Le propriétaire de Stelco espère réembaucher les employés mis à pied avant Noël
Lourenco Goncalves, chef de la direction de Cleveland-Cliffs, affirme qu’il espère réembaucher les travailleurs de Stelco qui ont été mis à pied avant Noël si un plan visant à accroître les ventes au Canada porte ses fruits.
Dans une déclaration écrite adressée à La Presse canadienne, M. Goncalves indique que l’entreprise mise désormais sur une augmentation des achats d’acier fabriqué au Canada plutôt que sur un resserrement des restrictions à l’importation pour rétablir les emplois dans ses installations ontariennes.
« Tout dépendra de la volonté des clients canadiens d’acheter de l’acier canadien, fabriqué par Stelco, a-t-il écrit. Si notre plan fonctionne, j’ai l’intention de rappeler l’ensemble des 175 salariés avant Noël. »
M. Goncalves a précisé que le nombre de mises à pied « n’a jamais été de 500 », mais plutôt de 175, malgré une lettre interne de Stelco adressée aux employés le 28 septembre, qui avertissait que jusqu’à 500 travailleurs des usines Stelco d’Hamilton et du lac Érié, à Nanticoke, en Ontario, pouvaient être touchés.
Ron Wells, président de la section locale 1005 du syndicat des Métallos, qui représente les salariés de l’usine Stelco de Hamilton, a confirmé que 175 salariés avaient été licenciés à Hamilton, tandis qu’aucun licenciement n’avait encore eu lieu au lac Érié.
Il a accusé Cleveland-Cliffs de se servir de ces licenciements pour faire pression sur Ottawa afin que celui-ci durcisse les restrictions sur les importations d’acier étranger.
« Il vient de causer beaucoup de souffrance et de chagrin à 175 personnes, a déploré M. Wells. Il va sans dire que nous sommes opposés à ce que nos adhérents soient utilisés comme des pions. »
Le sidérurgiste a invoqué les droits de douane américains, la faiblesse de la demande d’acier canadien et la concurrence des produits sidérurgiques importés pour justifier ces licenciements.
Cette annonce intervient environ deux ans après le rachat de Stelco par Cleveland-Cliffs en 2024. Pour obtenir l’approbation d’Ottawa, l’entreprise s’était engagée à maintenir des niveaux d’emploi minimaux et à respecter d’autres engagements.
« Nous pensions pouvoir vendre de l’acier laminé à froid et galvanisé sur le marché intérieur canadien, mais cela ne s’est pas concrétisé et la situation ne s’est pas encore améliorée », a expliqué M. Goncalves dans la déclaration.
Il a ajouté que, puisqu’Ottawa n’est pas disposé à restreindre davantage les importations d’acier laminé à froid et galvanisé, Stelco devra compter sur ses propres efforts et sur ses clients canadiens pour relancer ses ventes, sa production et ses emplois.
Par ailleurs, il a également indiqué que Stelco ne serait pas vendue avant au moins un an.
« Je ne m’entretiendrai avec aucun acheteur, réel ou imaginaire, ni maintenant ni au cours de l’année civile à venir, a assuré M. Goncalves. En revanche, après avoir affiché des chiffres de production en hausse pendant un an et réintégré l’ensemble des 175 salariés à leur poste, je serai ravi de vendre l’entreprise, à condition que j’en décide ainsi d’ici là. »
La ministre de l’Industrie, Mélanie Joly, a averti que Cleveland-Cliffs pourrait être contrainte de vendre Stelco si elle ne respectait pas les engagements contraignants pris lors de l’acquisition du sidérurgiste canadien en 2024.
Mme Joly décourage les investissements étrangers au Canada, selon M. Goncalves, en évoquant publiquement des acheteurs potentiels pour Stelco et en critiquant les décisions commerciales de l’entreprise.
« Si j’avais su — ou même soupçonné — que je serais soumis à ce genre de traitement lorsque je prenais une décision commerciale dans le respect des engagements que je respecte pleinement, je n’aurais certainement pas investi au Canada », a-t-il lancé.
Le différend s’est intensifié ces dernières semaines, la ministre Joly accusant Cleveland-Cliffs d’avoir manqué aux engagements pris en vertu de la Loi sur Investissement Canada visant à protéger les emplois canadiens et à soutenir l’industrie sidérurgique du pays.
Mme Joly a menacé d’intenter une action en justice qui pourrait contraindre Cleveland-Cliffs à respecter ses engagements, à payer des pénalités pouvant atteindre 10 000 $ par jour ou à vendre Stelco.
Lourenco Goncalves a insisté sur le fait que l’entreprise a respecté ses obligations.
Les deux se sont également affrontés au sujet des droits de douane américains, que M. Goncalves a soutenus et qui, selon Ottawa, ont porté préjudice aux sidérurgistes canadiens et contribué aux licenciements.
Mélanie Joly avait récemment déclaré qu’on ne peut pas défendre les droits de douane américains, qui nuisent aux travailleurs des deux côtés de la frontière, et s’en attribuer le mérite, puis faire volte-face et prétendre que les conditions du marché ont changé.
M. Goncalves a demandé à rencontrer Mme Joly pour discuter des licenciements. La ministre a estimé que l’entreprise devait présenter un plan concret et un calendrier pour la réintégration des salariés avant qu’elle n’accepte de participer à des discussions.
On ignore si le projet de M. Goncalves visant à stimuler les ventes au Canada et à réintégrer les salariés avant Noël suffira à remplir les conditions posées par la ministre pour accepter une rencontre.
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