La Région bruxelloise veut lutter contre le masculinisme chez les jeunes

"J’ai besoin d’une femme qui est à la maison, qui peut s’occuper des enfants. Qu’est-ce que j’en ai à foutre que tu sois businesswoman ?". "Déjà t’as 36 ans, t’es pratiquement périmée". "Etre une femme à la base, c’est moins bien qu’être un homme."
Ces propos sont ceux d’Alex Hitchens, l’une des têtes de gondoles françaises du masculinisme, ultra-présente sur les réseaux sociaux et notamment Tiktok (650.000 abonnés). Il n’est pas le seul à tenir des discours visant à revaloriser, selon lui, la place de l’homme dans la société face à celle, de plus en plus grande, prise par la femme. Il y a aussi "La Menace", toujours en France, ou encore Andrew Tate et Clavicular, côté anglo-saxon.
Des figures dont les discours en ligne teintés de machisme et sexisme peuvent séduire. Trois quarts des jeunes francophones en Belgique disent d’ailleurs avoir entendu parler du masculinisme et un sur dix dit y adhérer, selon une étude menée par l’ASBL Forum des jeunes. De quoi pousser le politique à réagir. En Région bruxelloise, la Commission Egalité des chances et Droits des femmes a adopté ce mardi une proposition de résolution tendant à lutter contre le masculinisme.
Former les policiers
"Il faut lutter contre le masculinisme à tous les niveaux de pouvoir et Bruxelles doit pouvoir prendre sa part", souligne la députée PS Leila Agic, qui a rédigé la proposition de résolution cosignée par d’autres députés de la majorité régionale issus du MR, des Engagés, d'Anders, de Groen et de Vooruit. "Bruxelles peut prendre sa part, notamment en formant les acteurs de terrain, celles et ceux qui sont au plus près des jeunes au quotidien, qui parfois se retrouvent face à des jeunes qui tiennent des propos qui viennent de ces contenus masculinistes. Les acteurs n’ont pas forcément les outils pour pouvoir répondre à ces idées, à cette manipulation de la manosphère. Pour nous, il est aussi important de former nos administrations, nos écoles, nos policiers et les cellules EVA, ces cellules qui accueillent les victimes de violences sexistes, afin de pouvoir décrypter ce phénomène quand des victimes viennent porter plainte."
La résolution (amendée par Ecolo) propose aussi de charger Safe.brussels, l’administration bruxelloise de la sécurité et de la prévention de mener une étude sur les conséquences du masculinisme en région bruxelloise. "Ce phénomène est sous-estimé de manière générale en Belgique. Les politiques ont parfois un temps de retard pour agir, surtout sur des questions qui débutent sur les réseaux sociaux, comme c’est le cas aujourd’hui avec le masculinisme. Et donc c’est important pour nous de prendre cette question à bras-le-corps et d’agir concrètement sur le terrain sur ces questions", appuie Leila Agic qui rappelle qu’ailleurs dans le monde, notamment en France, des attentats masculinistes visant des femmes ont été déjoués. "C’est un enjeu démocratique et de sécurité."
On l’a dit : le texte de base a également été porté par le MR. "Cette question dépasse l’aspect idéologique. C’est quelque chose qui concerne tout le monde", nous fait remarquer Kristela Bytyçi, députée bruxelloise MR.
"Lorsqu’une jeune fille hésite à écrire en ligne par peur d’être insultée, lorsqu’une adolescente découvre son visage plaqué sur un corps nu fabriqué par une intelligence artificielle (NDLR : deepnudes) et diffusée dans sa classe via des réseaux sociaux toujours plus présents, lorsqu’une femme est ciblée parce qu’elle s’exprime dans l’espace public, ce n’est jamais une simple attaque individuelle, c’est une tentative de restreindre la liberté des femmes, cette liberté d’exister, de s’exprimer et de participer pleinement à la vie de notre société", a d’ailleurs développé l’élue en commission. "Le masculinisme n’est pas un débat d’idées abstrait, c’est une idéologie qui présente l’égalité entre les hommes et les femmes durement gagnée jusqu’ici comme une menace."
Des logiques bien rodées
Le Forum des Jeunes qui avait, à la demande de la Commission Jeunesse du Parlement de la Fédération Wallonie-Bruxelles, sondé plus de 2000 jeunes dans le cadre de son étude, se réjouit que le politique agisse. "Nous pensons que des actions concrètes doivent être mises en place", commente Louise Lebichot, secrétaire générale du Forum des jeunes. "Après, il faut que les discussions au sein des parlements puissent se faire, mais aussi que les actions de manière concrète puissent être mises en place sur le terrain. Ce qu’on demande, c’est évidemment des moyens pour pouvoir aussi soutenir les structures de terrain qui travaillent déjà sur ces thématiques-là et qui sont déjà au contact des jeunes."
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