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Thursday, September 17, 2026

Six films à voir à l’occasion des Championnats du monde de cyclisme

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Le vélo a toujours fait bon ménage avec le cinéma. En 1934, l’immense affluence aux courses de six jours en Amérique du Nord, disputées notamment au Forum de Montréal, encourage le réalisateur Lloyd Bacon à tourner une comédie populaire autour de ce sport, 6 Day Bike Rider, mettant en vedette Joe E. Brown. Le cinéma a de quoi faire avec le vélo. Il y a le mouvement, bien sûr, la vitesse, les paysages qui défilent, mais aussi les corps, l’effort et tout l’imaginaire qui accompagne ce sport. À l’occasion des Championnats du monde de cyclisme disputés à Montréal, voici quelques films qui permettent de considérer le vélo autrement. Du Québec à Paris-Roubaix, de la fiction au documentaire, un rapide tour de piste en six films.

Les triplettes de Belleville — Sylvain Chomet, 2003

Ne serait-ce que pour rappeler que le vélo est aussi une formidable machine à produire de l’imaginaire, revoir Les triplettes de Belleville est un incontournable. L’histoire ? Un garçon mélancolique nommé Champion trouve sa vocation sur deux roues, s’entraîne jusqu’à l’épuisement et finit par prendre le départ du Tour de France. Les traits du personnage évoquent le grand Fausto Coppi. Qui sait d’ailleurs que le champion italien avait signé, en 1959, à l’initiative du promoteur québécois René Cyr, un contrat pour venir courir sur le circuit du mont Royal ? Sa mort prématurée, en janvier 1960, l’empêchera de jamais en gravir les flancs. Dans le film, tout déraille au milieu d’un univers magique porté par des scènes inspirées du music-hall. Derrière la fantaisie de génie signée Sylvain Chomet se cache une critique féroce de ce sport extrême fait de corps décharnés, de jambes hypertrophiées, de souffrances érigées en mode de vie, d’entraîneurs obsédés qui dressent leurs coureurs à devenir des machines. C’est sans doute le plus beau film d’animation consacré à la mythologie du cyclisme. Il est porté, de surcroît, par la formidable musique du Québécois Benoît Charest.

60 cycles — Jean-Claude Labrecque, 1965

Un chef-d’œuvre. Seize minutes seulement dans lesquelles Jean-Claude Labrecque suit, de loin, le onzième Tour cycliste du Saint-Laurent, disputé en 1964. Au menu : 12 jours de compétition, 2400 kilomètres, 13 pays représentés et le Québec comme immense décor. La course n’est pas relatée dans son détail. Loin de là. Qui gagne ? Peu importe. Labrecque fait du cyclisme un extraordinaire exercice de style, accompagné de Bernard Gosselin à la caméra et de Werner Nold au montage. La Cinémathèque québécoise a décrit à raison 60 cycles comme une sorte d’encyclopédie des techniques conjuguées de caméra. Il faut regarder les routes, les villages, les spectateurs, les couleurs, les plans à couper le souffle. Encore à ce jour, rares sont les films sportifs qui réussissent à se métamorphoser de la sorte en œuvres d’art. 60 cycles constitue aussi un document ethnographique sur le Québec des années 1960 autant qu’un film sportif. Il rappelle en plus que les grandes courses internationales sur nos routes ne datent pas d’hier. Le film, accessible gratuitement, se trouve sur le site de l’ONF.

Marinoni: The Fire in the Frame — Tony Girardin, 2015

Giuseppe Marinoni est arrivé d’Italie au Canada pour courir à vélo. Il y est resté pour en fabriquer. À la fin des années 1960, ce coureur cycliste brille dans presque toutes les compétitions amateurs au pays. Depuis 1974, son nom est synonyme de bicyclettes presque mythiques pour plusieurs générations de cyclistes québécois. L’impulsion qu’il donne à ce sport par son travail entraîne dans son sillage la création de toute une industrie du vélo au Québec. Le réalisateur Tony Girardin le retrouve à 75 ans, toujours artisan, toujours coureur et bien décidé à s’attaquer au record de l’heure sur piste dans sa catégorie d’âge. Giuseppe monte sur un vélo qu’il a lui-même construit près de 40 ans auparavant pour le champion canadien Jocelyn Lovell, devenu quadriplégique à la suite d’un accident tragique. Plusieurs champions défilent à l’écran, sans pourtant que le réalisateur se donne la peine de nous les présenter. C’est le cas de Francesco Moser, longtemps titulaire du record de l’heure sur piste. Le film, très inégal dans sa facture, est sauvé par le caractère passionné de son personnage central.

Breaking Away — Peter Yates, 1979

Comme la boxe, le vélo fut longtemps, même en Amérique du Nord, un instrument d’émancipation sociale et de construction de soi. À l’heure où les vélos de course peuvent coûter quasi le prix d’une auto, l’a-t-on un peu oublié ? Ce film a le mérite de bien le rappeler. Dave Stohler, fils d’ouvrier dans une petite ville de l’Indiana, est tellement fasciné par les coureurs italiens qu’il se met à parler avec un faux accent italien, écoute de l’opéra et se fait appeler « Enrico ». Le film raconte surtout la fracture entre les jeunes fils d’ouvriers de ce patelin et les étudiants privilégiés qui fréquentent l’université juste à côté. Le vélo devient pour Dave une façon de s’inventer une autre vie, avant de comprendre qu’il lui faudra finalement forger la sienne. Tout se joue à l’occasion d’une course, la Little 500, une véritable épreuve cycliste organisée depuis 1951 à l’Université de l’Indiana. C’est un des rares grands films de fiction où le cyclisme n’est pas simplement un décor, mais où le fait de pédaler constitue le moteur même du récit.

La petite reine — Alexis Durand-Brault, 2014

Difficile de parler de cyclisme québécois au cinéma sans passer par La petite reine. Laurence Lebœuf y incarne le personnage de Julie Arseneau, une championne cycliste prise dans l’engrenage du dopage et sous l’emprise de son entraîneur, joué par Patrice Robitaille. Le scénario s’inspire de l’histoire de la championne déchue Geneviève Jeanson, prodige du cyclisme féminin québécois dont la carrière s’est effondrée dans un retentissant scandale de dopage à l’EPO. Le film s’intéresse à la pression de performance, aux mensonges qui l’accompagnent, aux rapports de dépendance et de pouvoir. L’action se déroule en partie à Montréal, avant de conduire la coureuse jusqu’en Europe. Pour l’œil habitué aux vrais champions cyclistes, certaines scènes sont agaçantes. Le décalage entre la fiction et la réalité se laisse trop voir, un peu comme devant des acteurs que l’on tente de faire passer sans succès pour des musiciens à l’écran.

Un dimanche en enfer (A Sunday in Hell) — Jørgen Leth, 1976

S’il ne fallait regarder qu’un documentaire européen sur le cyclisme, ce serait celui-là. Le cinéaste danois Jørgen Leth s’attache à une épreuve mythique du cyclisme : Paris-Roubaix. Nous sommes en 1976. Eddy Merckx, Roger De Vlaeminck, Francesco Moser et plusieurs autres géants de l’époque sont au coude-à-coude. Mais ces légendes comptent à vrai dire presque moins que la course elle-même. C’est l’épreuve qui apparaît comme le véritable personnage de ce film. Voici les pavés, la poussière, les crevaisons, les soigneurs, les mécaniciens, les spectateurs massés au bord des routes. Pour parvenir à produire ce documentaire, le cinéaste avait parcouru à fond le trajet avant l’épreuve. Le jour de la course, ce ne sont pas moins de 27 cameramans qui sont déployés le long de la route. Le résultat est exceptionnel. Il montre admirablement ce que les retransmissions télévisées ont l’habitude d’oublier encore aujourd’hui : la longue procession de l’effort humain inscrit dans un territoire habité.

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