Vaccins contre Ebola Bundibugyo: les essais d'Oxford et de Moderna «donnent des raisons d’espérer»

Plus de 9 000 cas et plus de 4 300 morts en République démocratique du Congo : cinq mois après le début de l’épidémie, aucun vaccin n’est encore homologué contre Bundibugyo, le virus qui en est responsable. Deux candidats sont en cours d’essais. Une autre piste consiste à évaluer la protection d’un vaccin déjà utilisé contre Ebola Zaïre. Mais au-delà de la recherche, la confiance des populations sera décisive, souligne Emanuele Capobianco, directeur de la sécurité sanitaire mondiale à Gavi, l’Alliance du vaccin.
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RFI : Quelles sont les pistes les plus avancées pour développer un vaccin contre Bundibugyo ?
Emanuele Capobianco : Il n’existe actuellement aucun vaccin homologué spécifiquement contre ce virus. Mais plusieurs candidats sont en développement, ce qui donne des raisons d’espérer. Deux sont en tête : celui de l’université d’Oxford, développé avec des partenaires dont le Serum Institute of India, et celui de Moderna, qui utilise la technologie de l’ARN messager. Ils reposent sur des plateformes différentes, mais ciblent tous les deux le virus Bundibugyo.
Nous attendons en octobre les résultats de leurs essais de phase 1. Ils fourniront des données sur leur sécurité et leur capacité à stimuler le système immunitaire. Pour savoir lequel est le plus prometteur, il faut attendre ces données : je ne peux pas encore dire lequel est le plus prometteur.
Si les résultats sont positifs, des essais de phases 2 et 3 pourront commencer sur des populations plus larges. Ils dureront plusieurs mois et permettront d’évaluer leur efficacité. Si tout se passe bien, un déploiement pourrait intervenir au premier semestre 2027. Gavi a mobilisé 50 millions de dollars au début de l’épidémie pour soutenir la riposte, notamment l’accès aux vaccins. Nous investissons avant les résultats définitifs afin que des doses soient disponibles dès que leur efficacité sera démontrée et leur utilisation autorisée.
RFI : En attendant, le vaccin Ervebo, déjà disponible, pourrait-il contribuer à la riposte ?
Ervebo est homologué contre Ebola Zaïre. Il est sûr et très efficace contre ce virus, mais sa protection contre Bundibugyo n’est pas établie. Des données de laboratoire, chez l’animal et issues d’observations, suggèrent une possible protection croisée. Il faut maintenant déterminer, par des études cliniques, si cette protection existe réellement chez l’humain.
À la demande du gouvernement congolais, 70 000 doses ont été libérées en août depuis le stock mondial financé par Gavi. Une partie sert aux études. Des soignants sont également vaccinés dans le cadre d’un protocole de recherche : ils sont protégés contre Ebola Zaïre et leur suivi permettra d’étudier une éventuelle protection contre Bundibugyo.
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Le stock mondial contient environ 500 000 doses. Si l’efficacité contre Bundibugyo est démontrée, nous disposerons donc d’un outil qui pourrait être déployé rapidement. Mais la riposte ne peut pas attendre les vaccins. Des épidémies d’Ebola ont déjà été contenues sans vaccination ni traitement spécifique, grâce à la prévention des infections, à la surveillance et à la prise en charge précoce. Cette épidémie pourrait elle aussi être contenue avant l’arrivée des nouveaux vaccins. L’investissement resterait alors précieux pour les prochaines flambées.
[Précision de la rédaction : le 13 octobre, CEPI, la coalition internationale qui soutient le développement de vaccins contre les épidémies, a annoncé les derniers préparatifs de l’essai Tumaini en RDC. Sous réserve des autorisations nécessaires, il devrait commencer par évaluer Ervebo contre Bundibugyo. Les candidats d’Oxford et de Moderna pourraient ensuite être intégrés.]
Comment convaincre les populations, alors qu’un vaccin reçu lors d’une précédente épidémie ne protège pas forcément contre celle-ci ?
Il faut d’abord disposer d’un vaccin dont la sécurité et l’efficacité sont démontrées. Ensuite, les soignants sont des alliés essentiels : ils montrent l’exemple et expliquent l’utilité. Avoir des professionnels bien informés, qui font preuve d’empathie, est une première étape.
La radio et la télévision ont aussi un rôle à jouer. Mais les échanges directs sont très importants. Il faut s’appuyer sur les personnes respectées dans les communautés : les responsables religieux, les enseignants, les anciens. Ce ne sont pas nécessairement les responsables politiques.
Ces personnes de confiance jouent un rôle essentiel pour franchir ce que j’appelle la dernière distance : celle entre la seringue et le bras. Même lorsqu’on dispose du vaccin, son administration dépend de la confiance. Et la confiance est difficile à construire, facile à perdre.
Les nouveaux vaccins pourraient arriver après la fin de cette épidémie. Que peut-on néanmoins attendre de la recherche actuelle ?
Nous sommes engagés dans un marathon. Nous avons déjà parcouru plusieurs kilomètres en arrivant presque au terme des essais de phase 1. Les résultats pourront être utiles à l’épidémie actuelle, mais il faut aussi regarder plus loin.
Si nous obtenons un vaccin efficace contre Bundibugyo, nous pourrons constituer un stock mondial, comme Gavi l’a fait pour Ebola Zaïre. Nous disposerons alors de doses pour les prochaines épidémies, pas seulement en RDC, mais aussi dans d’autres pays.
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