Et si la clé pour ralentir Alzheimer se trouvait dans votre intestin ?

De plus en plus d'études confirment qu'il existe un lien fort entre le microbiote intestinal - cette communauté de micro-organismes bénéfiques vivant dans notre intestin - et la maladie d’Alzheimer.
Des chercheurs européens avaient par exemple montré
- qu'en transférant des selles de personnes souffrant de la maladie vers l'intestin des rats en bonne santé, il est possible de déclencher l'apparition de symptômes, notamment des perturbations de la mémoire spatiale ;
- une autre étude que la modification du microbiote de souris modèles de la maladie d'Alzheimer entraîne la modulation, au niveau des neurones, des plaques amyloïdes et de l'accumulation de protéines tau, des signes caractéristiques de la maladie ;
- une autre encore que certains déséquilibres du microbiote intestinal sont des marqueurs très précoces de la maladie.
Le saviez-vous ?
Deux types de modifications des neurones sont observés dans le cerveau des malades touchés par la maladie d’Alzheimer :
- le dépôt, entre les neurones, de « plaques amyloïdes », des agrégats composés de protéines bêta-amyloïde ;
- l’accumulation, à l’intérieur des neurones, de protéines Tau sous forme de fibres (on parle de dégénérescence neurofibrillaire).
Comment le microbiote agit sur le cerveau ?
Aujourd'hui, une équipe de chercheurs de Chicago apporte une nouvelle pierre à l'édifice. Dans une précédente étude, ceux-ci étaient parvenus à démontrer que le microbiote intestinal pouvait atténuer la dégénérescence des astrocytes - des cellules impliquées dans de nombreux troubles neurologiques, notamment la maladie d'Alzheimer - et diminuer le dépôt de plaques amyloïdes. Dans cette nouvelle étude, ils ont cherché à savoir par quelles voies le microbiote pouvait exercer cet effet.
L’intestin serait notre « second cerveau ». Pourquoi ?
L’intestin est une bien curieuse machine qui alimente le corps en énergie car, bien que relié au système nerveux central, il fonctionne de manière autonome grâce à son propre réseau de neurones, et sans l'aval du cerveau. Mais son rôle ne se limite pas à la simple digestion : depuis les années 1990, il est surnommé « second cerveau ». Voici pourquoi…... Lire la suite
Dans leur article, publié dans le Journal of Clinical Investigation, ils expliquent comment ils sont parvenus à identifier un composé sécrété spécifiquement par les bactéries du microbiote et qui contribuerait à diminuer certaines manifestations de la maladie d'Alzheimer.
Un composé issu de la fermentation des fibres alimentaires
Les scientifiques ont travaillé avec des souris atteintes de la maladie d'Alzheimer auxquelles ils ont administré des antibiotiques, un traitement connu pour modifier le microbiome intestinal. Ils ont constaté que les rongeurs traités présentaient, dans leur sang, une augmentation du taux de « propionate », un métabolite issu de la fermentation des fibres alimentaires par les bactéries du côlon. Ce composé de la famille des acides gras à chaîne courte (AGCC) est connu pour jouer un rôle crucial en diminuant l'inflammation cérébrale et l'accumulation de plaques amyloïdes, deux caractéristiques clés de la maladie d'Alzheimer.
Des chercheurs découvrent un lien étonnant entre intestin et mémoire chez les plus de 60 ans
Une récente étude menée sur des jumeaux de plus de 60 ans révèle que la consommation quotidienne de prébiotiques pourrait améliorer significativement la mémoire visuelle et l'apprentissage. Ces résultats sont particulièrement prometteurs car les tests utilisés servent également à détecter les signes précoces de la maladie d'Alzheimer. La recherche ouvre de nouvelles perspectives sur le lien entre notre intestin et notre cerveau vieillissant.... Lire la suite
Pour prouver que le propionate peut avoir des effets bénéfiques sur le cerveau des souris Alzheimer, les auteurs les ont abreuvées d'eau additionnée de propionate et démontré que celles qui avaient les taux sanguins de propionate les plus élevés présentaient bien une réduction de l'inflammation et une diminution des plaques amyloïdes, ainsi qu'une baisse du taux d'interleukine-17 (IL-17), un messager pro-inflammatoire. De manière surprenante, cet effet était présent chez les mâles, mais pas chez les femelles.
Les chercheurs ont utilisé des antibiotiques pour moduler le microbiote et favoriser la sécrétion de propionate par les bactéries intestinales. © KMPZZZ, Adobe Stock
De nouvelles pistes thérapeutiques en perspective
« Nous pensons que les antibiotiques modifiaient la composition du microbiote intestinal et augmentaient spécifiquement la bactérie Akkermansia [une bactérie du microbiote], qui produit du propionate, explique Robert Vassar, l'auteur principal de l'étude. Les souris traitées avec du propionate dans leur eau potable présentaient moins d'astrocytose réactive [altération de la forme et de la fonction des astrocytes, des cellules neuronales impliquées dans la maladie d'Alzheimer] et de plaques amyloïdes. Ces résultats suggèrent que l'augmentation des niveaux de propionate, que ce soit par l'alimentation, les probiotiques ou les médicaments, pourrait contribuer à ralentir la progression de la maladie d'Alzheimer. »
Une nouvelle étude, publiée dans la revue JAMA Network Open, révèle que les personnes âgées qui ont une alimentation anti-inflammatoire ont un risque réduit de développer une démence, notamment la maladie d’Alzheimer.... Lire la suite
Ces résultats sont très prometteurs, mais ils doivent encore être confirmés par des études de plus grande ampleur. Il s'agira pour les chercheurs d'une part de comprendre comment les hormones sexuelles féminines influencent le microbiote et la réponse aux antibiotiques, d'autre part, d'étudier précisément le rôle de l'IL-17.
Rappelons que la maladie d'Alzheimer est un problème majeur de santé publique. Elle toucherait 900 000 personnes en France. C'est la forme la plus courante de démence. Sa fréquence devrait augmenter avec le vieillissement de la population. Actuellement, aucun traitement n'existe pour la prévenir et la soigner.
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