"En Belgique, 95% de nos habitats naturels sont dégradés", la COP 17 doit déboucher sur des actions concrètes plaide le WWF

Il existe en réalité trois COP (Conférences des Parties) : l’une sur la désertification, une autre (la plus connue) sur le climat, et la troisième sur la biodiversité. Ces trois sommets portent sur trois piliers environnementaux. C’est la biodiversité, ou plutôt son déclin, qui occupera les deux semaines qui viennent à Erevan (du 19 au 30 octobre). Les représentants de 200 pays sont arrivés ce lundi en Arménie pour la 17e édition de la COP Biodiversité, orchestrée par l’ONU.
Mais le Premier ministre arménien, Nikol Pachinian, a d’emblée donné le ton : "Nous devons admettre en toute honnêteté que, collectivement, nous ne sommes pas encore sur la bonne voie". Le constat est implacable : extinction d’espèces, récifs coralliens moribonds, déforestation, pollution des océans. António Guterres, le secrétaire général des Nations Unies a lancé cet avertissement : "Le rapport qui est publié aujourd’hui mesure les objectifs atteints pour protéger la biodiversité. Moins de la moitié des objectifs nationaux en matière de biodiversité sont en bonne voie et au rythme actuel, seuls 26% des écosystèmes terrestres et 12% des écosystèmes marins seraient protégés d’ici 2030".
Mais derrière ça, il y a des causes sous-jacentes qui sont liées à nos modes de vie
Il y a quatre ans, à Montréal, 200 pays signaient un accord historique pour inverser la perte de biodiversité. Les engagements étaient clairs et ambitieux. Il s’agissait d’avancer sur 23 points précis à l’horizon 2030. Il reste donc encore quatre ans. Laurence Drèze, chargée de politique biodiversité au sein de WWF, rappelle que ce pacte visait à protéger au moins 30% des terres et des mers, à restaurer au moins 30% des écosystèmes, à financer la restauration de la biodiversité, à transformer les secteurs qui sont la cause sous-jacente du déclin des écosystèmes terrestres et marins.
La COP 17 fait donc le bilan à mi-chemin et malheureusement les stratégies nationales qui ont traduit ce cadre mondial sont insuffisantes, souligne Laurence Drèze : "La COP, ici, elle doit servir de plateforme pour que les pays rehaussent leurs ambitions, renforcent la mise en œuvre nationale de ces objectifs, et s’attaquent aussi aux causes directes, et indirecte de la perte de biodiversité. Les causes directes, c’est la perte d’habitat, la surexploitation des ressources. Mais derrière ça, il y a des causes sous-jacentes qui sont liées à nos modes de vie. Là, c’est par exemple notre alimentation, le recours aux énergies fossiles qui entraînent le réchauffement climatique, qui a aussi un impact sur la biodiversité, ou la manière dont nos finances fonctionnent, des finances qui alimentent des activités qui sont nuisibles pour la biodiversité par exemple".
Comme les autres pays, la Belgique a traduit les objectifs du pacte mondial de 2022 dans une stratégie nationale pour la biodiversité mais, indique Laurence Drèze, "elle reste en retard sur leur mise en œuvre concrète, en particulier pour la restauration de la nature : 95% de nos habitats naturels sont dégradés". L’objectif des 30% de terres et mers protégées à l’horizon 2030 est aussi défaillant : "en Belgique on a environ 15% des terres qui sont protégées". La spécialiste de la biodiversité insiste aussi sur le financement : "la Belgique doit encore publier un inventaire des subsides néfastes pour la biodiversité et faire un plan d’action pour justement rediriger ces subsides vers des activités qui seraient bénéfiques pour la biodiversité. Tout ça est prévu par la stratégie, mais on attend encore des résultats concrets". Il est question ici de subsides aux énergies fossiles, certaines aides à l’agriculture, qui entraînent des activités néfastes pour la biodiversité.
La biodiversité, c’est vraiment un tissu du vivant qui nous rend toute une série de services aux humains dont on dépend
En 2020, le Secrétaire général de l’ONU, António Guterres évoquait "une guerre suicidaire" de l’humanité contre la nature qui réagit et "répond par des ouragans, des incendies et de graves sécheresses dans diverses régions du monde". Laurence Drèze rappelle en effet que "la biodiversité c’est ce qui nous fournit de la nourriture, de l’eau, de l’air pur, à travers la pollinisation, par exemple, qui permet d’avoir toute une série de fruits et de légumes […] la biodiversité est la source de médicaments, comme l’aspirine ou la pénicilline". Et de conclure : "La biodiversité, c’est vraiment un tissu du vivant qui nous rend toute une série de services aux humains dont on dépend".
Laurence Drèze rappelle l’un des constats du récent Rapport Planète vivante du WWF : "il montre que malheureusement on a un déclin des populations animales vertébrées de 73%", en raison de la perte de leurs habitats, de la surexploitation et du changement climatique. Et pourtant, signale cette spécialiste, les efforts de conservation, certaines actions ciblées, ont des résultats probants. C’est le cas, précise le rapport pour des populations de tortues vertes, de tigres, de thons rouges et d’éléphants d’Afrique australe.
Mais pour cela, conclut-elle, "il faut bien sûr une mise en œuvre". Le président du WWF International, Adil Najam, présent en Arménie ne disait pas autre chose vendredi : "Le monde n’a pas besoin d’une nouvelle vision […] Ce dont il a besoin, c’est d’actions concrètes".
KioskNews shows a cleaned-up reading view extracted from the publisher’s page — the original always lives on their site, not ours.