La mairesse de Montréal rêve de mettre fin à la polarisation autour des pistes cyclables
La mairesse de Montréal, Soraya Martinez Ferrada, se défend d’avoir fait de l’ingérence auprès de la fonction publique municipale en réclamant des modifications à un sondage sur la place du vélo dans la métropole au mois de juin dernier. Elle espère mettre fin à la polarisation à propos des pistes cyclables d’ici la fin de son mandat, dans trois ans, en tenant compte de l’avis de « tous les usagers de la route », et non seulement des cyclistes, pour planifier la mobilité.
En entrevue avec Le Devoir dans son bureau à l’hôtel de ville, la mairesse est revenue sur sa première année mouvementée au pouvoir. Elle a rappelé que la crise de l’itinérance et du logement restait sa priorité et s’est dite « optimiste » du fait que le premier ministre, Paul St-Pierre Plamondon, fraîchement élu dans une circonscription de l’est de l’île, partage ses préoccupations.
L’élue de 54 ans est apparue à l’aise dans son bureau aux larges fenêtres qui laissent entrer la lumière du jour. Elle avait troqué ses traditionnelles chaussures de sport pour des talons hauts en prévision de son souper protocolaire avec le premier ministre du Canada, Mark Carney, et ses invités de l’Union européenne réunis à Montréal.
Élue en promettant une vaste analyse du réseau cyclable, Mme Martinez Ferrada a dû justifier l’intervention de son cabinet dans la consultation de l’été dernier sur la place du vélo en ville, une manœuvre qui a créé un malaise au sein de la fonction publique, a rapporté Le Devoir jeudi.
« Ce que je déplore là-dedans, c’est que l’appareil municipal a conçu un sondage qui ne prenait pas en compte tous les usagers », dit-elle. « J’ai pris une position comme mairesse de parler à tous les Montréalais, à tous les usagers de la route : cyclistes, piétons, automobilistes, camionneurs, commerçants. Et quand on fait un sondage, on ne peut pas sonder juste un type d’usager. »
La mairesse a précisé qu’elle faisait confiance au personnel municipal pour aménager une ville pour tous les citoyens. À terme, elle rêve de mettre un terme à cette polarisation autour du vélo. « J’espère vraiment que, dans ce mandat, je serai la mairesse qui va faire qu’on va arrêter la polarisation [autour] des pistes cyclables. [Les pistes cyclables], c’est bon pour la ville. Mais faisons-le bien pour tout le monde. »
Il faut dire qu’en campagne électorale, la cheffe d’Ensemble Montréal a courtisé le vote des automobilistes avec sa promesse de mener un audit du réseau cyclable afin de s’assurer que les pistes sont « sécuritaires ». Cette analyse de quatre pistes n’a pas encore été rendue publique, mais la mairesse assure qu’elle ne procédera à aucun démantèlement.
L’itinérance au sommet des priorités
Après un an aux commandes de la Ville, Soraya Martinez Ferrada garde toujours les questions de l’itinérance, du logement et du financement des infrastructures au sommet de ses priorités.
La semaine dernière, le nouveau premier ministre du Québec a annoncé que son gouvernement débloquait 28 millions de dollars en aide d’urgence pour la lutte contre l’itinérance, dont 18 millions destinés à Montréal. Cette mesure a peut-être des allures de bandage appliqué sur une hémorragie, mais pour la mairesse, il s’agit d’une embellie prometteuse. Les campements d’itinérants se sont bel et bien multipliés, mais au moins, l’aide gouvernementale permettra de concrétiser le plan consistant à offrir 3000 places en haltes-chaleur cet hiver. Et il faudra bientôt engager des discussions sur la question du logement, étroitement liée à celle de l’itinérance.
« Je suis assez optimiste, parce qu’on est dans un gouvernement minoritaire qui va vouloir bouger vite. Il y a un alignement d’une administration municipale qui, elle aussi, est prête à aller rapidement, puis veut faire beaucoup de projets », explique la mairesse.
Le plus complexe reste à venir, soit d’offrir des logements adaptés à la diversité de la population itinérante. La mairesse n’a pas le loisir d’attendre. En campagne électorale, elle avait promis que, d’ici la fin de son mandat, il n’y aurait plus de campements à Montréal. Cet objectif est-il encore réaliste ? « Oui, absolument. Je pense que c’est possible. Les solutions sont réelles. On a plusieurs modèles sur lesquels on travaille activement. »
Elle évoque les 54 logements de transition pour femmes sur l’avenue Elmhurst, dans Notre-Dame-de-Grâce. Elle cite aussi les logements modulaires et les terrains municipaux qui sont proposés aux organismes à but non lucratif.
Prioriser l’est de l’île
Montréal déposera son budget à la fin du mois de novembre. Dans les dernières semaines, la mairesse a prévenu que les hausses de taxes seraient difficiles à maintenir sous l’inflation. La désuétude des infrastructures représente un boulet pour la Ville, qui aura besoin de Québec. La mairesse souhaite que 75 % des investissements soient réservés au maintien des actifs, comme les infrastructures d’eau et les routes, et 25 % à la construction de nouveaux projets.
Quand il est question d’investissements, la mairesse évoque aussitôt l’est de Montréal. Elle raconte sa rencontre du comité exécutif de la Communauté métropolitaine de Montréal, tôt jeudi matin. Le maire de Deux-Montagnes lui a raconté avec fierté être arrivé à Montréal en 25 minutes par le Réseau express métropolitain (REM). « Moi, ça m’a pris 1 h 40 ce matin. Je pars de l’est », relate-t-elle avec une pointe de dépit.
Elle en a déjà parlé : l’est a besoin d’un REM. Sur ce point, elle ne devrait pas avoir trop de mal à s’entendre avec Paul St-Pierre Plamondon, qui avait aussi plaidé en faveur d’un REM pour l’est de Montréal pendant la campagne électorale.
Mais il faudra aussi se pencher sur le cas de la rue Notre-Dame, avance la mairesse. Elle soutient que son administration travaille sur un projet. « Ça fait 40 ans qu’on parle de la rue Notre-Dame. Je pense qu’on doit revenir à l’idée d’un grand boulevard urbain. Il faut ramener ça à quelque chose de réaliste et de pragmatique, qui va assurer de la mobilité avec le transport collectif et la piste cyclable », dit-elle.
La mairesse souhaite que le bureau de projets soit réactivé, mais que, cette fois, la Ville soit autour de la table.
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