. Et ceux qui veulent toujours des titres américains demandent à être mieux rémunérés, craignant que l’inflation ne demeure élevée à long terme.

Chaque jour qui passe, les contribuables américains paient donc près de 3 milliards de dollars en intérêts, ce qui représente environ 15 % de toutes les dépenses courantes du gouvernement.

Les ménages font aussi les frais de ces déficits, les taux hypothécaires suivant le même chemin que les taux obligataires. C'est sans parler de la hausse du coût de la vie qui réduit leur pouvoir d'achat, l'inflation étant elle-même alimentée en partie par le niveau de dépenses du gouvernement, plus élevé que sa capacité à générer des revenus.

Que pourra faire le Congrès?

La négociation de compromis est certes toujours difficile, mais elle l'est encore davantage dans un Congrès divisé.

Si les psychodrames budgétaires n'ont rien de nouveau à Washington, les épisodes de paralysie de l'État (les fameux shutdowns) sont en revanche de plus en plus longs depuis une dizaine d'années. Or, cette incapacité des élus à s'entendre entre eux contribue précisément à alimenter l'inquiétude des investisseurs, déjà vive. Le même genre d'impasse risque aussi de survenir lorsque viendra le temps... de relever le plafond de la dette.

En temps normal, on finit par trouver une voie de passage en donnant à chacun ce qu'il demande, quitte à augmenter le niveau de dépenses. Le déficit astronomique actuel rend toutefois cette voie de sortie plus difficile à emprunter. Faute de pouvoir emprunter davantage, les élus risquent de s'enfoncer dans un gouffre dont il sera difficile de se sortir.

D'autant que, sur papier du moins, les deux partis défendent des visions aussi irréconciliables que coûteuses. Les démocrates ont promis, par exemple, de venir en aide aux Américains en bonifiant les crédits d'impôt liés aux primes d'assurance maladie. On les voit mal renoncer à leur promesse, eux qui ont placé le coût de la vie au cœur de leur campagne. Cela sera d'autant plus difficile si certains des candidats plus progressistes – ceux qui se désignent comme socialistes démocrates – réussissent à se faire élire.

À l'inverse, on doute fort que les républicains soient partants pour augmenter les impôts, ou encore pour couper dans le budget du ministère de la Défense, que Donald Trump souhaite porter au niveau historique de 1500 milliards de dollars l'an prochain. C'est sans parler de la promesse du président de verser 5000 $ à chaque citoyen si son parti remporte les deux chambres – un scénario qui semble peu réaliste dans l'état actuel des choses.

Au-delà de l'impasse parlementaire, toutes ces solutions risquent au demeurant d'aggraver le mal qu'elles prétendent soigner. Dans un contexte d'inflation, la réaction naturelle des politiciens consiste à vouloir donner un coup de pouce aux contribuables, soit en leur signant des chèques, soit en réduisant leurs impôts. Injecter autant d'argent dans l'économie, dans la situation actuelle, risque cependant de nourrir... l'inflation.

La Réserve fédérale (Fed) a déjà augmenté sa fourchette de taux en septembre et bien des analystes s'attendent à ce qu'elle doive agir à nouveau – ce qui ne sera pas sans conséquence pour les contribuables. L'inflation s'est établie à 3,7 % le mois dernier, bien au-delà de la cible de 2 % fixée par la Fed.

La coupole du Capitole au crépuscule.

Les Américains choisiront les 435 membres de la Chambre des représentants ainsi que 35 des 100 sénateurs le 3 novembre.

Photo : Reuters / Daniel Becerril

Si d'aventure le prochain Congrès ne parvenait pas à financer les nouvelles mesures qu'il adoptera et que le déficit devait s'alourdir, on peut s'attendre à d’autres hausses des taux obligataires, qui auront à leur tour des effets sur les taux d'emprunt des ménages. Un cercle vicieux, en somme.

Au-delà des questions budgétaires, on peut aussi se demander quels projets de loi pourront recueillir suffisamment d'appuis pour être adoptés si les électeurs optent pour un Congrès divisé le 3 novembre – les priorités des deux grands partis étant aux antipodes.

Et si les démocrates devaient remporter les deux chambres, Donald Trump a déjà fait connaître sa stratégie : Veto, veto, veto, a-t-il martelé vendredi dernier, en référence au pouvoir qu'il a de refuser l'entrée en vigueur d'une nouvelle loi.

Le président pourra certes continuer à signer des décrets – comme ceux imposant des tarifs au Canada –, tandis que les démocrates auront tout le loisir de déclencher toutes sortes d’enquêtes sur la conduite de l’administration républicaine. Sur le plan législatif et budgétaire, la marge de manœuvre des deux grands partis risque cependant d'être extrêmement limitée. Une éventuelle victoire des démocrates suscite beaucoup d'espoir chez les détracteurs de Donald Trump, mais ces derniers seraient bien avisés de modérer leurs attentes.

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