Marinvest Energy veut que des Premières Nations développent son projet de GNL de 30 milliards
Après avoir travaillé en coulisses avec le gouvernement Carney, l’entreprise Marinvest Energy a décidé de confier la réalisation de son mégaprojet de gazoduc et d’usine de gaz naturel liquéfié (GNL) au Québec à une entité qui serait dirigée par « les Premières Nations ». Cette façon de faire ouvre la porte à du financement fédéral pour payer la construction évaluée à 30 milliards de dollars, mais aussi à une autorisation accélérée en tant que projet « d’intérêt national ».
Selon ce qu’on peut lire dans un communiqué publié lundi, l’entreprise norvégienne a choisi de développer le projet d’exportation de gaz albertain à partir de Baie-Comeau, sur la Côte-Nord, en s’associant avec « Kino Aski », une entreprise créée récemment et dont le siège social est situé à La Tuque.
Ce serait donc cette entité, qui serait « majoritaire » dans le projet, qui développerait ce qui est présenté comme « un projet de corridor énergétique et de gaz naturel liquéfié dirigé par les Premières Nations, conçu pour approvisionner l’Europe en énergie canadienne compétitive à faible intensité carbone ».
Il serait possible d’y rattacher « des partenaires internationaux du secteur de l’énergie » qui pourraient notamment « apporter leur expertise » et « investir » dans ce projet conçu pour faciliter l’expansion de l’industrie des énergies fossiles. Il est question de produire jusqu’à 15 millions de tonnes de GNL chaque année, soit davantage que le défunt projet GNL Québec, qui voulait produire 10 millions de tonnes.
Même si le projet est développé et présenté à différentes instances politiques fédérales, provinciales et municipales depuis plus d’un an par Marinvest Energy, le communiqué indique que désormais, les Premières Nations seraient « au cœur de la gouvernance, du financement, de la conception, de la construction et de l’exploitation du projet ».
Pour le moment, seule la Nation atikamekw a accepté d’y prendre part, même si le projet empiéterait aussi sur les territoires des Anichinabés, des Cris et des Innus au Québec. « Sous le leadership de la Nation atikamekw, Kino Aski a pour objectif de rassembler une coalition de Premières Nations du Québec et de l’Ontario afin de générer des retombées économiques durables, de favoriser la réconciliation, de protéger l’environnement et d’assurer un développement responsable sur les territoires traditionnels », affirme toutefois le communiqué.
Selon ce que fait valoir au Devoir le Grand Chef du Conseil de la Nation Atikamekw, Constant Awashish, « des discussions avec d’autres communautés » ont déjà eu lieu. Il n’a toutefois pas voulu s’avancer sur la suite des choses, tout en admettant qu’il y a un « risque » de division chez les Premières Nations. Il se veut toutefois rassurant. « On va imprégner les projets avec nos valeurs » et « on veut s’assurer de la souveraineté canadienne du projet ». En entrevue au Devoir, le chef du conseil de la Nation anichinabée de Lac-Simon, Lucien Wabanonik, a déjà critiqué le projet.
Se sentent-ils utilisés par Marinvest Energy ? « Ça fait partie de la game. Mais on a aussi l’impression qu’on les utilise. On veut maximiser les retombées pour les Premières Nations et eux veulent que le projet aille de l’avant », laisse tomber Constant Awashish.
En ce qui a trait au coût du mégacomplexe gazier, Constant Awashish évoque une facture de 30 milliards de dollars pour la construction. Il ajoute qu’il existe des « programmes » fédéraux qui permettraient d’aller chercher du financement public pour ce projet profitable à l’industrie gazière. Il souhaite aussi un dépôt au Bureau des grands projets mis en place par le gouvernement de Mark Carney pour garantir l’autorisation accélérée de projets « d’intérêt national ».
Financement
Marinvest Energy n’a jamais présenté publiquement les détails de son projet, que Le Devoir a dévoilés en juillet 2025. En entrevue, son directeur des opérations, Greg Cano, avait affirmé que l’entreprise souhaitait construire le gazoduc de 1000 km avec les Premières Nations qui occupent les territoires où se trouvent les milieux naturels impactés.
Marinvest Energy avait alors déjà entamé une étroite collaboration avec le gouvernement Carney en vue de faire progresser les démarches pour son complexe gazier, qui serait le plus gros projet industriel de l’histoire du Québec. Plusieurs documents obtenus par Greenpeace grâce à la Loi d’accès à l’information démontrent que la question des Premières Nations a été évoquée fréquemment.
Dans un courriel daté du 30 avril 2025 et rédigé en prévision d’une « rencontre », l’organisme Investir au Canada indique que Marinvest Energy veut obtenir des informations sur « des aides existantes destinées à soutenir les communautés autochtones afin qu’elles puissent éventuellement obtenir une participation équitable dans le projet de gazoduc ».
Quelques jours plus tard, en mai 2025, Ressources naturelles Canada indiquait à l’entreprise que Énergie Saguenay et le projet GNL Québec « ont rencontré une opposition des communautés autochtones, notamment les Innus du nord du Québec ».
Le ministère fédéral souhaitait donc donner des conseils pour éviter la répétition d’un tel échec, selon ce qui se dégage des quelques informations qui n’ont pas été caviardées. « Insistez sur l’importance d’impliquer les communautés autochtones dès le début du processus de conception et de planification du projet, afin d’intégrer leurs points de vue, leurs exigences et leurs préoccupations », peut-on lire dans le document de breffage préparé par le ministère en vue de la rencontre.
« Renseignez-vous sur les plans visant à impliquer les communautés autochtones pendant la phase de planification et de conception du projet, et avant le dépôt de la demande réglementaire », ajoute-t-on. Cette collaboration est nécessaire pour soumettre le projet au Bureau des grands projets.
Quelques jours plus tard, l’Agence d’évaluation d’impact du Canada rencontrait « le promoteur », avant de décider par la suite de « l’aider à identifier les Premières Nations qu’il devrait consulter ». L’Agence a par la suite fourni « une liste » à l’entreprise afin de « soutenir » son « engagement » et les « communications avec les communautés ».
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