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Saturday, October 31, 2026

Soraya Martinez Ferrada et le défi de piloter le paquebot montréalais

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Les attentes étaient énormes. La mairesse de Montréal, Soraya Martinez Ferrada, débordait d’ambition lors de son élection à l’Hôtel de Ville, il y a près d’un an, le 2 novembre 2025. Lutte contre l’itinérance, construction de logements abordables, amélioration du sentiment de sécurité dans le métro, grand ménage dans les finances et la bureaucratie : la nouvelle administration a entrepris un virage vers « l’efficacité » des services aux citoyens. Mais les résultats se font attendre.

Soraya Martinez Ferrada a prévenu dans les dernières semaines que les changements promis nécessitent du temps. La mairesse affirme avoir jeté les bases d’une amélioration des services aux Montréalais à meilleur coût pour les contribuables. La nouvelle administration a toutefois constaté que la machine municipale, avec ses 28 000 employés, est un immense paquebot qui ne se retourne pas en claquant des doigts.

Casse-tête budgétaire à l’horizon

La mairesse avait promis de limiter les hausses de taxes à l’inflation. Cette semaine, elle ne pouvait plus s’y engager. Les budgets des 19 arrondissements pour l’année 2027, dévoilés dans les derniers jours, ont donné le ton : les augmentations de taxes foncières s’élèvent en moyenne à 8,75 %. Près du triple de la hausse du coût de la vie.

Soraya Martinez Ferrada a prévenu lundi que la préparation du budget 2027 de la Ville est un exercice douloureux. « Ma préoccupation est celle d’avoir une ville qui fonctionne. Cet été, nous avons failli manquer d’eau potable. J’ai été élue pour faire des choix difficiles et je suis très consciente que le budget qui s’en vient va être difficile. On a des choix à faire pour maintenir et rénover nos infrastructures, pas juste pour aujourd’hui, mais pour les prochaines décennies. »

Les ententes récentes conclues avec les syndicats, dont celui des cols bleus, rétrécissent la marge de manœuvre financière de la Ville, qui semblait déjà mince. L’élimination planifiée de 1000 postes en quatre ans, par attrition, donnera-t-elle assez d’oxygène à la machine municipale pour équilibrer le budget ?

La crise de l’itinérance a pris de l’ampleur

Dans l’air glacial du parc Morgan, à deux pas du campement de la rue Notre-Dame, la mairesse de Montréal pleurait à chaudes larmes en rencontrant les médias, le jeudi 26 mars dernier. Elle venait d’apprendre le décès de deux hommes hébergés en refuge dans les dernières 24 heures. « Ce n’est pas normal qu’on perde des gens en situation d’itinérance quand on a les moyens de les sauver », a-t-elle lancé.

Depuis, les raisons de pleurer se sont multipliées. D’autres personnes itinérantes ont perdu la vie à Montréal dans la dernière année (il n’existe pas de décompte officiel). La lutte contre l’itinérance était — et reste — pourtant la priorité de la mairesse. « Elle a suivi les recommandations des experts pour lutter contre l’itinérance », souligne Carolyne Grimard, professeure à l’École de travail social de l’Université de Montréal.

L’administration Martinez Ferrada a décrété un moratoire sur le démantèlement de campements. Elle offre de l’accompagnement psychosocial aux campeurs. Elle a créé un protocole pour encadrer la cohabitation entre les sans-abri et le voisinage. Quelque 3000 places en halte-chaleur seront offertes durant l’hiver qui cogne à nos portes. Malgré cette bonne volonté, plus de 200 tentes ont poussé le long de la rue Notre-Dame.

Carolyne Grimard souhaite que le nouveau premier ministre, Paul St-Pierre Plamondon, qui a fait de la lutte contre l’itinérance une « affaire personnelle » — et qui est député dans l’est de Montréal —, travaille de concert avec la Ville pour sortir les gens de la rue. « Les villes, y compris Montréal, ne peuvent y arriver seules. » L’aide d’urgence de 28 millions de dollars, annoncée la semaine dernière, confirme cette volonté commune de résoudre la crise.

Le défi de l’habitation

Soraya Martinez Ferrada avait déjà le Règlement pour une métropole mixte (RMM) dans sa mire lorsqu’elle a fait campagne pour la mairie. Connu sous le nom de « 20-20-20 », ce règlement instauré par l’administration précédente imposait aux promoteurs immobiliers l’inclusion de logements sociaux et abordables dans leurs projets. La nouvelle mairesse n’a pas mis de temps à joindre le geste à la parole. Dès janvier, elle a proposé des assouplissements dans l’application du RMM, mais le nouveau règlement, lui, se fait toujours attendre.

On se doutait que, compte tenu de son ampleur, la crise du logement n’allait pas se régler en un claquement de doigts. Des projets cheminent, notamment dans les secteurs Namur-Hippodrome, Bridge-Bonaventure et dans le Quartier Molson, mais la route est parfois cahoteuse. Récemment, l’administration a mis sur pause un projet de 375 logements, dont 20 % hors marché, afin de prendre du recul dans la planification du site du Triangle.

Tributaire des subventions gouvernementales pour la réalisation de logements sociaux, la Ville n’est pas dans une position facile. « Il y a un lobby assez fort de promoteurs qui ne se gênent pas pour dire que si ça ne fait pas leur affaire, ils vont aller ailleurs », souligne Louis Gaudreau, professeur à l’École de travail social de l’UQAM. Reste à voir si l’arrivée au pouvoir du gouvernement péquiste, qui a promis 20 000 logements sociaux en quatre ans, facilitera la tâche de la mairesse.

Ensemble Montréal comptait aussi agir sur la question des Airbnb afin de permettre aux citoyens de mettre en location leur résidence principale pour un maximum de 90 jours par année, peu importe à quel moment. Le plan de la Ville tarde toutefois à se concrétiser.

Sécurité et propreté

La mairesse avait promis de doter les policiers de caméras portatives. C’est finalement en août dernier qu’elle a précisé le projet et un appel d’offres a été lancé pour équiper 3500 policiers de caméras portatives et environ 600 véhicules de patrouille de caméras véhiculaires. Le déploiement sera progressif, sur quelques années.

La sécurité dans le métro continue de soulever des inquiétudes. Après que la politique anti-flânage eut été renouvelée pour un an, la mairesse et la STM ont récemment annoncé l’embauche de 53 constables spéciaux supplémentaires et différentes autres mesures, comme l’ajout d’intervenants sociaux dans le métro.

Le dossier de la propreté a aussi donné du fil à retordre à la mairesse. La discipline dans la gestion de leurs déchets n’est pas la principale vertu des Montréalais. Au printemps, la mairesse a même dû demander aux citoyens de sortir leur balai pour faire leur part.

La ville de vélo mise au neutre

En campagne électorale à l’automne 2025, le futur numéro deux à l’Hôtel de Ville, Claude Pinard, avait suggéré qu’Ensemble Montréal mettrait sur pause le développement du réseau cyclable pour une période de 12 à 18 mois. Le parti avait démenti l’affirmation du candidat, mais, dans les faits, l’administration Martinez Ferrada semble bel et bien avoir freiné le développement du réseau cyclable.

La mairesse n’a pas sorti de marteau-piqueur pour démanteler des pistes cyclables, mais la vision vélo du parti au pouvoir à l’Hôtel de Ville reste à déterminer. Les fameux « audits » de quatre pistes cyclables et l’analyse d’une série d’autres liens pour vélo sont toujours en cours.

L’équipe au pouvoir a complété durant l’été certains tronçons de piste qui avaient été lancés par l’administration de Valérie Plante, comme celui sur la rue Hochelaga. Mais le prolongement de plusieurs segments a été annulé, pour éviter de sacrifier des cases de stationnement ou pour répondre aux craintes de commerçants.

Le budget 2027 de la Ville, dont le dépôt est prévu à la fin du mois de novembre, donnera l’heure juste sur la volonté — ou non — de poursuivre le développement des 1000 kilomètres de voies cyclables de la ville de vélo par excellence en Amérique du Nord.

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