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Thursday, October 22, 2026

Jean-Paul Riopelle a son musée

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Cinq ans après l’avoir annoncé, le Musée national des beaux-arts du Québec (MNBAQ) tient sa promesse : l’Espace Riopelle (ou pavillon Michael Audain, du nom de son principal mécène) ouvre ses portes dans les délais prévus. Et dans le faste attendu afin de célébrer Jean-Paul Riopelle (1923-2002). Comme il sera répété sans doute souvent, le MNBAQ possède la plus grande collection d’œuvres du maître de l’Isle-aux-Grues.

L’imposant projet architectural en est un, aussi, d’acquisition. Michael Audain a donné au musée 45 œuvres, dont 37 de Riopelle, auxquelles il faut ajouter les neuf offertes par un autre philanthrope déjà lié au MNBAQ, Pierre Lassonde. Tous les Riopelle du demi-millier désormais dans l’établissement des plaines d’Abraham ne sont pas exposés, mais on en trouve un peu partout y compris en plein air.

L’Espace Riopelle enferme trois aires d’exposition, dont la principale est vouée à une rétrospective de l’artiste. Tout y est, pratiquement : peintures, sculptures, œuvres sur papier, grands et petits formats, d’un tableau de jeunesse (Hibou premier, 1939–1941) aux oies qui l’ont obsédé au crépuscule de sa vie. « C’est une exposition de référence, corrige André Gilbert, le commissaire maison. Une rétrospective ne dure que quelques mois. Là, on travaille sur du long terme. »

En sept thèmes (mosaïques, nordicité, bestiaire…), L’expression du geste offre un tour étonnamment complet, vaguement chronologique et rythmé, sans trop de documents ni de citations. La voix de l’artiste, tirée d’une entrevue de 1968 à Radio-Canada, résonne néanmoins à la grandeur de l’exposition, sans lui nuire. Autre sage idée : les portraits du peintre demeurent discrets, aux côtés des introductions thématiques.

Les œuvres sont vraiment à l’honneur, bien que parfois elles se gênent. Les grands formats du début du parcours, où le geste est entièrement libre et spontané, auraient mérité davantage d’espace. Problème de riches : le formidable Espagne (1951) côtoie deux œuvres, une jadis chez Lassonde, une jadis chez Audain.

Les tableaux de la section « L’effet mosaïque » bénéficient de meilleures dispositions. Un corridor en propose plusieurs en une succession d’expériences similaires et jamais identiques. L’œil plonge dans des paysages sans horizon, nés de touches de peinture écrasée au couteau.

Des prêts d’œuvres de trois à cinq ans complètent le panorama. À mi-parcours, La rencontre des formes d’art matérialise cette idée en juxtaposant des pièces du MNBAQ (dont des lithographies et un triptyque de la série Jeux de ficelle), des sculptures en terre cuite, une autre en plâtre (et avec cordes) et un rare exemple d’émail sur pierre.

« L’idée est de montrer qu’on n’est pas seuls à s’intéresser à Riopelle, on ne peut pas faire ça seuls », concède André Gilbert, qui salue ses « partenaires », musées, particuliers, la famille Riopelle et la galerie Simon Blais.

Un choix étonnant, audacieux, mais discutable, ouvre « L’appel du nord ». Pangnirtung (1977), de la série fétiche des Icebergs, se confond avec sa version vidéo créée par les 7 Doigts de la main. La projection fonctionne presque en contradiction, comme une sorte d’ombre qui submerge le tableau, plutôt que d’en prolonger l’expérience.

Cette section en noir et blanc mène néanmoins en cohérence vers la dernière, consacrée aux oies. Avec ses figures au pochoir et de vibrantes couleurs, Riopelle fait ses ultimes saluts à la nature.

La nouveauté : Rosa Luxemburg

La faune et la flore sont au cœur de L’Hommage à Rosa Luxemburg (1992) que son auteur, endeuillé, a réalisé à la mémoire de la peintre Joan Mitchell. Souvent étiqueté de chef-d’œuvre, cet ensemble figuratif imbibé de métaphores (à la liberté, à l’amour, à la vie, à la mort) a droit à sa propre salle.

Sa relocalisation, c’est la grande nouveauté, le bijou. Sorti du sous-sol où il avait atterri il y a dix ans, le triptyque de 40 mètres de long a gagné en splendeur. Il est littéralement mis en lumière et élevé sur un trône au dernier étage, doté d’une vue sur le fleuve.

La nouvelle disposition repose sur une scénographie audacieuse et discutable elle aussi, mais réussie. Jamais, L’Hommage à Rosa Luxemburg avait pris une forme circulaire, livrée ici avec une légère courbature des toiles. Les Nymphéas de Claude Monet, du Musée de l’Orangerie à Paris, a servi de modèle.

Si l’intégralité de l’œuvre est désormais visible en un coup d’œil, comme le dit le MNBAQ, il est surtout possible de l’observer de près, sans vitre. La touche énergique ne pouvait être mieux servie.

Riopelle et les autres

La troisième nouvelle salle d’exposition, au rez-de-chaussée, est dédiée à des présentations temporaires, liées à Riopelle. La première réunit une dizaine d’œuvres du maître dans une sorte de laboratoire scientifique mené avec l’Université Laval. L’objectif est de recueillir les impressions du public et de créer une cartographie d’émotions.

« C’est une salle conçue pour l’art contemporain, ça peut être en lien avec Riopelle. Ça reste à définir », confie André Gilbert. Il croit que, « pour donner une postérité à un artiste décédé », le musée devrait s’inspirer de la Fondation Guido Molinari, à Montréal, qui travaille avec des artistes d’aujourd’hui.

Ralenti par la construction de son quatrième pavillon – la dernière manifestation entièrement maison remonte à l’hiver 2025 –, le MNBAQ a quand même déjà revu et réorganisé sa collection d’art moderne, située non pas dans l’Espace Riopelle, mais dans le bâtiment voisin. L’exposition Revendiquer met l’accent sur les automatistes, y compris Riopelle, et sur une scénographie tranchant la salle entre ce groupe et les artistes figuratifs.

L’extérieur du bâtiment, lui, n’inclut pas que des bronzes de Riopelle, mais aussi la sculpture commandée à Fiona Annis, lauréate du concours du 1 % – le programme d’intégration à l’architecture. En quatre groupes réalisés avec différents matériaux coulés en bronze, dont des écorces de bouleau, À la rencontre des sources rend aussi hommage à la nordicité et invite à sauter dans l’imaginaire.

La célébration de Riopelle, conçue autour de son centenaire de naissance, prend fin avec cette architecture. Si sa figure doit servir d’exemple, il est temps que les musées, à Québec et ailleurs, honorent avec faste des artistes avant leurs décès. Sur les dix dernières années de prix Borduas, un seul (Evergon) a eu droit à sa rétrospective. Pourquoi ?

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