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Thursday, October 29, 2026

Paul St-Pierre Plamondon ne participera pas au sommet Canada-UE

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(Québec) Après deux jours de confrontation avec le fédéral, le premier ministre Paul St-Pierre Plamondon a fait savoir mercredi soir qu’il ne participera pas au sommet Canada-Union européenne (UE) organisé par Ottawa jeudi et vendredi à Montréal.

Publié à Mis à jour à

Patrice Bergeron La Presse Canadienne

M. St-Pierre Plamondon a choisi de transmettre une lettre aux représentants des États européens participants pour les mettre en garde contre le risque de conclure une entente sans l’accord du Québec.

Le gouvernement St-Pierre Plamondon enverra toutefois un représentant au sommet Canada-UE : l’ex-député Pascal Paradis, le nouveau « diplomate en chef du Québec ».

Le premier ministre Paul St-Pierre Plamondon avait pourtant demandé au gouvernement fédéral de reculer et de lui donner un droit de parole lors du sommet Canada-Union européenne.

« Ce que je demande ce matin [mercredi matin], simplement la solution la plus logique, c’est qu’Ottawa revienne sur cette erreur-là », a-t-il dit.

« Ce n’est pas respectueux de ne pas donner une place au premier ministre du Québec dans un évènement au Québec, dans le cadre duquel ce sont les intérêts économiques du Québec qui sont négociés. Je l’invite à revenir sur cette décision-là », avait ajouté M. St-Pierre Plamondon lors d’une brève mêlée de presse à l’entrée de son bureau mercredi à Québec.

Il affirmait qu’il ne faisait que défendre la doctrine Gérin-Lajoie, « qui existe depuis 60 ans », rappelait-il. « C’est un Québec qui prend sa place à l’international et qui veille à ses intérêts. Ce n’est pas plus compliqué que ça et je vais toujours faire ça », avait ajouté le leader souverainiste.

Deux invitations, selon Carney

À Ottawa, le premier ministre Mark Carney a tenté de calmer le jeu entre les deux capitales en soulignant qu’il a offert à son homologue québécois le droit d’accueillir les dignitaires à leur arrivée à Montréal, mais aussi un siège à la table d’honneur en compagnie des dirigeants européens, où il pourrait établir des relations avec notamment la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, et le président du Conseil européen, António Costa.

PHOTO JUSTIN TANG, LA PRESSE CANADIENNE

Le premier ministre Mark Carney

« Mon bureau a suggéré à M. St-Pierre Plamondon deux invitations. Premièrement, d’avoir l’honneur d’accueillir les présidents à Montréal, au Québec, au Canada. Cette offre existe encore. J’espère qu’il va la reconsidérer. Et deuxièmement, moi-même, je l’ai invité pour dîner, à la table d’honneur, avec les deux présidents. Selon moi, c’est une grande occasion, une occasion très utile d’avoir des conversations et d’établir des relations avec le président de l’Union européenne et, pour nous deux, moi et M. St-Pierre Plamondon, d’avoir l’occasion de renforcer nos relations », avait commenté M. Carney avant la réunion du caucus libéral.

« J’espère, j’espère qu’il va reconsidérer », avait-il aussi affirmé.

M. Carney avait aussi affirmé qu’Ottawa a pris soin de consulter le Québec au cours des derniers mois en prévision de ce sommet. « Il y a eu trois consultations avec la délégation québécoise en Europe, et une autre hier ici au Canada. Ça va continuer. Nous sommes au début d’un processus formel qui va durer probablement 12 mois », a-t-il dit.

Ces tensions entre MM. Carney et St-Pierre Plamondon ont aussi fait des flammèches plus tard à la Chambre des communes durant la période de questions. Le chef du Bloc québécois, Yves-François Blanchet, a accusé le premier ministre d’accorder un meilleur traitement aux leaders de régimes autoritaires au pouvoir en Turquie ou aux Émirats arabes unis par exemple qu’au premier ministre du Québec.

PHOTO JUSTIN TANG, ARCHIVES LA PRESSE CANADIENNE

Le chef du Bloc québécois, Yves-François Blanchet

« Le Québec a le droit de mener ses propres relations internationales dans tous les domaines qui sont complètement ou partiellement de sa compétence. C’est ça, la doctrine Gérin-Lajoie », a pour sa part affirmé le député bloquiste Mario Simard, dénonçant « l’attitude insultante du premier ministre » Mark Carney.

La réplique du ministre des Travaux publics, Joël Lightbound, a été cinglante. « Quand je me lève le matin, j’ai trois certitudes. Le soleil va se lever à l’est, le chef du Bloc québécois et les députés du Bloc québécois vont être indignés pour tout et son contraire et ils vont prétendre parler au nom de tous les Québécois. […] Ce que les Québécois demandent, c’est un rapprochement avec l’Union européenne et c’est qu’on le fasse, évidemment, de concert avec le Québec, comme cela a été fait en préparation du sommet », a-t-il asséné.

Depuis 1965, la doctrine Gérin-Lajoie stipule que le Québec parle à l’international des enjeux qui relèvent de sa compétence, comme l’éducation et la culture.

À l’Assemblée nationale, on faisait pression sur M. St-Pierre Plamondon. « Bouder n’est pas une option », avait plus tôt affirmé le chef libéral Charles Milliard. « Être absent, c’est être perdant », avait-il résumé.

Le chef conservateur avait renchéri mercredi, croyant lui aussi que le PM devrait participer malgré tout. On ne gagne jamais « en boudant dans notre coin », soutient Éric Duhaime, même si la place « qu’on veut réserver au Québec n’est pas à la hauteur de ce que le Québec devrait avoir. »

Le ministre des Relations internationales, de la Francophonie et du Commerce extérieur, Dieudonné Ella Oyono ne compte pourtant pas y être. « Ce n’est pas prévu pour le moment », a-t-il dit.

Le temps des bouffons

Paul St-Pierre Plamondon s’appuyait dans son combat sur deux arguments. Le premier est que l’évènement a lieu au Québec. « C’est un droit de parole parce qu’on dit bienvenue à nos invités européens ». Le deuxième est que le Québec doit avoir sa chaise, car ce sont ses intérêts qui sont à la table de négociation. « Vous noterez qu’avec l’Union européenne, notre balance commerciale, elle est négative, très négative. C’est vital que le Québec puisse être à la table pour dire qu’est-ce qu’on peut faire pour corriger le tir ».

La veille, Paul St-Pierre Plamondon a fait une sortie vitriolique à l’endroit du gouvernement Carney après qu’Ottawa a refusé qu’il prenne la parole au Sommet Canada-Union européenne prévu à Montréal jeudi et vendredi. « Il a été invité à dîner, il a refusé », a répondu M. Carney à la question d’une journaliste. « C’est sa décision de laisser une chaise vide encore », a-t-il ajouté.

M. St-Pierre Plamondon a répliqué en dressant un parallèle avec le film Le temps des bouffons de Pierre Falardeau, qui « mettait en lumière, avec dérision, le fait que les Québécois sont traités en porteurs d’eau sur leur propre territoire, condamnés à se laisser dicter les décisions fondamentales de leur société par des élites financières qui n’ont aucune légitimité démocratique ».

« Le gouvernement fédéral voudrait nous faire croire que le fait, pour le premier ministre du Québec, d’obtenir la permission de servir des crevettes cocktail lors d’une réception constitue une forme d’influence acceptable et suffisante dans la représentation des intérêts du Québec », a déploré le premier ministre du Québec dans une publication sur les médias sociaux.

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