Les dimanches sont de moins en moins sacrés en Belgique : « Une fois qu’on les aura perdus, ça nous manquera »

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Le dimanche n’a pas encore disparu. Ignace Glorieux tient d’ailleurs à le nuancer : « Pour le moment, Ce n’est pas si mal en Belgique. On a toujours le sentiment d’avoir un dimanche. »
Mais les frontières commencent à bouger. L’ouverture dominicale des commerces en est l’une des manifestations les plus visibles. Et le phénomène dépasse déjà les magasins : achats en ligne, banque ou démarches administratives peuvent désormais être effectués depuis son canapé.
Des tâches autrefois réservées à la semaine viennent ainsi progressivement remplir cette journée.
Pauline Grimaud parle d’une « désacralisation du dimanche », sans pour autant considérer qu’il est déjà devenu un jour comme les autres. Il reste associé au week-end et conserve donc une place particulière dans nos rythmes.
Mais nos possibilités se multiplient et, avec elles, les occasions de vivre cette journée différemment les uns des autres. Difficile pourtant de reprocher aux citoyens de profiter de cette flexibilité. Entre le travail, les enfants et des semaines chargées, faire ses courses le dimanche peut considérablement faciliter le quotidien.
Ignace Glorieux le reconnaît lui-même : il comprend cette demande de la part de familles qui courent déjà après le temps durant la semaine.
Derrière le consommateur, un travailleur
Ce confort implique néanmoins que d’autres soient disponibles au moment où nous le sommes.
« On oppose finalement ici la figure du travailleur et celle du consommateur », résume Pauline Grimaud. Pour que certains puissent profiter de leur dimanche pour faire leurs courses, aller au restaurant ou accéder à différents services, d’autres doivent travailler. Or, cette organisation n’est pas sans conséquence. Dans ses recherches auprès de salariés soumis à ces horaires, la sociologue a rencontré des travailleurs qui y trouvaient un intérêt, notamment financier, mais aussi d’autres pour lesquels le travail dominical pouvait peser jusque dans les choix professionnels. « Ce n’est pas rien d’être éloigné de ses enfants tous les dimanches », insiste-t-elle. Car récupérer son jour de congé un mardi ou un jeudi ne revient pas forcément au même. Les enfants sont à l’école, le conjoint travaille et les proches ne sont pas nécessairement disponibles. Les horaires atypiques participent ainsi à ce que Pauline Grimaud décrit comme une « désynchronisation des temps ». Les membres d’une même famille peuvent avoir du temps libre, sans pour autant l’avoir ensemble.
Quand tout le monde s’arrête en même temps
C’est justement ce caractère collectif qui fait, selon Ignace Glorieux, toute la particularité du dimanche. Pendant longtemps, les possibilités réduites ce jour-là forçaient en quelque sorte une grande partie de la société à ralentir au même moment. Avec, à la clé, du temps pour « dormir un peu plus longtemps, prendre un petit-déjeuner et parler, aller se promener, prendre un livre… »
Une contrainte qui pouvait finalement devenir une forme de liberté. Le sociologue fait le parallèle avec les vacances : si elles permettent de souffler, c’est aussi parce qu’une partie des obligations quotidiennes disparaît temporairement.
Le dimanche fonctionnait, à plus petite échelle, selon une logique similaire. Et c’est là que se dessine un paradoxe. Alors que le droit à la déconnexion prend de plus en plus de place dans notre rapport au travail, nous remplissons progressivement l’une des journées qui permettait justement de déconnecter collectivement. Ce que nous gagnons en liberté individuelle pourrait donc aussi nous faire perdre une partie de notre temps commun.
« Je suis pessimiste »
Le dimanche conserve aujourd’hui son identité et sa disparition n’est certainement pas pour demain.
Mais Ignace Glorieux s’interroge sur ce qu’il en restera à plus long terme. « Je suis un peu pessimiste », reconnaît-il. Ce qu’il redoute surtout, c’est que nous réalisions trop tard la valeur de cette pause commune : « Une fois qu’on les a perdus, on va les apprécier et on va dire : “Comme c’était agréable, ces moments collectifs.” Ça nous manquera. »
Car une fois les habitudes installées et les rythmes de chacun désynchronisés, revenir en arrière pourrait s’avérer compliqué.
À force de vouloir pouvoir tout faire le dimanche, nous pourrions donc finir par perdre ce qui faisait justement son intérêt : ne pas avoir à tout faire.
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