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Friday, September 18, 2026

Plus de 160 000 immigrants pourront voter pour la première fois au Québec

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Un peu plus de 161 000 personnes originaires d'autres pays pourront voter pour la première fois aux élections québécoises du 5 octobre. C'est environ 50 % de plus que les 106 000 qui ont obtenu la citoyenneté canadienne entre les élections de 2018 et celles de 2022, selon les données d'Élections Québec. Rencontre avec des gens venus d'ailleurs fiers d'exercer leur droit de vote ici.

Je pense que c'est vraiment important de décider. C'est à nous, les gens, de décider, clame Paula Alvarez.

Cette femme de 70 ans ne rate pas une occasion de voter depuis qu'elle a quitté le Honduras pour s'établir au Québec dans les années 1980. Elle a obtenu le droit de vote en 1994 en devenant citoyenne canadienne. Je suis même déjà allée travailler une journée au bureau d'élections, j'avais la curiosité de voir cela, raconte-t-elle.

Mme Alvarez a un message pour les chefs de parti : Je leur dirais de toujours penser à nous, de ne pas penser vraiment à avoir un poste pour gagner l'argent ou pour favoriser ses amis.

Paula Alvarez participe régulièrement aux activités de l'Accueil aux immigrants de l'Est de Montréal (AEIM), dans l'arrondissement de Saint-Léonard. La conseillère en accueil, installation et intégration de l'organisme communautaire, Yisel Perez Acosta, observe une montée de l'intolérance envers les immigrants dans le discours public.

La crise du logement, les services de santé, les hôpitaux à pleine capacité, tout le monde pense que c'est les immigrants les coupables, mais ce ne sont pas les immigrants, c'est l'organisation des plans et stratégies pour l'immigration.

La conseillère d'origine cubaine constate depuis cette année l'impact des mesures annoncées en 2025 par le gouvernement de François Legault pour restreindre l'immigration au Québec, par exemple sur le plan de la recherche de logements.

Yisel Perez Acosta à son bureau de l'AEIM.

Yisel Perez Acosta, conseillère en accueil, installation et intégration à l'AEIM, l'Accueil aux immigrants de l'Est de Montréal

Photo : Radio-Canada / Benoît Chapdelaine

À l'époque, je me retrouvais chaque jour avec deux salles de classe pleines de personnes. Ça veut dire 50, 60 personnes qui cherchaient un appartement. Aujourd'hui, en 2026, je me retrouve avec une à cinq personnes à la recherche de logements, parce que ça a beaucoup diminué, beaucoup changé, observe-t-elle.

Yisel Perez Acosta plaide pour un meilleur équilibre dans les politiques d'immigration.

La réalité, c'est qu'il faut avoir une balance. Au Canada, on a besoin de l'immigration pour développer la main-d'œuvre, parce qu'il y a plusieurs postes qui ne sont pas comblés par des personnes canadiennes, parce qu'elles n'aiment pas ça, par exemple en agriculture. Il faut que ce soit pensé avec une stratégie pour avoir une balance. On a besoin de l'immigration, mais une immigration contrôlée, soutient-elle.

Le producteur Robert Beauregard devant des paniers de tomates au marché Jean-Talon.

Le producteur Robert Beauregard du Potager Mont-Rouge à Rougemont

Photo : Radio-Canada / Benoît Chapdelaine

Au marché Jean-Talon à Montréal, des employés du Potager Mont-Rouge trient minutieusement les tomates dans des paniers de bois. Le producteur de l'entreprise familiale de Rougemont, Robert Beauregard, précise qu'il s'agit principalement d'immigrants d'origine latino-américaine ou africaine.

Les Québécois de souche, ça ne cogne pas aux portes en file pour venir travailler avec nous. On a une vingtaine d'employés, dont peut-être trois Québécois.

Robert Beauregard souhaite continuer d'embaucher des travailleurs agricoles étrangers, mais il est bien plus préoccupé par la guerre des tarifs avec les États-Unis que par le débat sur l'immigration.

On cultive beaucoup de légumes pour l'exportation et ça fait deux ans que c'est tombé à zéro. Tout s'achemine sur le [marché] local et, quand il y a un petit peu de surabondance, les prix tombent à terre dans le temps de le dire. Ce n'est plus viable, affirme-t-il.

Loin des champs de tomates, une vingtaine de personnes nées dans d'autres pays – ou 18 % des effectifs – travaillent au siège social du Groupe pharmaceutique Duchesnay, spécialisé en médicaments pour la grossesse. Cette main-d'œuvre est un atout pour l'entreprise de Blainville, selon la vice-présidente aux ressources humaines, Caroline Guerru.

On exporte dans près de 50 pays, souligne-t-elle, donc c'est sûr que ce tissu-là issu de la diversité nous aide dans nos affaires. On place l'humain au cœur de nos façons de travailler. Et je pense qu'avec la diversité, ça nous permet d'être vraiment à l'écoute de perspectives différentes.

Daniela Montes est associée qualité et conformité dans l'entreprise. La citoyenne d'origine colombienne étudie actuellement en développement des médicaments à l'Université de Montréal.

Daniela Montes dans les bureaux du groupe Duchesnay.

Daniela Montes, arrivée de Colombie en 2007, est associée qualité et conformité au Groupe pharmaceutique Duchesnay à Blainville.

Photo : Radio-Canada / Benoît Chapdelaine

Je vois, dit-elle, qu'une grande partie de mes camarades de classe proviennent de différents pays. On le voit de plus en plus que les gens veulent être formés, veulent être intégrés à notre société.

La jeune employée souhaite que d'autres immigrants qualifiés entrent au service de l'entreprise et salue les efforts gouvernementaux pour la protection de la langue française, tout en reconnaissant l'importance de l'anglais dans les échanges commerciaux.

Avoir un pays bilingue fait notre force au niveau mondial. Il faut continuer à inciter les gens à parler français. Tout le monde parle anglais, mais le français, c'est un trésor, il faut continuer à préserver notre langue.

Elle a bien l'intention d'aller voter le 5 octobre. On a besoin d'être bien représentés, de comprendre les enjeux tant au niveau de l'immigration qu'au niveau économique ou de la santé. C'est super important d'aller voter, insiste-t-elle.

Belkacem Debbou debout devant des certificats d'approbation de médicaments.

Belkacem Debbou, superviseur de production pour le Groupe pharmaceutique Duchesnay à Blainville

Photo : Radio-Canada / Benoît Chapdelaine

Son collègue d'origine algérienne, Belkacem Debbou, vit au Québec depuis une vingtaine d'années. Participer au processus démocratique est un devoir pour lui, un devoir qu'il est fier de partager avec sa famille.

Voter pour moi, c'est un devoir de société, un devoir constitutionnel. J'ai deux enfants et, chaque fois qu'on va voter, mon épouse et moi, on les amène avec nous pour leur inculquer cela.

Le directeur de la Table de concertation des organismes au service des personnes réfugiées et immigrantes (TCRI), Stephan Reichhold, va lui-même pouvoir voter une première fois aux élections générales au Québec.

Le nouveau citoyen canadien d'origine allemande vit au Québec depuis le début des années 2000.

Stephan Reichhold répond à une question en entrevue.

Stephan Reichhold, directeur du TCRI

Photo : Radio-Canada / capture d'écran

Interrogé sur la place de l'immigration dans la campagne électorale, il dénonce les récents propos du chef conservateur, Eric Duhaime, au sujet des demandeurs d'asile qui abusent des services publics québécois.

J'espère que ça ne va pas inspirer les autres chefs de parti, dit-il. Cela a fait énormément de dégâts en 2018 et un peu à l'élection suivante.

Stephan Reichhold juge néanmoins le débat actuel sur l'immigration beaucoup plus sain que durant la campagne électorale de 2018, qui a permis à la Coalition avenir Québec d'accéder au pouvoir.

Il y a eu vraiment des discours anti-immigrants, il y avait cette histoire d'expulser les gens qui ne réussissent pas les tests des valeurs... M. Legault et son équipe parlaient d'expulser les gens qui ne veulent pas aller en région. Il y avait un discours assez radical de la CAQ. Ça s'est calmé un peu, surtout que Mme Fréchette est plus modérée sur ces questions-là.

Le Québec a accueilli l'an dernier 60 000 immigrants à titre de résidants permanents. La Coalition avenir Québec veut en accueillir 45 000 par année jusqu'en 2029 inclusivement.

Le Parti québécois fixe un seuil maximum de 35 000, deux fois moins que Québec solidaire avec 70 000 immigrants par an. Le Parti libéral vise entre 45 000 et 70 000 par année. Le Parti conservateur a précisé qu'il voulait surtout réduire l'immigration temporaire.

Les immigrants toujours fidèles au Parti libéral?

La professeure adjointe de science politique à l'Université de Montréal Evelyne Brie constate d'un sondage à l'autre que les personnes immigrantes, du moins les non-francophones, ont tendance à voter pour le Parti libéral, à Québec comme à Ottawa.

Elle remarque aussi que les autres partis courtisent très peu ou pas du tout leur vote, même si le chef libéral Charles Milliard a du mal à percer dans l'ensemble de l'électorat.

Il reste qu'il (Charles Milliard) est à 60 % encore chez les non-francophones. C'est certain que quand on regarde ça, on se dit : pourquoi est-ce que les partis essaieraient d'aller faire bouger ces votes-là qui sont extrêmement cristallisés?

Les libéraux pourraient bénéficier, à son avis, des changements démographiques qui poussent de nombreux immigrants à s'établir en périphérie de Montréal, comme à Laval ou à Brossard.

Evelyne Brie à l'Université de Montréal.

Evelyne Brie, professeure adjointe de science politique à l'Université de Montréal.

Photo : Radio-Canada / Evelyne Brie

Plus il y en a, dit-elle, plus ça augmente les chances de gagner l'élection. Il n'y a pas d'autres clivages comme cela en politique québécoise. S'il y a plus de personnes non francophones dans ces endroits-là, c'est certain qu'on s'attend à ce que ça bouge en faveur du Parti libéral.

Et pourquoi le Parti libéral? C'est le parti qui représente le plus clairement l'option fédéraliste au Québec. C'est un parti qui peut sembler cohérent avec le fait d'avoir nouvellement une identité canadienne qui peut être assez forte, répond-elle.

La tendance libérale se traduit souvent par des sièges à l'Assemblée nationale. Plusieurs députés libéraux sortants sont nés à l'étranger, comme Monsef Derraji (Maroc) et Frantz Benjamin (Haïti).

Les libéraux n'ont cependant pas le monopole des députés immigrants. Lionel Carmant, originaire d'Haïti, a notamment été élu avec la Coalition avenir Québec. Québec solidaire compte plusieurs députés sortants nés à l'étranger, dont la porte-parole d'origine libanaise, Ruba Ghazal.

Aucun député sortant du Parti québécois n'est originaire d'un autre pays, mais cela n'a pas toujours été le cas. L'ex-ministre des Affaires intergouvernementales Joseph Facal (Uruguay) avait été élu en 1994, tout comme l'ex-ministre de la Culture Maka Kotto (Cameroun) en 2008.

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