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Monday, September 28, 2026

Des traces d’un pesticide à haut risque dans l’eau potable de sept villes du Québec

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Des résidus d’un pesticide considéré par Québec comme plus risqué pour la santé et l’environnement que le glyphosate, l’ingrédient actif du Roundup, ont été détectés dans l’eau potable de plusieurs municipalités du Québec, dont en Estrie et dans la grande région de Montréal.

C’est notamment ce qui ressort d’une deuxième série d’analyses réalisées par l’organisme Vigilance OGM dans 31 villes de la province. Cet organisme regroupe notamment des agriculteurs et des citoyens qui militent pour réduire l'utilisation des pesticides. Les échantillons ont été analysés par le laboratoire de chimie environnementale de l’Université de Montréal.

Le S-métolachlore, principalement utilisé pour lutter contre les mauvaises herbes dans les cultures de maïs et de soya, est moins connu du grand public. Pourtant, il s’agissait, en 2024, du deuxième pesticide le plus vendu au Québec, à hauteur de 248 tonnes.

L’étude, réalisée en juin 2026, a permis de détecter du métolachlore-ESA, un produit issu de la dégradation du S-métolachlore.

Les concentrations mesurées dépassent le seuil établi par l’Union européenne dans sept municipalités : Saint-Césaire, Cowansville, Longueuil, Montréal, Oka, Repentigny et Châteauguay. À Saint-Césaire, la concentration mesurée est plus de 13 fois supérieure à ce seuil.

Concentration de métolachlore-ESA dans les municipalités dépassant le seuil européen

MunicipalitéConcentration de métolachlore-ESA (µg/L)
Saint-Césaire1,34
Repentigny0,16
Montréal0,153
Cowansville0,151
Longueuil0,147
Oka0,14
Châteauguay0,13

Un pesticide qui se transforme

Le métolachlore-ESA est le résultat de la transformation du pesticide sous l’effet de l’eau, du soleil ou de micro-organismes, par exemple. Un produit aussi appelé métabolite.

Les métabolites ont, en moyenne, une toxicité à peu près équivalente à la molécule originale. Ils sont parfois même plus toxiques, mais dans le cas du métolachlore-ESA, il n’est pas surveillé au Québec, explique le professeur de chimie environnementale à l'Université de Montréal, Sébastien Sauvé.

Le produit fait également l'objet de préoccupations ailleurs dans le monde. Le comité d'évaluation des risques de l'Agence européenne des produits chimiques a conclu en 2022 qu’il était susceptible de provoquer le cancer. Depuis 2024, son utilisation n'est plus autorisée dans l'Union européenne.

Le seuil européen est fixé à 0,1 microgramme par litre (µg/L) pour un pesticide. Au Québec, aucune norme ne vise spécifiquement le métolachlore-ESA. La norme de 35 µg/L concerne plutôt le métolachlore, la molécule dont il est issu. Les deux valeurs reposent toutefois sur des approches réglementaires différentes.

Vue aérienne d'un tracteur qui étend des pesticides dans un champ.

Seulement le glyphosate est vendu en plus grande quantité que le S-métolachlore, au Québec. (Photo d'archives)

Photo : Radio-Canada

Un effet cumulatif difficile à évaluer

Les analyses ne révèlent toutefois pas seulement la présence de métolachlore-ESA. Les données du laboratoire d'analyses environnementales de l'Université de Montréal montrent aussi la présence combinée de plusieurs substances chimiques dans certains échantillons d'eau potable.

L'eau du robinet de municipalités comme Longueuil, Montréal, Oka ou Saint-Césaire contient un mélange regroupant jusqu'à une vingtaine de pesticides différents au sein d'un seul prélèvement.

Maryse Bouchard est debout sur de la pelouse.

Maryse Bouchard est spécialiste en santé environnementale à l’Institut national de recherche scientifique. (Photo d'archives)

Photo : Radio-Canada / Julien Robert

Pour la professeure en santé environnementale à l’Institut national de la recherche scientifique (INRS), Maryse Bouchard, ce cocktail de pesticides représente un enjeu de santé publique, d’autant plus qu’il s’ajoute aux pesticides déjà ingérés par l’alimentation.

Même si les concentrations sont relativement basses, la présence simultanée de multiples pesticides demeure inquiétante.

Dans la liste, il y a des pesticides qui peuvent avoir des effets sur le système nerveux, sur le développement neurologique des enfants, par exemple. On en a d'autres qui peuvent être mauvais pour le fonctionnement du foie. Il y en a d'autres qui sont néfastes pour les reins, pour le système hormonal. Tout dépend de la dose, rappelle l’experte.

C’est justement la façon de déterminer à partir de quelle dose la présence d’un pesticide dans l’eau devient préoccupante qui fait l’objet d’approches différentes de part et d’autre de l’Atlantique.

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Des normes difficilement comparables

La norme visant le métolachlore, la molécule à l’origine du métolachlore-ESA, est fixée à 35 µg/L, soit une valeur 350 fois supérieure au seuil européen de 0,1µg/L.

Les deux valeurs n’ont cependant pas été établies selon la même approche. Au Canada, les seuils reposent sur une évaluation toxicologique pour chaque pesticide, tandis que la limite européenne répond à une logique réglementaire davantage axée sur la prévention.

L’édifice Marie-Guyart en hiver.

L’édifice Marie-Guyart, qui compte parmi ses occupants le ministère de l’Environnement, de la Lutte contre les changements climatiques, de la Faune et des Parcs. (Photo d'archives)

Photo : Radio-Canada / Guillaume Tremblay-Leclerc

Le ministère de l'Environnement soutient dans une réponse écrite que les deux valeurs ne sont donc pas comparables. Il n’a d’ailleurs pas voulu se prononcer sur l’étude de Vigilance OGM, estimant que les données actuelles ne montrent aucun enjeu de qualité de l'eau potable qui pourrait soulever des préoccupations pour la santé.

La norme québécoise de 35 µg/L a été établie en 2012 à la suite d'une recommandation des autorités de santé publique. Le Ministère affirme suivre l'évolution des connaissances scientifiques et indique que cette valeur pourrait éventuellement être revue.

Santé Canada a aussi refusé la demande d’entrevue de Radio-Canada. L’organisation indique toutefois par écrit qu’elle procède actuellement à une réévaluation du métolachlore et déterminera, au terme de cet exercice, si ses valeurs de référence doivent être mises à jour.

Selon l'organisme fédéral, l'évaluation la plus récente proposée tient autant compte du S-métolachlore que du métolachlore-ESA, et conclut que les risques liés à l'eau potable sont acceptables lorsque le pesticide est utilisé conformément aux conditions d'homologation proposées.

Un homme derrière un micro.

Thibault Rehn est le directeur général de Vigilance OGM. (Photo d'archives)

Photo : Radio-Canada / Hamza Abouelouafaa

Le principe de précaution utilisé dans l’Union européenne part du constat qu'il est impossible de mesurer la dangerosité de toute la somme des contaminants à laquelle nous sommes soumis dans l'eau et l'alimentation. En Europe, on fixe donc une limite basse à 0,1 µg/L pour prévenir les risques, soutient le directeur général de Vigilance OGM, Thibault Rehn.

Au Canada, les normes reposent sur des évaluations de Santé Canada, qui s'appuient largement sur des études fournies par l'industrie. Nous demandons que nos normes soient basées sur une science indépendante et transparente, revendique-t-il.

Pour le professeur de chimie environnementale à l'Université de Montréal, Sébastien Sauvé, l’écart entre les deux normes est aussi dû à l’influence de l'industrie agrochimique au Canada.

Sébastien Sauvé devant un cours d'eau.

Sébastien Sauvé est professeur en chimie environnementale à l’Université de Montréal. (Photo d'archives)

Photo : Radio-Canada / Brigitte Noël

Je ne suis pas convaincu que les données utilisées au Québec ou en Amérique du Nord soient vraiment basées sur la science, parce qu'elles reposent principalement sur des études fournies par l'industrie, qui n'ont pas été révisées par les pairs, affirme l’expert.

Des produits qui passent sous le radar

Une autre limite du suivi concerne les produits issus de la transformation des pesticides. Au Québec, le Règlement sur la qualité de l’eau potable oblige les municipalités de 5000 habitants et plus à faire tester leur eau quatre fois par an pour 16 pesticides spécifiques.

Or, les produits transformés du S-métolachlore, par exemple, n'en font pas partie, ce qui a été directement confirmé par le Ministère. Ce dernier indique évaluer la pertinence d'éventuelles mises à jour du cadre réglementaire, en fonction des recommandations de Santé Canada.

La devanture de l'édifice Brooke Claxton à Ottawa.

L'immeuble Brooke Claxton, à Ottawa, abrite les fonctionnaires qui travaillent à Santé Canada. (Photo d'archives)

Photo : Radio-Canada / Felix Desroches

Quand on applique un produit chimique dans l'environnement, il se dégrade, explique Thibault Rehn. En testant uniquement la molécule mère et pas ses métabolites, c'est comme si on jouait un peu à l'autruche en disant qu'il n'y en a pas dans l'eau potable, alors qu'il s'est simplement transformé en d'autres molécules qu’on ne voit pas.

Ce constat est appuyé par le professeur Sébastien Sauvé, dont le laboratoire a réalisé les analyses. Même s’il existe peu de littérature scientifique sur les effets précis du métolachlore-ESA sur l’humain ou l’environnement, l’expert estime que leur présence devrait, à tout le moins, être mesurée par les municipalités.

Vigilance OGM demande pour sa part au gouvernement d'imposer la prescription agronomique obligatoire pour le S-métolachlore, un outil déjà appliqué à d'autres molécules à risque, comme l’atrazine.

Depuis 1992, le gouvernement a déposé cinq plans politiques pour diminuer les pesticides et c'est un échec. L'initiative qui a réellement fonctionné, c'est la prescription agronomique obligatoire. En exigeant ce "mot du médecin" délivré par un agronome, les ventes d'atrazine ont chuté de 90 % au Québec. Pourquoi ne pas élargir cet outil qui a fait ses preuves au S-métolachlore?, demande Thibault Rehn.

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