Des promesses électorales pour aider les familles et relancer la natalité

Les nouveaux parents sont une des clientèles les plus visées au cours de la présente campagne électorale au Québec. Les partis politiques proposent plusieurs mesures pour faciliter leur quotidien et aider les familles.
Des experts jugent toutefois que les promesses des chefs sont incomplètes
et que celles qui visent à augmenter la natalité n’auront probablement pas l’effet souhaité.
Plusieurs partis politiques misent sur une modernisation du Régime québécois d'assurance parentale (RQAP). La Coalition avenir Québec (CAQ), le Parti libéral du Québec (PLQ) et Québec solidaire (QS) veulent tous augmenter le nombre de semaines de prestations offertes aux parents.
Qu’est-ce que le RQAP?
Le Régime québécois d’assurance parentale prévoit le versement de prestations aux nouveaux parents. Les bénéficiaires doivent avoir touché un revenu de travail pour y avoir droit. Tous les travailleurs ont l’obligation de cotiser au programme.
Le démographe et professeur titulaire à l’Institut national de la recherche scientifique (INRS) Benoît Laplante n’exclut pas que de telles propositions puissent avoir un effet sur la réalisation du désir d’avoir des enfants.
Le RQAP n’a pas été créé dans le but d'augmenter le nombre de naissances, mais plutôt pour permettre une meilleure conciliation travail-famille, rappelle-t-il. Un petit effet a toutefois été observé. Ça augmente la probabilité qu'une femme ait un enfant.
Ça n'empêche pas la fécondité de tomber. C'est simplement que ça maintient l'écart entre le Québec et l'Ontario
, dit-il.
Bien que la natalité soit à un plancher au Québec, les femmes de la province donnent naissance à plus d’enfants que celles en Ontario depuis maintenant 20 ans. Le phénomène coïncide avec l’entrée en vigueur du RQAP en 2006, souligne M. Laplante.
Pour beaucoup de jeunes adultes, avoir un enfant, ça ne fait pas partie de la vie
, constate le démographe.
Éviter l’appauvrissement
des jeunes parents
La professeure adjointe à l’École de politique appliquée de l’Université de Sherbrooke Sophie Mathieu aimerait que les partis se penchent sur le montant des prestations offertes.
En ce moment, les prestations partageables entre les parents du régime de base s'élèvent à 70 % du salaire pendant les sept premières semaines. Elles chutent à 55 % pour les 25 semaines suivantes. C'est ça qui fait mal aux couples
, soutient-elle.
Pour l’instant, seul le Parti québécois (PQ) promet de faire passer les prestations de 70 % à 75 % et de 55 % à 60 % du salaire. C’est encore bas
, mais la proposition a le mérite d’être intéressante
, selon Mme Mathieu. Ça, ça répond vraiment à une préoccupation.
Le chef du PQ, Paul St-Pierre Plamondon, veut assurer un minimum de prestation de 300 $ par semaine. On assure un plancher, mais un plancher bas
, relativise la spécialiste.

La cheffe caquiste, Christine Fréchette, considère que les mesures annoncées par le PQ et le PCQ sont « natalistes ». (Photo d'archives)
Photo : Radio-Canada / Dany Pilote
Les couples que la professeure a rencontrés dans le cadre de ses recherches craignent de s’appauvrir. Elle évoque une situation anxiogène pour eux. Beaucoup redoutent de ne pas trouver de service de garde et, par conséquent, de retourner tardivement sur le marché du travail, confie Sophie Mathieu.
Quant aux propositions de tous les partis, à l'exception du Parti conservateur du Québec (PCQ), d’augmenter le nombre de places subventionnées ou abordables en services de garde, elles n’ont pas d’impact sur les naissances, mentionne le démographe Benoît Laplante. L’effet est plutôt sur la participation des femmes au marché du travail
, d'après lui.
La vision nataliste
Le PCQ propose une tout autre vision de l’aide aux familles. Le parti a évoqué des incitatifs financiers dès la naissance, sans plus de précisions.
La formation politique d’Éric Duhaime veut aussi offrir un crédit hebdomadaire de 100 $ par enfant aux parents qui les gardent à la maison. Il faudra qu’un des deux parents travaille à temps plein.
L'objectif de ces mesures est d'augmenter la natalité. M. Duhaime avoue toutefois qu'elles sont avant tout symboliques
.

Le chef conservateur Éric Duhaime
Photo : La Presse canadienne / Jacques Boissinot
La démarche n’est pas sans rappeler celle des bébés-bonus
lancée au Québec dans les années 1980, avance la professeure Mathieu. Les parents pouvaient recevoir jusqu’à 8000 $ pour la naissance d’un enfant.
Une telle stratégie est un coup d’épée dans l’eau, croit-elle. Je ne sais pas où les conservateurs prennent leurs informations, mais ça ne fonctionne pas. Ça n'a jamais fonctionné au Québec. Ça n'a pas fonctionné en Australie. C'était extrêmement coûteux
, dit-elle.
Si des adultes font un enfant pour un chèque, on va avoir un problème de société majeur à un moment donné, parce que le chèque disparaît assez vite.
Benoît Laplante doute de l’efficacité de cette proposition qui tranche radicalement avec le modèle québécois. Celui-ci vise en effet à faciliter l’accès des femmes au marché du travail. Le démographe y décode une volonté de retourner au modèle traditionnel de la mère au foyer et du père pourvoyeur. Ça ne séduit qu'une fraction infime des femmes
, avise-t-il.
La mesure s'applique aussi aux pères, selon le plan du PCQ. Le parti se défend en disant vouloir respecter les choix de tous les parents
.
De son côté, le gouvernement du PQ offrira une allocation pour le 3e et le 4e enfant totalisant 700 $ annuellement. C’est un pas dans la bonne direction
, selon Mme Mathieu. Elle y voit une mesure qui enlèverait un peu de pression sur les parents. Ça ne me semble pas être un bébé-bonus.

Le chef du Parti québécois, Paul St-Pierre Plamondon, refuse de qualifier ses propositions de « natalistes ». (Photo d'archives)
Photo : Radio-Canada / Mathieu Potvin
Aider davantage les pères
Je trouve ça formidable
, avoue Sophie Mathieu, en réaction à l’ajout de deux semaines de prestations pour les pères proposé par la CAQ.
La professeure hésite toutefois à se prononcer davantage par manque de détails. On les prend où, ces deux semaines-là?
demande-t-elle.
Elle se dit favorable à de nouvelles prestations exclusives aux pères, quitte à en retirer aux mères. C'est sûr que ça ne plaira pas à tout le monde
, précise-t-elle.
Selon elle, les études montrent que peu d’hommes vont au-delà des cinq semaines du congé de paternité, les semaines partageables étant le plus souvent utilisées par les mères en raison de la norme sociale
actuelle.
À son avis, des prestations réservées aux pères permettraient de revenir au fondement de la politique familiale québécoise, soit l’égalité entre les hommes et les femmes
.
Ça permet aux mères, potentiellement, de retourner plus rapidement sur le marché du travail [...]. Aussi, il y a des conséquences à court, à moyen et à long terme sur l'implication des pères avec les bébés.
Le Québec peut-il faire mieux?
L'État québécois est parmi les meilleurs en Amérique du Nord pour l’aide aux familles, selon Sophie Mathieu. Cela ne signifie pas pour autant que la province a atteint l’excellence. On se compare avec les cancres : les États-Unis et le reste du Canada
, déclare-t-elle.
Des pays européens font beaucoup mieux en la matière. Elle donne l’exemple de la Suède, où les parents se partagent 480 jours de congé, et de l’Islande, où chacun a droit à six mois.
À certains endroits, les parents ont la possibilité d’utiliser ces journées de congé pendant une plus longue période. Cela leur permet, par exemple, d'être présents à la rentrée scolaire de leurs enfants sans piger dans leurs congés personnels.
Le PQ et la CAQ ont prévu des mesures en ce sens. Les parents pourraient respectivement toucher les prestations du RQAP jusqu'à trois et cinq ans après la naissance de leur enfant. C'est une bonne idée, mais on n'a pas de détails. Combien de jours [...], payés à combien pour cent?
indique Mme Mathieu.
L’experte invite aussi les chefs à réfléchir aux coupes qu’ils promettent dans la fonction publique. Sophie Mathieu considère qu’elles risquent d’être contre-productives et d’amplifier le phénomène.
Même chose avec la guerre commerciale et la difficulté actuelle à se trouver un logement. L'instabilité économique, politique, sociale, ce n’est pas bon pour les naissances
, fait-elle remarquer.
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