Le PQ dénonce une psychiatre au Collège des médecins pour des propos jugés hostiles
La direction du Parti québécois (PQ) et deux candidats ont déposé des plaintes au Collège des médecins contre une médecin spécialiste pour dénoncer ses propos critiquant le chef et la formation politique sur les réseaux sociaux. Au cours de la dernière année, au moins trois plaintes en déontologie — la troisième vient d’une personne se revendiquant de la profession — ont été déposées contre la psychiatre Marie-Ève Cotton en lien avec ses publications anti-PQ, ce que la principale intéressée qualifie de « tentative d’intimidation ». Aucune des plaintes n’a été retenue.
Déposée en décembre dernier, la plainte de la directrice générale du PQ, Génifère Legrand, se détaille sur 106 pages, y compris une annexe de 90 pages de captures d’écran des publications Facebook de la Dre Cotton. La plainte reproche notamment à cette dernière d’associer le chef du parti, Paul St-Pierre Plamondon, à Donald Trump, et les idées du PQ à celles de l’extrême droite.
« Ces publications arborent un ton accusatoire, polarisant et incompatible avec les standards élevés auxquels le public serait en droit d’attendre [sic] d’un membre du Collège des médecins », écrit Mme Legrand.
Selon elle, les publications de la psychiatre « excèdent les limites de la liberté d’expression » d’un professionnel, ce qui porte atteinte à la crédibilité et à l’image de la profession médicale, au sens de l’article 59.2 du Code des professions.
La directrice générale du PQ fait aussi valoir que les opinions de la Dre Cotton provoquent « une multitude de commentaires acerbes, agressifs et haineux » et que leur caractère répétitif ressemble davantage à une attaque personnelle « qu’à une opinion pouvant légitimement être exprimée de bonne foi », lit-on dans la plainte.
Cette demande d’enquête a toutefois été rejetée par le Collège des médecins, qui n’a identifié « aucun manquement d’ordre déontologique ». Portée en appel par Mme Legrand, cette demande a de nouveau été rejetée par le Comité de révision.
Plainte d’un couple de candidats
Une autre plainte — elle aussi rejetée deux fois — a été déposée conjointement par la comédienne Isabelle Blais, candidate du PQ dans Maskinongé, et son conjoint, Pierre-Luc Brillant, lui aussi comédien et candidat du même parti dans Rosemont.
Le couple de candidats péquistes dénonce les propos de Mme Cotton, qui réagissait sur Facebook à une publication initiale de la candidate dans Maskinongé. Dans sa plainte, il reproche à la psychiatre d’avoir porté atteinte à leur réputation, notamment en associant publiquement Isabelle Blais à la droite radicale et en écrivant que Pierre-Luc Brillant « ment éhontément ».
Réagissant à un texte relayé par la candidate Isabelle Blais, qu’elle disait associé à la théorie du « grand remplacement », Marie-Ève Cotton avait écrit : « Ça résulte dans la même haine, les mêmes Alexandre Bissonnette, la même détérioration de la cohésion sociale. » Cette intervention allait trop loin, estiment les deux candidats.
« Dre Cotton établit des associations indirectes, mais lourdes de sens entre les positions qu’elle nous impute et des idéologies violentes liées à des crimes haineux majeurs commis au Québec », écrivent-ils.
Ils reprochent aussi à la médecin d’avoir qualifié leurs échanges de « festival de la maladie mentale », ce qui, pour une psychiatre identifiée comme telle, constitue selon eux « un abus d’autorité professionnelle ».
Le Parti québécois confirme que sa directrice générale a déposé une plainte déontologique contre la Dre Cotton car cette dernière s’en serait pris au parti, à son chef et même à sa famille « à plus d’une centaine de reprises et sur une base constante », a-t-on précisé au Devoir. Le PQ se dissocie toutefois de la plainte d’Isabelle Blais et de Pierre-Luc Brillant, indiquant qu’ils ne commenteraient pas.
Le Devoir a pu consulter une troisième plainte faite par une personne collègue de la Dre Cotton et dont le nom a été caviardé. Cette personne se dit mal à l’aise avec une publication dans laquelle la psychiatre laisse notamment entendre que Paul St-Pierre Plamondon serait « trop fragile et manque trop d’humilité pour être un chef d’État ».
« Je m’inquiète que de tels propos, provenant d’une psychiatre connue, puissent nuire à la crédibilité de notre profession et créer l’impression qu’un diagnostic ou une évaluation clinique est posé dans l’espace public à des fins de débat politique », lit-on dans la plainte.
La plainte a aussi été rejetée, notamment parce que ces critiques à l’endroit du chef péquiste avaient été faites sur la page Facebook personnelle de la Dre Cotton et non dans le cadre de sa pratique, précise la décision du syndic.
Un « style acerbe »
Habituée des médias, Marie-Ève Cotton, qui multiplie les prises de position sur ses réseaux sociaux, reconnaît qu’elle peut être polarisante. « Je peux avoir un style acerbe mais c’est toujours documenté par des faits », affirme-t-elle. Elle se défend d’être « diagnostiquante » à l’endroit du Parti québécois en particulier. « J’ai écrit sur des agresseurs sexuels, sur les charlatans en santé mentale, sur la couverture médiatique du génocide [palestinien] et je n’ai jamais eu de plaintes. »
À l’inverse, chaque publication faite sur le Parti québécois lui donne des maux de tête, souligne-t-elle. « Je dois me réserver une bonne heure après pour modérer les commentaires haineux que je reçois. »
Dans sa carrière, la Dre Cotton dit n’avoir jamais reçu de plaintes en lien direct avec sa pratique. « Recevoir une plainte d’une directrice générale d’un parti politique, ça me fait peur », dit-elle. « Si [le PQ] prend le pouvoir, est-ce qu’il va s’essayer de me faire perdre ma job ? »
Dans son guide « Le médecin, la publicité et les déclarations publiques », le Collège est clair : les déclarations sur les réseaux sociaux doivent notamment être rigoureuses, modérées et professionnelles. « Je suis d’accord d’être surveillée pour être conforme aux normes de la pratique », dit Mme Cotton. Mais un ordre professionnel doit protéger le public. « Il n’est pas là pour protéger les ambitions professionnelles de “PSPP”, et il n’est pas là pour museler les médecins », ajoute-t-elle.
Le Collège des médecins ne commente pas les plaintes pour des raisons de confidentialité.
Des plaintes comme armes politiques ?
Selon Patrick White, professeur à l’école des médias, s’en prendre aux ordres professionnels est une stratégie de plus à la disposition des partis pour tenter de faire taire les critiques. « C’est extrêmement problématique dans une société démocratique. Ça ressemble à des tactiques d’intimidation pour faire taire des voix », dit-il. « Je ne sais pas si c’est un pattern d’un parti en particulier mais c’est inquiétant pour la suite des choses. S’il y a une plainte au Collège des médecins, il faut que ce soit sur le plan médical et non sur le plan idéologique. »
Pour M. White, dans l’éventualité d’un vote sur l’indépendance du Québec, il est important de protéger la liberté d’expression et de favoriser l’expression « d’une diversité de voix ».
En matière de liberté d’expression, le chef du Parti québécois, Paul St-Pierre Plamondon, a eu à défendre à maintes reprises ces dernières semaines les propos controversés tenus par son candidat François Gariépy, qui travaillait à Radio X avant de se lancer. En plus d’avoir employé le terme péjoratif « Squaw » pour désigner des femmes autochtones, le candidat dans Côte-de-Beaupré-Charlevoix a publié il y a 15 ans des billets de blogue dans Urbania contenant des expressions vulgaires et provocatrices. « Vous connaissez mes positions sur la liberté d’expression et la cancellation. Jamais je n’ai accepté qu’on “cancelle” un candidat ou une candidate parce qu’il a été journaliste pour Urbania », avait déclaré le chef péquiste. « C’est un travail de journaliste qui ne justifie absolument pas la cancellation de quelqu’un dans sa volonté de participer à la vie démocratique. »
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