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Wednesday, October 28, 2026

Selon un rapport de référence | Les changements climatiques doivent être reconnus comme une « urgence sanitaire mondiale »

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(Paris) Les changements climatiques doivent être déclarés « urgence sanitaire mondiale » pour devenir la priorité des gouvernements, afin de financer l’adaptation des systèmes de santé et des économies, après avoir causé trois millions de morts entre 2016 et 2023, affirme un rapport de référence.

Publié à

Rébecca FRASQUET Agence France-Presse

Publiée par la revue médicale britannique The Lancet avant la COP 31 (9-20 novembre), cette 10e édition du rapport associe 146 chercheurs de 30 pays pour évaluer les conséquences des changements climatiques sur la santé de la population mondiale.

« Dix ans après l’Accord de Paris, nos conclusions sont sans ambiguïté : les effets néfastes des changements climatiques sur la santé progressent plus vite que la réponse mondiale à ces effets » et « s’accélèrent même », a estimé Marina Romanello, directrice exécutive du projet scientifique Lancet Countdown, en présentant à la presse le rapport publié mercredi.  

« C’est pourquoi nous demandons que les changements climatiques soient reconnus comme une urgence sanitaire mondiale », a-t-elle ajouté. Ainsi « un dispositif d’intervention d’urgence » coordonné entre États, à l’instar de celui de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) en cas de pandémie, pourrait être mis en place, « pas pour réagir à une succession d’urgences, mais pour mettre en œuvre une réponse cohérente à long terme ».

« Insécurité alimentaire, pollution, recrudescence des maladies : les effets liés au climat […] soumettent les systèmes de santé et les professionnels de la santé à une pression considérable », a réagi mercredi l’ONU climat dans un communiqué, alors que « des solutions existent », comme le dit ce « rapport majeur ».

Il ressort du Lancet Countdown qu’entre l’Accord de Paris en 2016 et 2023 – dernière année aux données complètes –, les changements climatiques ont « causé près de trois millions de décès liés à la chaleur » dans le monde. Rien qu’en 2023, un record de 710 000 morts peut être associé à la chaleur – davantage que celles dues au paludisme ou au VIH –, attribuables pour plus des deux tiers aux changements climatiques d’origine humaine.

Pour obtenir la proportion de décès attribuables au réchauffement imputable aux activités humaines, les chercheurs ont compilé le nombre de décès dus à la chaleur recensés par les États, puis ils ont soustrait ceux « qui se seraient produits en l’absence de changements climatiques », estimés à partir de ce scénario fictif, a précisé le Pr Ollie Jay de l’Université de Sydney.  

« Réels progrès »

« Car il y a de toute façon des périodes de forte chaleur, mais leur intensité et leur fréquence sont amplifiées par les changements climatiques d’origine humaine, c’est pourquoi nous observons davantage de décès que nous n’en aurions eus » sans celui-ci, a-t-il expliqué, alors que l’an dernier une sécheresse extrême a touché plus de la moitié des terres émergées pendant au moins un mois.

Réduisant la productivité des travailleurs, le réchauffement a coûté ces trois dernières années à l’économie mondiale, plus d’un millier de milliards de dollars par an, calculent les chercheurs.  

Au plan géographique, l’Asie du Sud-Est et l’Afrique, les plus durement touchées, auraient ainsi perdu l’équivalent de 3,9 % et 3,2 % de leur PIB respectivement, contre 0,2 % pour l’Europe et 1,5 % pour le continent américain.  

De « réels progrès » ont pourtant été accomplis dans le monde depuis 2016 : 56 des 194 pays membres de l’OMS ont adapté leur système de santé, des systèmes d’alerte anticipent les évènements extrêmes, les investissements dans les énergies propres ont atteint 2100 milliards de dollars en 2025 : c’est deux fois ceux consacrés aux combustibles fossiles, mais ces derniers représentent encore 80 % de l’énergie mondiale, causant une pollution atmosphérique qui fait « 2,73 millions de morts par an ».

Ainsi quelque 323 000 décès ont été évités dans « au moins » 77 pays où la pollution atmosphérique due aux énergies fossiles a diminué depuis 2016, selon le rapport. « Un air plus pur, des systèmes de santé plus résilients et des dispositifs d’alerte […] sauvent des vies à travers le monde », dit-il.

Et si le financement de la recherche médicale liée au climat a été multiplié par 7 pour atteindre 316 millions de dollars en 2024, 84 % de ces fonds vont aux chercheurs des pays riches alors que les pays les moins développés sont les plus affectés par l’accélération des menaces sanitaires liées au climat.

« Trop lents, trop modestes », les efforts faits « ne profitent pas à ceux qui en ont le plus besoin », a affirmé Mme Romanello.  

Cette année « pour la première fois », le travail des chercheurs a été compliqué par « la disparition de certaines sources de données, en provenance des États-Unis notamment », comme « les subventions aux combustibles fossiles, pas rendues publiques par les autorités américaines », a déploré Mme Romanello.

Et depuis deux ans, « l’instabilité géopolitique mondiale a relégué au second plan le réchauffement et son impact sur la santé », a-t-elle souligné, « alors que l’inaction risque d’exacerber cette instabilité ».

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