Les robots se heurtent à la réalité : trop chers pour remplacer l’humain

Capables d’assurer un tiers des heures travaillées aux États-Unis, les robots ne sont rentables que sur trois tâches sur mille. Une étude chiffre l’écart entre la démonstration technique et la feuille de paie, et il se compte en décennies.
L’étude publiée le 30 septembre par Anthropic s’attaque au travail physique, l’angle mort des débats sur l’IA. Elle passe au crible environ 19 000 tâches réparties sur 900 métiers, à partir de la base O*NET du département du Travail américain, qui décrit chaque profession geste par geste. Son verdict tient en deux chiffres. Les robots actuels savent exécuter 74 % des tâches physiques du pays, soit 34 % de l’ensemble des heures travaillées. Face au coût d’un salarié, ils ne sont pourtant compétitifs que sur 0,3 % du travail.
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Tout faire, mais à quel prix
La plonge est réalisable à 100 % par les machines d’aujourd’hui, à condition de leur offrir une cuisine équipée en conséquence. Le robot plongeur revient pourtant à plus de trois fois le salaire de l’employé qu’il remplacerait. Un robot soudeur coûte environ cinq fois plus cher qu’un soudeur. L’emballage fait figure d’exception rentable, à environ 45 400 dollars par an pour la machine contre 49 000 dollars de salaire médian humain.
Pour chaque tâche, les auteurs ont fait chercher par Claude, le modèle maison, un robot du commerce capable de l’exécuter, puis l’environnement que ce robot exige. Sur les 34 points d’heures travaillées à portée des machines, 23 supposent un cadre pensé pour elles, celui de la chaîne d’assemblage. L’usine s’adapte à la machine, l’inverse attendra.
Quarante ans au rythme actuel
Le prix des robots baisse d’environ 3 % par an depuis les années 1990. À ce rythme, il faudrait une quarantaine d’années pour que 10 % du travail physique américain devienne moins cher à automatiser qu’à salarier. Le scénario de référence de l’étude repousse même la moitié de ce travail au-delà de 2085. Le calcul suppose que la baisse des prix garde son allure des trois dernières décennies, sans rupture technologique ni production de masse pour l’accélérer.
Le chiffre global impressionne pourtant : 81 % du travail américain se trouve exposé aux grands modèles de langage ou aux robots, dont les 34 % à portée des machines. Exposé signifie réalisable quelque part, dans au moins un environnement favorable, et le plus souvent à un tarif qui disqualifie la machine. Dans ce total, les modèles de langage pèsent d’ailleurs davantage que les bras mécaniques.
Neuf des dix métiers les plus exposés relèvent de la conduite, chauffeurs de taxi en tête. À l’autre bout, infirmiers et techniciens de maintenance ressortent parmi les mieux protégés : même dans un cadre taillé pour elles, les machines n’exécutent qu’une faible part de leurs gestes. Les plombiers tenaient le même rôle face aux grands modèles de langage. Pour les métiers manuels, la question devient une affaire de prix : le robot capable existe souvent déjà, le robot moins cher qu’un salaire se fait attendre. Quarante ans, au bas mot, pour une poignée de pourcents. D’ici là, la vague d’automatisation qui compte se joue sur les écrans, pas dans les ateliers.
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