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Tuesday, September 22, 2026

Quand les écarts de richesse fragilisent la santé des aînés

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Les personnes qui prennent leur retraite avec un faible patrimoine ont un risque accru d’être en mauvaise santé, révèle une nouvelle étude de l'Observatoire québécois des inégalités.

Être en bonne santé peut aider à accumuler un plus grand patrimoine parce qu’on a la capacité de travailler, et moins de risques de perdre du patrimoine lorsqu’on vit des chocs.

Pour en venir à ce constat, le chercheur Christian Girard et son équipe se sont intéressés à la corrélation entre les écarts de richesse et l’état de santé des personnes retraitées. Elle est complexe, multifactorielle et bidirectionnelle, explique-t-il.

L’étude démontre qu’il y a d’importants écarts de richesse chez les retraités au Québec. En 2023, les familles les mieux nanties comptaient sur une valeur nette de plus de 3,3 millions de dollars à la retraite. À l’inverse, elle se chiffrait à 17 400 $ pour les familles les moins nanties.

Moyenne de la valeur nette détenue par les familles dont le principal soutien économique est âgé de 65 ans et plus selon le groupe d’avoir net, Québec, 2023

Groupe des 40 % les plus pauvres103 987 $
Groupe des 50 % intermédiaires799 492 $
Groupe des 10 % les plus riches3 317 713 $

Le patrimoine désigne la valeur totale des avoirs financiers et non financiers, de laquelle la valeur totale des dettes est déduite. La définition est aussi comprise comme la valeur nette.

Le patrimoine, somme des inégalités de toute une vie

Le rapport de l’Observatoire dévoile aussi que les familles les mieux nanties au Québec disposent d’un patrimoine en moyenne 32 fois supérieur à celui des familles moins favorisées, au moment de la retraite.

Le patrimoine dépend profondément des trajectoires de vie et particulièrement du travail rémunéré.

Les interruptions de carrière, les problèmes de santé et un faible salaire ont un effet à long terme sur la capacité d’épargne et à bâtir du patrimoine. Surtout si la marge de manœuvre financière de certaines personnes était déjà réduite pour diverses raisons, tout au long de leur vie professionnelle.

Si on a subi des chocs ou qu’on a vécu des moments difficiles, ça se peut qu’on ait été obligé d’utiliser notre patrimoine, pour ne pas dire de le dilapider parfois, pour faire face à ces situations, explique Christian Girard.

Selon les travaux de l’Observatoire, cette situation affecte particulièrement les femmes, les personnes immigrantes, les personnes en situation de handicap, les prestataires de l’aide financière de dernier recours ou des programmes d’aide sociale, les travailleurs autonomes et les personnes proches aidantes.

Môman travaille pas, a trop d’ouvrage!

Cette célèbre citation d’Yvon Deschamps fait écho aux résultats des recherches de l’Observatoire des inégalités. Par exemple, les femmes de 65 ans et plus ont connu un Québec bien différent en termes de normes sociales, de protection sociale et de congé parental. Cet effet générationnel doit être pris en compte, estime-t-il.

Plusieurs mentionnaient qu’à l’époque, elles n'avaient pas nécessairement de travail rémunéré. On suivait le mari. Elles étaient responsables d’élever les enfants et de s’occuper des tâches domestiques, ce qui n’était pas rémunéré, rappelle M. Girard.

Dans ce contexte, elles se retrouvent dans une position de vulnérabilité, souvent sans fonds de pension ou d’épargne à la suite d’une séparation, un divorce ou une perte d’emploi.

Le système de retraite au Québec repose sur trois principaux piliers : le fédéral avec la sécurité de la vieillesse et le supplément de revenu garanti, le provincial avec le Régime de rentes du Québec et l’épargne personnelle, avec les placements, les REER et les régimes de pension des employeurs.

Même si l’État contribue à réduire les inégalités au moment de la retraite avec les prestations gouvernementales, de nombreux aînés qui ne disposent pas de ces trois piliers se retrouvent dans une situation de précarité financière. Certains d’entre eux, par exemple, n’ont pas occupé d’emploi rémunéré ou n’ont pas pu se générer de l’épargne.

Une petite figurine d'un homme se tient devant trois piles de pièces de monnaie de plus en plus grande.

Un faible patrimoine est associé à un risque accru d'être en mauvaise santé, selon l'Observatoire québécois des inégalités.

Photo : iStock

Le chercheur Christian Girard explique que les personnes âgées moins nanties sont confrontées à des choix difficiles et à couper des dépenses essentielles pour joindre les deux bouts.

[Elles] vont diminuer leurs activités, couper dans l'alimentation, dans les transports, dans la mobilité pour subvenir à leurs besoins, souvent pour gérer des dépenses plus incompressibles comme le logement.

Ce sont des choses qui à long terme peuvent aussi avoir un impact sur la santé [mentale et physique] des individus, complète le chercheur.

Vers des pistes de solution

L’Observatoire propose plusieurs pistes de solutions, dont l’amélioration des mécanismes de protection sociale avant la retraite et l’assouplissement des conditions des programmes d’aide qui limitent l’accumulation de patrimoine.

Par exemple, les prestataires de l’aide de dernier recours ont l’obligation de demander leur rente du RRQ dès leur 60e anniversaire. Cette prestation est donc amputée de 36 % pour le reste de leur vie, ajoute Christian Girard. L’Observatoire recommande l’abolition de cette règle.

Il propose aussi de bonifier le supplément de revenu garanti. Il permet à certaines personnes d’obtenir des prestations gouvernementales qui se situent tout juste au-dessus du seuil minimal de pauvreté, avec un revenu annuel disponible de 25 060 $ quand il est jumelé à la pension de la sécurité de vieillesse.

Avec l’inflation des dernières années, l’augmentation du coût de la vie et des coûts de logement, il y a un nombre important de personnes qui se retrouvent dans une situation de grande précarité ou de vulnérabilité, commente le chercheur.

Christian Girard.

Christian Girard est chercheur pour l'Observatoire québécois des inégalités.

Photo : Gracieuseté - Christian Girard

L’Observatoire propose aussi d’améliorer la couverture publique des soins de santé de façon ciblée pour les personnes âgées à faible revenu et à faible patrimoine. À la retraite, ils bénéficient d’une couverture partielle des soins dentaires ou des appareils auditifs, par exemple. Selon le chercheur, il serait préférable d’opter pour une aide directe plutôt qu’un crédit d’impôt.

Un meilleur accès aux logements à prix modiques ou aux coopératives d’habitation pour personnes âgées fait aussi partie des propositions, tout comme une meilleure accessibilité au Programme de supplément de loyer.

L’Observatoire est aussi d’avis que le système de retraite devrait être simplifié, puisqu’il est difficile à appréhender même pour les spécialistes. Il ajoute aussi parmi ses recommandations de renforcer l’accès aux ressources d’appui et de répit pour les proches aidants et d’améliorer la disponibilité des services de maintien à domicile.

L’étude Inégalités de patrimoine et de santé et sécurité financière à la retraite de l’Observatoire québécois des inégalités se base sur une revue de la littérature scientifique, de la recherche documentaire et une méthodologie qui combine l’analyse de données de Statistique Canada et de 20 entretiens auprès de personnes aînées au Québec, ainsi qu'une douzaine de personnes ressources œuvrant auprès de la population concernée.

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