Le régime miracle d’Éric Duhaime

Dans le cadre de la campagne électorale, La Presse a convié les chefs des cinq principaux partis à une table éditoriale pour discuter de leurs engagements politiques et de leur vision du Québec. Tous ont accepté notre invitation, sauf Éric Duhaime, qui a annulé la rencontre prévue avec notre équipe. Nous présentons quand même un éditorial sur son parti.
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Si volubile derrière un micro, Éric Duhaime a refusé de s’asseoir à la table éditoriale de La Presse, en personne ou en virtuel. Il est regrettable qu’un ancien animateur de radio ne veuille pas répondre aux questions des journalistes.
Dans une démocratie en santé, le dialogue a bien meilleur goût.
Malgré tout, il est important de se pencher sur la vision du Parti conservateur du Québec (PCQ), qui s’est hissé au troisième rang dans les sondages.
Le parti pourrait se retrouver avec une quinzaine de députés, alors que les distorsions de notre mode de scrutin l’avaient laissé à la porte de l’Assemblée nationale aux dernières élections.
Porté par le vent de droite qui souffle sur la planète, le PCQ a prouvé qu’il est plus qu’une mode passagère alimentée par les récriminations d’une frange de la population opposée aux mesures sanitaires durant la pandémie.
Mais ses candidats – masculins à 73 %, ce qui est beaucoup trop loin de la parité – n’ont pas aidé Éric Duhaime à faire oublier le terreau complotiste qui a nourri les racines du PCQ.
L’une a déjà qualifié la vaccination obligatoire de « génocidaire » tandis qu’un autre insinuait que les provaccins méritaient « l’euthanasie ». Il y a aussi celui qui s’est prononcé en faveur de l’annexion du Québec aux États-Unis, ou l’autre qui parlait de rouvrir le débat sur l’avortement et de s’en prendre aux LGBTQ+…
Ça va être beau au salon Bleu !
Éric Duhaime, lui, met de l’avant une vision libertarienne du Québec. Il veut réduire la taille de l’État, sabrer les impôts, introduire davantage de privé, y compris en santé.
Cette philosophie est légitime. Mais elle représente une rupture majeure avec l’héritage de la Révolution tranquille. Le hic, c’est qu’Éric Duhaime laisse croire à la population que rien ne changera.
C’est un libertarien qui s’assume seulement à moitié. Un politicien qui présente juste son côté « givré », sachant que l’autre fera grimacer les Québécois.
Le cadre financier conservateur table sur une croissance des dépenses de portefeuille de 0,7 % par année, pendant quatre ans. Quand on sait que l’inflation est de 3,1 % au Québec, c’est plus qu’une diète, c’est un jeûne !
Cette croissance est nettement en dessous de celle prévue par les autres partis. Elle est aussi très loin de l’hypothèse du rapport préélectoral (2,2 %) qui a déjà faire dire à la vérificatrice générale, Christine Roy, que l’État risquait d’avoir à réduire les services à la population.
Si Éric Duhaime était sérieux, il dirait clairement aux électeurs comment il entend revoir le panier de services, au lieu de faire croire que son austérité n’aura aucune conséquence.
Les régimes miracles qui promettent de faire perdre du poids sans effort, on sait ce que ça donne !
Mais Éric Duhaime essaie de se faire rassurant.
Prenez en santé. Le PCQ assure vouloir respecter le principe d’universalité, malgré un plus grand recours au privé. Les patients y seraient dirigés pour des soins essentiels, lorsque les délais sont trop longs, sans avoir à payer de leur poche.
Or, sa plateforme veut aussi ouvrir la voie aux assurances privées pour des soins déjà couverts par le public, ce qui est actuellement interdit, sauf pour certaines opérations précises.
Un tel changement accélérerait la médecine à deux vitesses, où les mieux nantis paieraient avec leur carte de crédit dans le privé et les autres avec leur carte soleil dans le public.
Personne ne sera gagnant si on crée un réseau parallèle qui cannibalise les ressources du public et fait grimper les coûts, tant pour l’État que pour le patient qui doit payer toutes sortes de frais.
Une étude récente commandée par le Collège des médecins arrive à la conclusion que le secteur privé ne semble pas plus efficace que le public. En revanche, son développement risque de miner l’accessibilité et l’équité du système de santé.
Au bout du compte, c’est un grand bouleversement que les conservateurs proposent.
Sur papier, ça « balance ». Éric Duhaime pense même dégager un surplus bien plus élevé que tous les autres partis d’ici la fin du mandat. N’est-ce pas merveilleux ?
Mais les comptes publics ne sont pas un conte de fées.
Dans la vraie vie, les juteuses baisses d’impôt promises par le PCQ aux particuliers et aux entreprises pourraient nous mettre encore plus dans le trou.
C’est que les mesures prévues pour les financer risquent d’être politiquement difficiles à réaliser. Pensez à l’abolition de crédits d’impôt qui feront crier les contribuables visés, à la taxe sur l’essence qu’il sera difficile de remettre en place après la pause promise, à l’opération dégraissage de l’État qui ne peut pas se faire à coups de hache…
Le PCQ a eu le mérite de braquer les projecteurs sur la paperasse inutile, la lourdeur du fardeau réglementaire et l’embauche immodérée de fonctionnaires. Tous les partis qui aspirent au pouvoir s’en sont inspirés pour leur plateforme.
Mais celle d’Éric Duhaime est tirée par les cheveux. C’est facile de multiplier les promesses spectaculaires quand on sait qu’on ne sera pas premier ministre. Mais ça ne favorise pas un débat sain.
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