ESPN DeportesPumas deja escapar dos goles de ventaja y Cruz Azul rescata el empatePunchWhy I embraced legal practice after 34 years in police — Ex-DIG MbaESPNFalcons QB Penix (rib) exits loss late, doesn't expect injury to be long termThe Jerusalem PostNetanyahu's election strategy may hinge on 55 seats, rather than a 61-seat majority - analysisRTP DesportoI Liga. Águias somam e seguem na LuzInquirerP817M unexplained wealth report did not include Sara Duterte’s recordsZDF heuteEntdecken Sie das ZDF-NachrichtenstudioRTL BoulevardApps en sites van Albert Heijn, Etos en Gall & Gall uit de lucht na 'IT-incident'The Sydney Morning HeraldLike every millennial, Powderfinger’s comeback is my kinda scene경향신문하이트진로·기린, 20년 동행 결실 “아시아 최초 라이선스 국내 생산”CNN بالعربيةأول تعليق و"اعتذار" من ساويرس بشأن هجوم الحوثيين على مطار الرياضVanguardDollar to Naira exchange rate today, October 12, 2026
The Daily Newsstand · Free, Always
Monday, October 12, 2026

Au Giec, le cadeau empoisonné du pétrole malaisien à une co-présidente

Translate

Selon les informations de RFI, la co-présidente malaisienne du stratégique groupe III de l’instance scientifique de référence sur le climat a reçu une récompense d’un fonds d'entreprises pétrolières. Nouvelle illustration, après la mise en cause d’auteurs travaillant aux intérêts saoudiens, de la difficulté du Giec à gérer ses conflits d’intérêts. Les représentants des gouvernements du monde entier sont réunis cette semaine en Éthiopie pour accélérer la rédaction du 7e rapport, dont la date de publication cristallise les tensions.

« Crever l’abcès. » Les termes prononcés, sous anonymat, par un ancien membre du bureau exécutif du Groupe intergouvernemental d’experts sur l’évolution du climat (Giec) sont courts. Mais ils en disent long sur la lancinante question des conflits d’intérêts dans le grand cénacle du climat. « Si on ne fait rien, ça risque de s'aggraver. Donc pourquoi ne pas aller jusqu'au bout et entreprendre un nettoyage sérieux de la plaie ? Le Giec doit comprendre qu'il faut changer des choses », exhorte-t-il.

Dans le si stratégique groupe III de l’organisation, 225 scientifiques se penchent sur les solutions pour baisser les émissions mondiales, sujet éminemment politique, en vue du 7e rapport de synthèse commencé en 2023.

En son sein, un manifeste mélange des genres a été révélé mi-septembre par un consortium de médias européens (dont L’Humanité et The Guardian). Onze auteurs du prochain rapport travaillent pour les intérêts pétroliers saoudiens, soit directement pour son entreprise et premier pétrolier mondial Saudi Aramco, soit via des centres de recherche ou fonds d'investissement. Le royaume du Golfe est un acteur historiquement bloquant dans la lutte contre le changement climatique. Pourtant, conflits d’intérêts et jeux d’influence en général dépassent le seul cas emblématique de la monarchie pétrolière.

Un prix « environnement et santé de la planète » créé par des pétroliers 

Joy Jacqueline Pereira est une géologue malaisienne, directrice de recherches à l’Université nationale de son pays et experte de la prévention des catastrophes naturelles. Elle préside le Réseau asiatique sur la technologie et la science climatiques (ANCST) ainsi que le Réseau malaisien de recherche sur le climat, l'environnement et le développement (MyCLIMATE). Elle a également œuvré à la mise en place des stratégies climatiques et environnementales de l'État, qu’elle a conseillé dans des négociations internationales.

Impliquée dans le Giec depuis une dizaine d’années, elle est élue à la co-présidence du groupe III en juillet 2023 – au-dessus donc des sept vice-président(es), des auteurs principaux, auteurs et éditeurs-réviseurs du groupe.

Un an après, le 28 août 2024, le Merdeka Award Trust lui décerne son prix dans la catégorie « environnement et santé de la planète » pour avoir « su naviguer efficacement entre science et politique grâce à des travaux de recherche approfondis sur le changement climatique et pour avoir favorisé les collaborations internationales visant à protéger l'environnement et les communautés ».

La scientifique malaisienne Joy Jacqueline Pereira, co-présidente du groupe III du Giec, lors de la cérémonie de remise de prix du Merdeka Award Trust, le 28 août 2024, à Kuala Lumpur.
La scientifique malaisienne Joy Jacqueline Pereira, co-présidente du groupe III du Giec, lors de la cérémonie de remise de prix du Merdeka Award Trust, le 28 août 2024, à Kuala Lumpur. © Capture d'écran YouTube/Merdeka Award

Ce fonds malaisien a été créé en 2007 par trois grandes entreprises pétrolières : l’anglo-néerlandaise Shell, la malaisienne Petronas, et l’américaine Exxon Mobil (retirée en 2021). Elles se partagent le gros du marché malaisien des hydrocarbures, piliers économiques de l'État. Shell est l’une des cinq majors mondiales, responsable d’1,1 milliard de tonnes de CO2 en 2025 tout en engrangeant un bénéfice de près de 18 milliards de dollars. Elle est poursuivie en justice dans plusieurs affaires à travers le monde. Engluée dans le pétrole du Nigeria, qu’elle exploite au prix de décennies de pollution gigantesque dont elle refuse de payer le coût, elle est désormais accusée d’avoir laissé les pompes ouvertes en sachant que les tuyaux étaient percés.

Lors de la cérémonie, qui se tient tous les deux ans au Petronas Philarmony Hall de Kuala Lumpur, les logos des deux pétroliers sont omniprésents. Le PDG de Petronas et la directrice de Shell en Malaisie sont au conseil d’administration qui sélectionne les lauréats. Dans le passé, ces derniers recevaient 500 000 ringgits malais, soit environ 109 000 euros au cours actuel. Le fonds Merdeka n’a pas souhaité divulguer à RFI le montant de la dotation. Dans son discours, Mme Pereira remercie le ministre des Affaires étrangères à qui elle doit son poste au Giec.

Contactée pour échanger à ce sujet, Mme Pereira ne nous a pas répondu. De son côté, le Giec répond qu’il ne commente pas les situations individuelles de ses membres sur ce sujet et ne précise donc pas si la récipiendaire a déclaré le montant du prix au comité des conflits d’intérêts. Opacité tous azimuts.

Petronas, du pétrole aux CCS-CDR

Joy Jacqueline Pereira n’est pas employée par l’industrie fossile et travaille pour une université publique. Mais peut-elle œuvrer en toute indépendance à la fin des énergies fossiles – comme le demande l’accord universel trouvé lors de la COP28 en 2023 – après avoir accepté les offrandes d’une industrie qui fait tout pour ralentir cette fin ?

Car son gouvernement, lui, ne prévoit pas diminuer sa production de barils et souhaite plutôt devenir le champion régional des technologies de captage et de stockage du carbone (CCS) et d'élimination du carbone de l'air (CDR), via des projets en mer conduits… par Petronas, en collaboration notamment avec le Français Total. L'entreprise malaisienne a obtenu un permis il y a tout juste un an par l’Agence nationale de CCS.

Ces technologies relèvent toujours, après vingt ans de conjectures, davantage du mirage que d'une sérieuse voie d'avenir pour le climat. Mais elles sont fortement promues par le secteur hydrocarbure pour compenser pour les émissions. Donc pour continuer à extraire de l'or noir autant que possible. Elles sont au cœur des évaluations actuelles du groupe III... que la Malaisienne co-préside.

Ses positions passées montrent, toutefois, une franche résistance à ces options. Dans un webinaire en 2020 – elle est alors vice-présidente du groupe II – ses propos sont sans ambages, graphes du Giec à l’appui : « Le scénario qu’on veut tous éviter est celui qui inclut un fort recours aux technologies d’extraction du dioxyde de carbone de l’atmosphère [CDR] qui coûteraient très cher à l’humanité », assure-t-elle, mettant au contraire en exergue la piste de la réduction de la demande énergétique (ou sobriété) pour garder la trajectoire de réchauffement de 1,5°C.

Après son prix, la scientifique restera-t-elle droite dans ses bottes ? La question se pose à l’aune de trajectoires individuelles étonnantes. L’an dernier, L’Humanité dévoilait celle d'Oliver Geden. Jadis détracteur des technologies CDR, l’anthropologue de formation en serait devenu un thuriféraire. Depuis trois ans, il coordonne pour un institut allemand (SWP) un rapport sur l’état de leur déploiement financé par des fonds publics (UE, Royaume-Uni) et Quadrature Capital, un fonds britannique d’investissements… dans les énergies fossiles. Oliver Geden, qui a décliné notre sollicitation, est l’actuel vice-président du groupe III. Sous Joy Jacqueline Pereira, et aux côtés de la Saoudienne Malak al-Nouri, qui conseille par ailleurs son État pétrolier dans les négociations climatiques.

« Aucun conflit »

En mars 2026, dans un compte-rendu de session, le très discret comité du Giec en charge des conflits ne voyait « aucun conflit d’intérêts » chez ses 664 membres actuels. La session d’Addis-Abeba, cette semaine, prévoit un nouveau compte-rendu.

« La question n’a jamais été qu’on pourrait n’avoir aucun conflit d’intérêt, mais de savoir comment ils sont gérés et à quel point le Giec est transparent. Il dit qu’il n’en a pas identifié. Je ne comprends pas, c’est évident qu’il y en a », s’étonne la politologue de l’université de Genève Kari De Pryck, auteure d’une thèse sur le Giec.

Épinglé dans l’enquête du consortium de médias, le scientifique Mustafa Babiker participe au Giec depuis vingt ans tout en travaillant pour Saudi Aramco, compagnie publique du royaume – et l’a déclaré comme tel.

Plus délicat est le cas de l'Équatorien Diego Armando Moya-Pinta. Identifié comme chercheur au prestigieux Imperial College de Londres, il n’a pas dit être également salarié du premier pétrolier mondial depuis 2022. Sa mission au Giec, indique The Guardian : « évaluer les options de réduction des émissions dans l'ensemble du secteur énergétique, un domaine ayant des répercussions directes sur les activités d'Aramco ». Il s’ajoute, dans le chapitre sur les systèmes énergétiques, à trois auteurs saoudiens au profil problématique. Outre les conflits d’intérêts, c’est le nombre des chercheurs liés au royaume qui choque. « Dans cette équipe de quinze scientifiques, c’est clairement une surreprésentation », relève Valérie Masson-Delmotte, qui voit un « biais de sélection ».

En effet, le Giec, historiquement aux mains des pays du Nord, s’efforce d’intégrer plus de scientifiques du Sud, pour refléter au mieux les réalités climatiques. Sauf que le Giec regarde les nationalités des auteurs, pas forcément leur lieu de travail… Et les universités saoudiennes sont attractives, notamment auprès des pays en développement.

Tout cela ne surprend guère Jean-Baptiste Fressoz, historien des sciences et techniques, auteur d’un ouvrage remarqué sur la transition énergétique. « Les gouvernements nomment des gens qui défendent leurs intérêts. Il y a tout plein de gens affiliés aux entreprises pétrolières, à l’Ipieca [le lobby mondial de l’industrie pétrogazière]. En revanche, l’influence que ces industries ont sur le contenu des rapports reste un problème. » 

Protéger leur indépendance

Où s’arrête l’influence légitime et où commence le conflit d’intérêts dans une interface science-politique ? Le concept est large et son cadre malléable, à la lisière de l’éthique et du juridique.

Ce n’est qu’en 2011 que le Giec se dote d’une politique de conflit d’intérêts, défini comme « tout intérêt professionnel, financier ou autre, actuel, qui pourrait compromettre de manière significative l’objectivité de la personne dans l’exercice de ses fonctions et responsabilités au sein du Giec ». Elle précise : « les circonstances susceptibles d’amener une personne raisonnable à remettre en cause l’objectivité d’une personne, ou à se demander si un avantage indu a été créé, constituent un conflit d’intérêts potentiel. Ces conflits potentiels doivent faire l’objet d’une déclaration. »

Selon les définitions d’un article éclairant de Laurence Scialom, professeure d’économie à Paris et membre du conseil d’administration de l’Observatoire de l’éthique publique, la situation de Mme Pereira pourrait aussi se rapprocher d’un cas de « capture ». Ce terme « désigne les différents canaux par lesquels l’industrie ou la finance influence le régulateur et les décideurs publics dans un sens favorisant leur propre intérêt » au détriment de l’intérêt public. Des canaux qui mènent parfois à des cadeaux. Empoisonnés.

Au-delà de ce cas spécifique, « l'enjeu est plus systémique », analyse Sébastien Duyck, juriste au Centre pour le droit international de l'environnement : « comment protège-t-on l’intégrité du Giec et des processus scientifiques liés au climat de l’influence d’acteurs économiques qui ont des intérêts propres ? Les membres du Giec sont bénévoles. Il est très important, pour le bien commun, de protéger leur indépendance des intérêts économiques de telle ou telle industrie. »

Le Giec est réuni en session, le 28 mars 2017 à Mexico.
Le Giec est réuni en session, le 28 mars 2017 à Mexico. AFP - HECTOR GUERRERO

Déphaser les rapports des Bilans mondiaux

C’est dans ce contexte que le Giec se réunit du 12 au 16 octobre, à Addis-Abeba, pour travailler à son 7e rapport (AR7). Les discussions devraient se cristalliser autour de sa date de publication : en septembre 2028, avant la 33e COP et le prochain Bilan mondial des efforts des pays contre le réchauffement, ou en 2029 ?

Les rapports scientifiques du Giec existent précisément pour guider ces négociations climatiques afin que les décisions se fondent « sur les meilleures connaissances disponibles ». Le précédent rapport remonte à 2022, basé sur des études encore plus datées.

Les Européens et les États insulaires du Sud notamment souhaiteraient donc que le Giec accélère. De leur côté, « l’Arabie saoudite et l’Inde cherchent à reporter la publication du 7e rapport du Giec, notamment les volets II et III, explique à RFI la climatologue Valérie Masson-Delmotte, ancienne co-présidente au Giec (2015-2023). J’y vois la volonté de le déphaser du prochain Bilan mondial. Comment affaiblir une institution ? En faisant en sorte que le calendrier de rendu des rapports soit beaucoup moins pertinent pour éclairer des négociations politiques. »

L’issue de ce bras de fer dépend, en partie, de l’orientation et de la célérité des travaux de ce fameux groupe III, en charge des 15 chapitres de ce volet. « Le groupe III est sous très forte pression. Il cristallise tous les intérêts économiques, industriels, géostratégiques. Cela pose la question d’une évaluation qui soit la plus rigoureuse et indépendante possible », souligne la chercheuse.

La lutte contre l’emballement du climat se durcit. Le Giec, boussole mondiale fondamentale pour l’affronter de manière rationnelle, en est la caisse de résonance. Face aux enjeux, cette interface entre la communauté scientifique et la sphère politique (les 195 gouvernements pré-sélectionnent les experts de leurs pays et approuvent les célèbres rapports) demande désormais à ses auteurs de ne pas s’exposer.

Les pressions étaient jadis exercées par les climato-sceptiques sur le groupe I qui étudie la physique du climat actuel, qui ne fait plus débat. Elles se sont déplacées dans le troisième groupe. Sa fonction est d’explorer les solutions à la crise et d'éclairer les gouvernements sur les choix à faire, technologiques et sociétaux, pour décarboner nos économies et modes de vie. Des choix politiques qui seront de plus en plus coûteux et radicaux tant que l’action climatique restera léthargique.

View the original on RFI →

KioskNews shows a cleaned-up reading view extracted from the publisher’s page — the original always lives on their site, not ours.