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Thursday, October 29, 2026

Bébé Maxime retrouve les siens, à Manawan, pour l’éternité

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« Aujourd’hui, mon père a retrouvé son petit frère » : à Manawan, Manon Ottawa a offert à son père le plus symbolique des cadeaux pour son anniversaire, mercredi. Avant de mourir, il lui avait confié la mission de retrouver son petit frère, Bébé Maxime. C’est maintenant chose faite.

Après 12 ans de recherches, elle l’a finalement inhumé parmi les siens, dans le cimetière de la communauté atikamekw qui a perdu sa trace il y a 72 ans.

Assise dans son fauteuil roulant stationné devant la tombe fraîchement remblayée, Mme Ottawa lui a chanté solennellement un dernier cantique en atikamekw, avant qu'un regard joueur ne s’empare de son visage.

Manon Ottawa fixe la tombe vide, dans laquelle Bébé Maxime allait être déposé.

Des dizaines de personnes ont accompagné Bébé Maxime jusqu'à son dernier repos.

Photo : Radio-Canada / Charles Séguin

C’est un cadeau qu’on fait à mon père. Ça faisait très longtemps qu’il n’avait pas vu son petit frère, a-t-elle soufflé après les obsèques. Je suis soulagée et je suis fière d’avoir accompli la mission que mon père m’avait donnée, de retrouver son petit frère. Et j’ai fait plus que ça, je l’ai ramené à la maison.

Aujourd’hui, ils vont faire la fête tard, là-haut, a-t-elle lâché, les yeux vers le ciel. Ainsi se terminait son éprouvante et longue quête de vérité.

Bébé Maxime, Maxime Ottawa de son vrai nom, a quitté Manawan en 1954 alors qu’il n’avait que six mois. On l’a emmené à La Tuque, par hydravion, sans ses parents, pour y soigner une infection cutanée.

Il a ensuite été transféré vers un autre établissement de santé à Québec et il aurait succombé à des complications de sa maladie 43 jours plus tard, le 5 octobre. Ses parents, toutefois, n’ont appris son décès que deux ans après.

C’était un scénario commun au Québec à cette époque : des centaines d’enfants autochtones ont été envoyés sans leurs parents dans des établissements de santé et ne sont jamais rentrés chez eux.

Grâce à la loi 79, adoptée en 2021 et avec l’aide de l’organisme Awacak (petits êtres de lumière en langue atikamekw), Manon Ottawa a pu le retrouver et a obtenu, l’an dernier, l’autorisation de la Cour pour exhumer Bébé Maxime, qui avait été enterré dans un lot commun. C’était une première.

Des femmes ont déposé des foulards sur le cercueil.

Des femmes ont déposé des foulards sur le cercueil.

Photo : Radio-Canada / Charles Séguin

Plus jamais seul

Les restes du poupon sont revenus dans la communauté lundi. Plusieurs membres de la communauté l’attendaient à l’entrée pour l’accueillir. Bébé Maxime a été exposé dans le gymnase de l’école primaire, où se sont tenues plusieurs cérémonies et où des dizaines de membres de la communauté sont passés le saluer et se recueillir.

À côté de son petit cercueil, parmi les peluches, jouets et branches de sapin, on avait installé une poupée dans un tikinakan, un porte-bébé traditionnel, que les femmes et les filles prenaient dans leurs bras par moments. On y retrouvait aussi une croix poussiéreuse, qui a été trouvée lors de l'exhumation de la dépouille.

Manon Ottawa, assise dans sa chaise roulante, veille sur le cercueil de Bébé Maxime.

Des membres de la communauté ont veillé nuit et jour sur Bébé Maxime.

Photo : Radio-Canada / Charles Séguin

Les passants pouvaient en apprendre sur la courte existence du bébé, en consultant une foule de documents, comme le rapport d’autopsie, les certificats de naissance et de décès, les notes des médecins ainsi que les plans du cimetière où il a été retrouvé.

Depuis son retour, jamais il n’a été laissé seul : on s’est relayé pour veiller sur lui jour et nuit jusqu’à ce qu’il soit en terre. Toujours assise aux premières loges, devant lui, Manon Ottawa ne l’a quitté que quelques heures.

Après une cérémonie intime avant le lever du soleil, mercredi, le gymnase s’est rempli pour les funérailles, célébrées par l’évêque de Joliette, Mgr Louis Corriveau.

L'évêque parle dans un micro et derrière lui, une courte pointe représentant chaque enfant disparu à Manawan est accrochée.

L'évêque de Joliette, Mgr Louis Corriveau, a célébré les funérailles.

Photo : Radio-Canada / Charles Séguin

Tous ceux et celles qui avaient contribué, de près ou de loin, au rapatriement de la dépouille se sont ensuite agglutinés autour du cercueil, bercés par la voix mélancolique de Sakay Ottawa, auteur-compositeur-interprète de la communauté.

Tous ont levé les bras vers lui, formant un grand dôme autour de Bébé Maxime, dans une scène empreinte de gravité. Quand les bras se sont baissés, et quand l’attroupement s’est dissipé, le cercueil était fermé.

J’entends leurs mères se lamenter

Après un dernier tour de Manawan en camionnette, tous se sont réunis dans le cimetière dense qui surplombe le lac.

Avant de déposer du tabac dans la tombe, plusieurs femmes ont pris la parole. Karine Echaquan, qui jouait du tambour, a rappelé que plusieurs autres enfants de Manawan avaient disparu, comme Maxime, et que, contrairement à lui, on ne sait toujours pas où ils sont.

Karine Echaquan jouait du tambour lors de l'enterrement.

Karine Echaquan jouait du tambour lors de l'enterrement.

Photo : Radio-Canada / Charles Séguin

J’entends leurs mères se lamenter, a-t-elle lancé en pleurant, parce qu’ils demandent aussi que leurs enfants soient retrouvés pour qu’elles puissent partir en paix.

Je lance un cri du cœur à toutes les femmes pour qu’elles surveillent leurs enfants, pour que plus jamais je n’entende des lamentations comme celles-là.

Avant qu’on ne commence à enterrer Bébé Maxime, Manon Ottawa a remercié le poupon de l’avoir aidé dans sa démarche. Grâce à lui, a-t-elle dit, d’autres familles allaient peut-être pouvoir retrouver leurs bébés.

Anne Panasuk, ancienne journaliste et anthropologue qui s’implique maintenant auprès des familles qui cherchent un enfant disparu, a souligné l’importance juridique de l’exhumation de Bébé Maxime, l’an dernier.

Nous, du côté de ceux qui cherchent à réparer ce qui n’aurait pas dû se passer, on sent que c’est un grand pas qui a été fait, a-t-elle expliqué. L’exhumation de Bébé Maxime dans un lot commun a permis de trouver d’autres enfants, atikamekw et innus, a-t-elle indiqué.

C’est un pas juridique important, le cas de bébé Maxime donne de l’espoir aux familles, et c’est génial.

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