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Tuesday, October 27, 2026

Allégations de racisme : y a-t-il un manque d’encadrement des recrues chez le SPVM?

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Lorsqu'une équipe de 16 policiers du poste de quartier 39 de Montréal-Nord a été démantelée en juin dernier à la suite d'allégations de racisme, le directeur du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM), Fady Dagher, avait souligné que bon nombre des agents impliqués dans la controverse comptaient moins de cinq ans d'expérience au sein des forces de l'ordre.

Des données obtenues cette semaine par CBC News à l'aide d'une demande d'accès à l'information viennent confirmer cette information : si les policiers affectés aux patrouilles de proximité avaient en moyenne 4,2 années d'expérience en 2026, ils en comptaient plutôt 7,1 en 2021.

Le SPVM indique que cette baisse d'années d'expérience n'est pas propre au poste de quartier 39. Elle s'inscrirait plutôt dans une évolution démographique à l'échelle de la ville provoquée par une vague de départs à la retraite.

Dans une déclaration transmise à CBC News, le SPVM précise avoir procédé au renouvellement de 35 % de ses effectifs en embauchant 1000 nouvelles recrues dans les trois dernières années.

Les données obtenues reflètent cette opération de recrutement : la répartition démographique montre que l'ancienneté moyenne globale au sein du poste de quartier 39 est passée de 10,6 ans en 2021 à 8,5 ans en 2026.

Une affectation avec un roulement élevé

Malgré ce retour du balancier, le SPVM assure que ses jeunes agents sont encadrés par des agents chevronnés à leur entrée en poste.

Les recrues suivent un programme d’intégration de 15 semaines au cours duquel elles sont accompagnées par des agents formés pour les guider pendant leurs premiers mois de service, précise le communiqué.

Ce dernier clarifie également que des superviseurs se rendent régulièrement sur le terrain avec leurs agents de patrouille, en particulier lors d’interventions majeures nécessitant qu’un commandant des opérations prenne les rênes.

Mais les agents les plus expérimentés ne sont pas toujours au fait des réalités quotidiennes des patrouilles de rue, selon Victor Armony, professeur de sociologie à l'Université du Québec à Montréal.

Alain Babineau, ancien sergent de la Gendarmerie royale du Canada, opine dans le même sens. Selon lui, les policiers souhaitent habituellement passer à autre chose après avoir exercé des fonctions de patrouille.

Le travail de terrain est le plus difficile dans la police. C'est un travail ingrat et dangereux, a déclaré M. Babineau, qui est aujourd'hui responsable des questions de profilage racial au sein de l'association Coalition Rouge.

Vous devriez exercer cette fonction pendant trois ou cinq ans, puis passer à autre chose, car c'est très éprouvant pour l'individu.

Vu le roulement important dans cette affectation, une très bonne supervision est d'une importance capitale, croit M. Babineau.

Le professeur Victor Armony, lui, est catégorique : c'est l'absence d'encadrement par des vétérans qui a permis à des dérapages de se produire en toute impunité au poste de quartier 39.

Si vous disposez d’une bonne structure organisationnelle, les pommes pourries seront repérées plus rapidement que si vous les laissez aller dans leur coin, a-t-il déclaré en entrevue avec CBC News.

Les agents affectés à ce poste avaient, entre autres, collectionné des bouts de tresses rastas (communément appelés dreadlocks), coupées sur la tête de personnes interpellées.

C’est incroyable qu’ils aient pu rester là aussi longtemps à faire ce qu’ils auraient fait, sans que personne ne s’en aperçoive, insiste M. Armony.

Puisque les agents avec le plus d'ancienneté ont priorité dans le choix de leurs affectations, plusieurs d'entre eux font le choix de ne pas patrouiller dans des quartiers plus exigeants, comme celui de Montréal-Nord, fait remarquer Minh-Tri Truong, un commandant du SPVM à la retraite.

Lorsqu'on dispose d'un officier plus expérimenté, ce genre de situations risque peut-être moins de se produire, avance-t-il.

Des manifestants, pancartes à la main.

Environ 200 manifestants se sont réunis le 24 octobre 2026 à Montréal pour dénoncer, notamment, l’impunité policière dans la foulée de la médiatisation du cas d’un agent du Service de police de la Ville de Montréal qui a uriné sur des personnes sans domicile fixe.

Photo : Radio-Canada / Alexandra Fortin

Le SPVM attend les résultats d'enquêtes

Le SPVM conteste l'idée selon laquelle ses vétérans évitent des postes de quartiers jugés plus difficiles. Dans son communiqué, il décrit le poste de quartier 39 comme une affectation prisée, soulignant que lorsqu'un appel à volontaires a été lancé en juin pour remplacer l'unité dissoute, un grand nombre de candidatures avait été reçu.

Interrogé à savoir si un manque de supervision sur le terrain avait permis à une culture toxique de s'installer, le SPVM a répondu qu'il était trop tôt pour tirer des conclusions.

Les enquêtes sont en cours, il semble donc prématuré de se prononcer sur cette question, a déclaré le SPVM, ajoutant que les résultats nous diront s'il y a eu un manque de supervision.

En 2023, le SPVM a lancé Immersion MTL, un programme qui impose aux recrues de passer quatre semaines dans une communauté, sans uniforme ni arme.

Au total, 747 agents ont suivi cette formation à ce jour. Les retours ont été positifs et ont aidé les recrues à comprendre les réalités de la ville, indique le communiqué.

Le SPVM s'est retrouvé au cœur d'une nouvelle controverse ce mois-ci, lorsqu'un de ses agents a uriné sur des itinérants alors qu'il était en uniforme. Ce dernier avait été embauché il y a moins de trois ans et a été suspendu depuis.

D'après le reportage de Benjamin Shingler (nouvelle fenêtre), CBC News

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